Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘essence’

Promenade (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Promenade

Mon aigrette heurtait le toit de la voiture.
J’ai regardé ses yeux.
Mon coeur languissait sans même savoir
Les raisons de son chagrin.

Le soir sans vent se figeait de tristesse
Sous la voûte d’un ciel tout en nuages,
Le Bois de Boulogne avait l’air
D’un dessin à l’encre dans un vieil album.

Odeur d’essence et de lilas,
Calme constamment aux aguets…
Il a encore touché mes genoux
D’une main qui tremblait à peine.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Henri de Toulouse-Lautrec

 

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Regarde (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
Regarde, chamelier, d’un bout à l’autre de la caravane,
les chameaux sont ivres!
Ivre le prince, ivre le seigneur,
ivres le compagnon et l’étranger
Ô jardinier, le tonnerre du musicien est devenu nuage de l’échanson
Et sont devenus ivres jardins et pelouses,
ivres, boutons de rose et épines
Ô ciel,combien de temps tourneras-tu ?

Regarde le mouvement des quatre éléments !
L’eau est ivre, le vent est ivre,
la terre et le feu sont ivres
Tu vois dans quel état est la forme,
ne demande rien sur l’essence!

L’âme est ivre et la raison de même,
ivre est la terre et ivres sont les secrets
Va, abandonne ta toute puissance,
deviens poussière afin de voir
Atome après atome,
chaque poussière remplie du Créateur Tout Puissant, et ivre !

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Vertige (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Andrei Protsouk
    
Vertige

Dévorant son minois de lait et de flocons
Duveteux. Je conjugue ainsi son corps ! Délices !
Alouvi ! Butinant comme les papillons…
Un vif effet volcan confina mes blandices.

Secret d’une Égérie, une fugue ! L’éveil
D’une mort de l’égo, et triomphe une étoile
Vêtue de chair sucrée, une ouate ce réveil !
Fascinant ce cocon ! Une soie se dévoile.

Un vertige puissant ! Ô reine des jasmins !
Je cueille ton amour aux essences avides,
Une dolce Vita aux rubans très coquins
Moissonne mes égards, l’extase se transvide.

(James Denis)

 

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Mon amour (Coplas Poèmes Andalous)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2017




    
Mon amour est bien plus fin
que l’essence du jasmin,
de la rose et de l’œillet.

(Coplas Poèmes Andalous)

 

Recueil: Coplas Poèmes de l’amour andalou
Traduction: Guy Lévis Mano
Editions: Allia

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Une charogne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

Une charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

(Charles Baudelaire)

 

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Au sein de l’œuf du corps (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Au sein de l’œuf du corps, tu es un merveilleux oiseau;
tant que tu es à l’intérieur de l’œuf, tu ne peux pas voler.
Lorsque la coquille du corps se brisera,
tu étendras tes ailes et tu obtiendras l’esprit

Tu ne trouveras rien de plus inanimé que mon corps.
Donne lui la lumière vivifiante de ton Essence!
Fais le devenir tout entier esprit,
ce corps qui sacrifie sa vie pour Toi

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Essentielle (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration Frederic Leighton
    
Essentielle

Ainsi, l’on se contemple avec des yeux sacrés
Devant l’autel des mers et sur l’autel des prés…

Toi dont la chevelure en plis d’or illumine,
Tu m’as fait partager ton essence divine…

Et tu m’as emportée au fond même du ciel,
O toi que l’on adore, ô l’Etre Essentiel !

Tes yeux ont le regard que n’ont point d’autres femmes…
Et ce fut, pour nous, comme une rencontre d’âmes.

Mon coeur nouveau renaît de mon coeur d’autrefois…
Que dire de tes yeux ? Que dire de ta voix ?

O ma splendeur parfaite, ô ma Toute Adorée !
La mer était en nous, unie à l’empyrée !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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SULTANERIE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 


 

SULTANERIE

Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne
Sur tes seins frissonnants, ombrés d’ambre, que baigne
L’odeur des varechs morts dans les galets le soir,
Je veux laisser tomber par gouttes les essences
Vertigineuses et, plis froids, les patiences
Orientales, en fleurs d’or sur tulle noir.

