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Poésie

Posts Tagged ‘essence’

RETOURS (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

Brad Kunkle Third-Sleep_lrg_web

RETOURS

I
Ainsi nous revenons
Les lieux sont les mêmes
Les événements différents
Et il y a tant d’absence
Nous reconstituons les scènes
Sans retrouver leur essence
Il y a de la nostalgie
La peine existe aussi
Sommes-nous revenus
Pour effacer du passé
Mettre fin à des époques
Intérieures
Antérieures
N’être plus là
Arriver enfin ici
Y être maintenant
Déjà passés aussi
Vers où

II
Il n’y a que ton silence
Tout partout
Ou bien au fond de moi
Il dit les mots d’avant
Les redit
Je l’entends
Je me tourne et ne te vois
Ma main n’atteint rien
N’étreint rien
Que le vide
Qui crie
Et qui croît
Dis-moi
Comment on arrive
À faire taire
La vie

(Bernard Pozier)

Illustration: Brad Kunkle

 

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L’appel de la musique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



    

L’appel de la musique assouplit quelque chose d’essentiel dans l’homme
sans raisons ni arguments.

Ce lien doit être en relation avec les rythmes épars dans l’univers.
Il n’y a pas de poésie sans musique,
mais l’essentiel, en elle, c’est la musique intérieure,
bien que demeure aussi une certaine musique extérieure.

Il s’agit d’une espèce de musique du sens,
en intime symbiose avec la musicalité propre des mots.
Comme dans toute musique, le silence habite ses interstices.
Ainsi que la transcendance et la consolation?

Il est difficile de concevoir un homme, et moins encore un poète
qui n’aime pas la musique à l’intérieur et à l’extérieur du poème.

Le souci de l’être, qui est l’essence de la poésie, sait que l’être est musique.
Et devine même qu’il existe une musique du vide et du non-être.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Ce que l’homme appréhende (Hadewijch II)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Fan Ho (17)

Ce que l’homme appréhende dans la connaissance nue de
haute contemplation, cela est grand assurément, et n’est rien,
Si je compare ce qui est saisi à ce qui fait défait.
C’est dans cette déficience que doit plonger notre désir :
tout le reste est par essence misérable.
Ceux dont le désir pénètre toujours plus avant dans la haute
connaissance sans parole de l’amour pur,
Trouvent aussi la déficience toujours plus grande,
A mesure que leur connaissance se renouvelle sans mode
dans la claire ténèbre,
Dans la présence d’absence…
Là, chose simple lui est révélée
qui ne peut l’être : le Rien pur et nu.

(Hadewijch II)

Illustration: Fan Ho

 

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Chaque matin, je me prépare à exister (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



Chaque matin,
je me prépare à exister
et je n’arrive
qu’à cette pauvre présence
d’arbre foudroyé,
de flaque plus ou moins vivante
selon les averses.

Dieu n’est rien,
rien d’autre que Dieu,
le dire est un supplice.
L’essence du miracle est sa durée
et la forme qu’il manifeste
dans l’insignifiant.

(Dominique Sampiero)

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Les poètes (Jacques Caçao)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Ils naissent de la nuit
Sur des chemins d’étoiles
Avec au bout des cils
Des chants d’outre-espace
Avec au creux du cœur
Des fleuves à descendre
Et dans leurs mains tendues
Des partages étranges.
Les Poètes.

Ils montrent des chemins
Pour les temps à venir
Leur tête est balayée
Par des vents versatiles
Qui décrochent leurs feuilles
Quand l’hiver est venu
Et font de leurs cheveux
Des neiges éternelles
Les Poètes

Ils célèbrent nos messes
ET nos fêtes galantes
Ils expatrient l’amour
De la fange vénale
Ils arriment des sons
A nos gestes futiles
Et des signaux d’alarme
A notre devenir.
Les Poètes.

La mort ne les prend pas
Elle enseigne leur force
Purifie leur essence
Et leur cosmologie
Quand leur métamorphose
S’illustre d’un soleil
Tous les peuples résonnent
De croyances obscures;

Ils disent: les Poètes
Ce sont des gentils;
Ou les Poètes ce sont …
Ce sont des visionnaires;
Ou encore, les Poètes
Ce sont des sorciers;
Et même certains disent:
Les Poètes, ce sont des fous!

(Jacques Caçao)


Illustration

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Celle qui le saisit et ne peut le nommer (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018



Celle qui le saisit et ne peut le nommer,
celle qui se blottit sur son coeur qu’elle espère,
libérant les captifs quand elle est prisonnière,
et se confie avec tendresse au Suppliant,
celle qui tremble de confiance, abandonnée
par le pur amour, dans ce combat sans appui
pareil à un embrassement, oui, c’est bien elle
dont l’essence est lumière au sein noir de la nuit,
trépas qui est passage, et paix de la prière.

