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Posts Tagged ‘estomac’

Ce n’est pas l’estomac (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



Ce n’est pas l’estomac
qui réclame la soupe bien chaude,
c’est le coeur.

(René Char)

Illustration: Dominique Albertelli

 

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L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



 

L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

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L’œil circulaire (Jacques Réda)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



L’œil circulaire

Cette horreur que mordent les dents entrouvertes des morts,
Eux l’avalent ensuite et demeurent en paix, lavés,
Les mains jointes sur l’estomac, commençant la glissade
Inverse par le démontage actif de la chimie.
Et leurs yeux qu’il faut clore d’autorité, jamais soumis,
Lâchent encore un regard sale et sage qui récuse,
Ayant vu, retourné comme un vêtement la lumière,
Et désormais rivé dans l’œil circulaire qui nous surveille.

(Jacques Réda)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Jean Charles Nicaise Perrin

 

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La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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Je suis rêveuse et fragile … (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




    
Je suis rêveuse et fragile …

1
En effeuillant au soleil couchant
Une fleur des champs
La blanche marguerite
J’imagine un pompier pas méchant
Ou d’un soldat dans sa guérite
Nous irions dans un beau jardin
Comme un prince avec sa princesse
Et de minuit jusqu’au matin
Nous serions tout miel et caresse.

Refrain

Je suis rêveuse et fragile
La brutalité
Me blesse et me tourne la bile
La douceur c’est ma qualité
J’aime les fleurs et les mots tendres
Et les songes bleus
Parfois je sens mon cœur se fendre
En guettant un amoureux.

2
Je suis pareille aux sveltes iris
Pareille au grand lys
Pareille aux fraises mûres
Mon coeur est doux d’esprit délicat
Je suis une faible nature
L’amour trouble mon estomac
Mais quand je rêve aux aventures
Ma chair frémit, j’en suis gaga
Faut prendre ma température.

3
Hélas hélas j’ai ce soir cent ans
Un rêve épatant
Me semble aujourd’hui fade
Je veux quelqu’un vivant pour coucher
Je voudrais le marquis de Sade
Ou bien un gros garçon boucher
Et qu’il me mette en marmelade
Qui m’étreigne et fasse loucher
Et que je ne sois plus en rade.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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LE GOINFRE D’AMOUR (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Gérard de Lairesse
    
LE GOINFRE D’AMOUR

Non, non, l’amour vivant, quoi que toi-même en dises,
N’est pas un délicat épris de gourmandises
Qui grignote du bout des dents, plein de dégoûts,
Réglant son estomac, buvant à petits coups,

Craignant les larges plats et la grande rasade,
Et restant sur sa faim pour n’être pas malade.
C’est un goinfre attablé qui, plus que de raison
Enivré de vin pur, gavé de venaison,

Ote le ceinturon qui lui gêne la taille
Et, sans peur d’avoir mal au ventre, fait ripaille.
Il ne sait si demain sera jour de gala
Et veut manger de tout pendant que tout est là.

[…]

Affamés et grinçant des dents comme les loups.
Vous aurez des remords, et vous serez jaloux
De ceux qui se seront gaîment garni la panse.
Mais vous aurez beau faire et vous mettre en dépense,
Et chercher autre part un semblable repas ;
Ces beaux festins d’amour ne se retrouvent pas.

[…]

A la table divine où l’on doit manger vite
La jeunesse prodigue en passant vous invite.
Il faut mettre à profit cet hôte hasardeux,
Qui reçoit une fois les gens, mais jamais deux.

Maîtresse, c’est pourquoi je bois à perdre haleine,
Pourquoi je veux avoir toujours la bouche pleine,
Pourquoi mes appétits, sans paraître apaisés,
Font si large bombance au banquet des baisers.

(Jean Richepin)

 

 

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Dans la nuit un mollusque grandit (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Dans la nuit un mollusque grandit.
— mais d’où tire-t-il sa chair ? —
il grandit avec les petites boules pâles
au creux des estomacs d’enfants :
ces boules qui s’enflent dans le ventre et sous les côtes
et qu’on appelle : « peur de la mort ».
C’est la peur de la mort du monde,
ce mollusque au mufle épais,
ces yeux sans regards qui rident l’espace.

(René Daumal)

 

Recueil: Se dégager du scorpion imposé
Traduction:
Editions: Editions Eoliennes

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L’AUTRUCHE EN MORCEAUX (Kôtarô Takamura)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

L’AUTRUCHE EN MORCEAUX
BOROBORO-NA DACHÔ

Quel intérêt de garder une autruche?
Au jardin zoologique, dans un enclos boueux de treize mètres carrés,
Ses pattes ne font-elles pas des enjambées trop larges?
Son cou n’est-il pas allongé démesurément?
Dans un pays où, de plus, tombe la neige, ses plumes ne s’en
vont-elles pas trop en morceaux?
L’estomac rétréci elle doit bien manger du pain dur mais
L’oeil de l’autruche ne regarde-t-il pas au loin seulement?
Ne brûle-t-il pas comme si elle avait perdu corps et biens?
Ne s’est-elle pas postée en attente comme si le vent d’émeraude
allait venir souffler?
Un rêve infini ne s’enroule-t-il pas dans cette innocente petite tête?
Cet être ce n’est plus une autruche, n’est-ce pas?
Assez! Soyons humains!
Arrêtons ce genre d’entreprise!

(Kôtarô Takamura)

 

 

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L’heure verte (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Giovanni de Lutero

 

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Ça Va Venir, Découragez-vous Pas (La Bolduc)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



 

Illustration: Karak   
    
Ça Va Venir, Découragez-vous Pas

Mes amis, je vous assure
Que le temps est bien dur
Il faut pas s’ décourager
Ça va bien vite commencer
De l’ouvrage, y va en avoir
Pour tout le monde, cet hiver
Il faut bien donner le temps
Au nouveau gouvernement
{Refrain:}
Ça va v’nir puis ça va v’nir mais décourageons-nous pas
Moi, j’ai toujours le coeur gai pis je continue à turluter
(Turlute)
On se plaint à Montréal
Après tout, on n’est pas mal
Dans la province de Québec
On mange notre pain bien sec
Y a pas d’ouvrage au Canada
Y en a ben moins dans les États
Essayez pas d’aller plus loin
Vous êtes certains de crever d’ faim
{au Refrain}
Ça coûte cher de c’ temps-ici
Pour se nourrir à crédit
Pour pas qu’ ça monte à la grocerie
Je me tape fort sur les biscuits
Mais j’ peux pas faire de l’extra
Mon p’tit mari travaille pas
À force de me priver d’ manger
J’ai l’estomac ratatiné
{au Refrain}

Me voilà mal amanchée
J’ai des trous dans mes souliers
Mes talons sont tout d’ travers
Et pis le bout qui r’trousse en l’air
Le dessus est tout fendu
La doublure toute décousue
Les orteils passent à travers
C’est toujours mieux que d’ pas en avoir
{au Refrain}
Le propriétaire qui m’a loué
Il est bien mal amanché
Ma boîte à charbon est brûlée
Et puis j’ai cinq vitres de cassées
Ma lumière disconnectée
Pis mon eau est pas payée
L’ont pas besoin de v’nir m’achaler
M’a les saprer en bas d’ l’escalier
{au Refrain}

(La Bolduc)

 

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