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Poésie

Posts Tagged ‘étancher’

TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI… (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Agathe Bonnet
    
TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI…

Ce n’est pas sur terre, comme tu le crois,
que se dressent ces rochers qui détournent le vent :
à leur sommet il y a des anges.

Ce n’est pas de terre que ces eaux surgissent —
ni pour étancher la soif, mais l’extase,
que la cascade jaillit du ciel.

Ces nuages sans nom qui tournoient, tourbillonnent
autour de la montagne — ils sont le voile
qui tombera de sur ces yeux aveugles

le jour où dans le sol s’évanouiront les sens,
où temps et lieu disparaîtront avec le vent.

***

TU NON SE’ IN TERRA, SI COME TU CREDI…

Not upon earth, as you suppose
tower these rocks that turn the wind,
for on therr summits angels stand.

Nor from the earth there waters rite —
to quench not thirst, but ecstasy
the waterfall leaps from the sky.

Those nameless clouds that storm and swirl
about the mountain are the oeil
that from these sightless eyes shah/ fall

when sentes faint into the ground,
and time and place go down the wind.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Quelque chose freine la lumière (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Lydia Morano
    
Quelque chose freine la lumière :
toute lumière devrait parvenir en tous lieux.

Quelque chose endigue la musique :
toute musique devrait être entendue de tous.

Quelque chose étanche la pensée :
toute pensée devrait penser toutes choses.

Quelque chose emprisonne la vie :
toute vie devrait être le vivant et le non-vivant.

Dans ces circonstances sans remède,
l’homme est une substance gaspillée.

Tout amour a les bras longs à l’ехсès :
pour aimer, il faut raccourcir les bras.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Le simulacre (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Le simulacre

Lorsque j’étais en quête
Du rivage perdu,
Je composais des baumes
Avec les palmiers nains.

Je me voulais l’oiseau
Qui se nourrit par l’aile
Ou le poisson sonore
Des mondes sidéraux.

Pas d’arbre pour guérir
Les amputés d’azur.
Rien ne peut étancher
La soif que je désire.

De moi je me contente
Comme herbe et comme philtre
Et je n’ai d’autre espace
Que mon corps navigable.

Je suis le simulacre
Des îles sous le vent.
Mes ongles sont des steppes
Et mes yeux des étangs.

Je nage dans mes veines,
Je vole dans ma voix
Et je dors sous l’ombrage
D’un arbre inexistant.

Que ma source lucide
Me boive comme une eau.
Je suis le réceptacle
Des larmes retenues.

Je ne suis plus en quête
Que de l’enfer en moi.
Mon drame me rassure,
Je me déguise en lui.

(Robert Sabatier)

 Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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BRÈCHE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

BRÈCHE

La pulsation d’une pierre
dans l’air blanc que je respirerai,

une pierre,
lancée par-delà la respiration,
comme ce pouvoir d’en finir avec
les pierres.

La perfection
et l’accélération du manque, ranimée
par la soif de sang
que tu étanches dans la pitié. L’inhumain
air blanc.

Partout où
je me dénie
le monde s’ouvre,

s’ouvre
et te fait place
pour que tu vives.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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Océan de cris de moineaux (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Océan de cris de moineaux.
Il fait nuit… mais si clair !
Que demander de mieux.
Il fait nuit… mais si clair !
Sur les lèvres innocentes
un océan de cris de moineaux.

Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !
Par ce beau temps indigo
je ne veux point de repos.
Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !

L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Lèvres insatiables.
Lèvres qui, comme en eaux rapides,
étanchent ma vie. Ces lèvres.
L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Les roses, que me chuchotent-elles ?
J’ignore que sera demain.

Tout près, quelque part — va savoir,
la joyeuse flûte s’afflige.
Dans le bourdonnement du soir
je vénère du sein le lys.
La joyeuse flûte s’afflige,
j’ignore que sera demain.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Vois-toi dans la rivière (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Robert Hagan
    
Vois-toi dans la rivière
qui éloigne ton image,
comme s’en vont les soirs
libres de toi à l’oubli.

Incliné dans le geste
qui étanche la soif,
verrais-je au moins une fois
ton visage dans mes doigts ?

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le cidre clair (Aphorismes Bretons)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2017



Ar jistr, skIaer ‘vel dour aour
‘Dorr ar sec’hed d’ar pinvik
kenkoulz ha d’ar paour.
    
Le cidre clair
comme de l’eau dorée
Étanche la soif du riche
comme celle du pauvre.

(Aphorismes Bretons)

 

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Pierre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Pierre

Les villages somnolent sous leur couvercle de pierre
rêvant tout haut dans la voix des batteuses
les matins se soulèvent d’argent
entre les arbres immobiles d’attente et d’espoir
l’espace jeté sur le monde
se consume comme un peu d’alcool trop bleu
vos fantômes se couchent au seuil des portes
spongieux d’incertitude
Un souffle menu comme un fil de lumière
s’échappe de leurs poumons de soie rouge
De vieilles prières d’amour
apprises au long des routes
étanchent leurs lèvres pâles
Quelques lambeaux de femme
flottent dans leur cœur vide…
Les charrues jouent mal du violon
sur les coteaux savonnés de brume.
Automne, ô belle fille baignée de larmes
ô belle blonde qui plonge tes seins nus
dans la paume transparente du soleil
tes yeux sont trop clairs de regrets
Ta bouche entr’ouverte brille d’un peu de ciel
ta poitrine se plaint dans la brise exténuée
Nul ne sait où tombe ton regard
où se désespèrent muettes tes feuilles mortes
Nul ne sait si la mort fait mourir
Si le soleil est éternel de l’autre côté du monde.

(Lucien Becker)

 

 

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Elle vient (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Sois tranquille, cela viendra! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s’arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu’elle aille s’endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le noeud
de vos quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient: d’un à l’autre mot tu es plus vieux.

(Philippe Jaccottet)


Illustration

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C’est la miséricorde (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    

C’est la miséricorde de mon vrai Maître
qui m’a fait connaître l’inconnu.

J’ai appris de Lui à marcher sans pieds, à voir sans yeux,
à entendre sans oreilles, à boire sans lèvres, à voler sans ailes.
Dans le pays où il n’y a ni soleil ni lune, ni nuit, ni jour,
j’ai aimé et j’ai médité.
Sans manger j’ai goûté la douceur du nectar;
sans eau j’ai étanché ma soif.

La joie partagée est la plénitude de la joie.
Devant qui pourrait-on jamais l’exprimer ?

Kabîr dit : « Mon Maître est plus grand que les mondes
et grande est la bonne fortune de son disciple. »

(Kabîr)

 

 

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