(Jean Mambrino)


Illustration: Caspar David Friedrich

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CONCORDANCES (Rémy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



CONCORDANCES

De ses doigts s’exhalait une odeur délicate,
Comme l’assemblage exquis de fleurs sobres et rares
Ou l’effluve des prés qu’un vent d’été caresse ;
De ses doigts s’exhalait une odeur délicate.

Ô pénétrante odeur dont émane un désir,
Odeur moins désirable, pleine de moins d’ivresse
Que celle que dérobe la robe, ô délicate
Et pénétrante odeur dont émane un désir.

Aux parfums de la chair en leur loyale essence
Cèdent les élixirs, toutes les quintessences :
Un seul effleurement l’exalta au désir
Des parfums de la chair en leur loyale essence.

Ô chair faite de fleurs roses, blanches et bleues,
Dont la sève circule avec le sang des veines,
Sa peau moite en distille la plus subtile essence,
Ô chair faite de fleurs roses, blanches et bleues.

(Rémy de Gourmont)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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L’éphémère se déchire (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration
    
L’éphémère se déchire

Nous avions fait le geste simple de l’essence
Brisant le fruit des robes
Éteintes

L’or poudroyait en haut des feuilles
Nous avions fait le geste
De réparer la déchirure

Mais la mer nous aimait
La ligne des verreries
Des couchants
Posant les mains sur le temps
Nous avions fait le geste
Simple de vieillir.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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DANS LA TOURMENTE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



tourmente

 

DANS LA TOURMENTE

Bleu. Et à l’intérieur de ce bleu un soupçon
de vert, nappes grises de nuages
étayés contre l’air, comme si
dans l’idée de pluie
l’oeil
pouvait saisir ce que dit
n’importe quel moment donné

sur terre. Appelle-le ciel. Et de cette façon
décrire
tout ce que
nous voyons, comme si ce n’était rien
que l’idée
de quelque chose que nous avions perdu
en nous. Car nous pouvons commencer
à nous souvenir

de la terre dure, du silex
reflétant les étoiles, des chênes
ondulant tordus
par la violence de l’air, et ainsi de suite
jusqu’à la plus petite graine, découvrant ce qui pousse
au-dessus de nous, comme si
à cause de ce bleu il pouvait y avoir
ce vert

qui s’étend, miracle
innombrable
en ceci, le plus silencieux
moment de l’été. Les graines
parlent de cette occurrence, définissent
l’éruption de l’air et de la terre
dans cette profusion de hasard, les forces
aveugles de notre propre défaut
de savoir ce que c’est
que nous voyons, et simplement en parler
c’est voir
comme les mots nous trahissent, comme on n’éclaircit rien
par l’énonciation, pas même ces mots
que je suis ému de prononcer
au nom de ce bleu
et de ce vert
qui s’évanouissent dans l’air
de l’été.

Impossible
d’en entendre davantage. La langue
nous retire pour toujours
du lieu où nous sommes, et en aucun lieu
nous ne pouvons être en repos
dans les choses qui nous sont données
à voir, car chaque mot
est un ailleurs, une chose qui bouge
plus vite que l’oeil, tout
comme ce moineau bouge, tournoyant
dans l’air
où il n’a pas de chez-lui. Je ne crois, alors,
à rien

que ces mots puissent te donner, et cependant
je peux les sentir
parler à travers moi, comme si
cela seul
était ce que je désire, ce bleu
et ce vert, et dire
à quel point ce bleu
est devenu pour moi l’essence
de ce vert, et plus que la pure
vision de cela, je voudrais que tu sentes
ce mot
qui a vécu au fond de moi
tout le jour, ce
désir pour rien

que le jour même, et comme il a poussé
au fond de mes yeux, plus fort
que le mot dont il est fait, comme s’il
ne pouvait jamais y avoir d’autre mot

qui s’empare de moi
sans éclater.

(Paul Auster)

Illustration

 

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OUI, TU ES L’AVENIR… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

Abbott Handerson Thayer , Caritas - theaujasmin.blogspot.com

OUI, TU ES L’AVENIR…

Oui, tu es l’avenir, la grande aurore
qui point des plaines de l’éternité.
Tu es le cri du coq après la nuit du temps,
tu es rosée, matines, jeune fille,
tu es le voyageur, la mort, la mère…

Tu es la forme qui sans cesse change,
qui, solitaire, émerge du destin,
qu’on ne célèbre ni ne plaint,
car nul ne t’a décrite, forêt sauvage.

Tu es le fond essentiel des choses
qui tait le dernier mot de son essence
et qui se montre aux autres toujours autre :
terre au bateau, navire pour la côte.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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