Éventrant les ballots du pays de la peste,
J’y trouverai, trésor brodé, perlé, la veste
Qui cache mal ta gorge et laisse luire nus
Tes flancs. Et dans tes doigts je passerai des bagues
Où, sous le saphir, sous l’opale aux lueurs vagues,
Dorment les vieux poisons aux effets inconnus.

Dans l’opium de tes bras, le haschisch de ta nuque,
Je veux dormir, malgré les cris du monde eunuque
Et le poignard qui veut nous clouer cœur sur cœur.
Qu’entre tes seins, faisant un glissement étrange,
Ton sang de femme à mon sang d’homme se mélange,
La mort perpétuera l’éclair d’amour vainqueur !

(Charles Cros)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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APRES (Ernest Raynaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



Illustration: Konstantin Andreevich Somov
    
APRES

De la secousse en tes deux bras de tout mon corps,
Dans le concert charmant d’essences si subtiles
Qu’elles sont comme autant d’ivresses volatiles
L’être voluptueux que je suis vibre encor !

Plein de langueur, plein de fraîcheur, comme une brise
Je respire allégé du fardeau de la chair,
Le lien qui retenait mon âme enfin se brise
Et la voici comme un oiseau libre dans l’air.

C’est le bonheur d’un coeur qui reprend son empire,
La mousseline d’un brouillard qui se déchire
Sur l’or clair d’un matin délicieux d’été.

Doux amants, que l’Aimée emplit d’un lent délire,
Dites? Quel vers assez suave pourrait dire
Le bien qu’en s’en allant laisse ta volupté !

(Ernest Raynaud)

 

Recueil: Chairs profanes
Editions: Léon Vanier

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Emmène-moi chez moi (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



jaspe

Les murs ne tombent pas
[23]

Emmène-moi chez moi
où les canaux

coulent
entre des talus d’iris :

où le héron
a son nid:

où la mante religieuse
prie sur le roseau d’eau douce :

où la sauterelle dit
Amen, Amen, Amen.

[24]

Ou bien n’importe où
où les étoiles flambent dans l’air clair,

où nous pourrions saluer individuellement,
Sirius, Vega, Arcturus,

où ces entités distinctes
nous sont intimement liées,

où chacune, avec son attribut particulier,
peut être invoquée

avec la précision d’un charme, d’une formule, d’une prière,
qui révélera indiscutablement,

quelle essence curative ou édifiante
est nécessaire pour quelle maladie particulière

à laquelle est disposée l’âme curieuse :
ô étoiles, petites jarres de ce Guérisseur,

Apothicaire indisputable et absolu,
boîtes ouvrées, à facettes,

ornées de pierres, très précieuses, pour de nouveaux
onguents, de la myrrhe, de l’encens :

jaspe, béryl, saphir
qui, quand nous les attirons plus près

par la prière, les formules,
les litanies, les incantations,

révéleront leur fragrance individuelle,
influence magnétique personnelle,

devenues, comme elles l’étaient auparavant,
des messagers personnifiés,

guérisseurs, aides
du Seul, Amen, Tout-Père.

***

Take me home
where canals

flow
between iris-banks:

where the heron
has her nest:

where the mantis
prays on the river-reed :

where the grasshopper says
Amen, Amen, Amen.

Or anywhere
where stars blaze through clear air,

where we may greet individually,
Sirius, Vega, Arcturus,

where these separate entities
are intimately concerned with us,

where each, with its particular attribute,
may be invoked

with accurate charm, spell, prayer,
which will reveal unquestionably,

whatever healing or inspirational essence
is necessary for whatever particular ill

the inquiring soul is heir to:
O stars, little jars of that indisputable

and absolute Healer, Apothecary,
wrought, faceted, jewelled

boxes, very precious, to hold further
unguent, myrrh,incense:

jasper, beryl, sapphire
that, as we draw them nearer

by prayer, spell,
litany, incantation,

will reveal their individual fragrance,
personal magnetic influence,

become, as they once were,
personified messengers,

healers, helpers
of the One, Amen, All-father.

(Hilda Doolittle)

 

 

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