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Poésie

Posts Tagged ‘éternel’

Nox (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Nox

Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux ;
L’oiseau silencieux s’endort dans les rosées,
Et l’étoile a doré l’écume des flots bleus.

Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins ;
La lune tristement baigne les noirs feuillages ;
L’oreille n’entend plus les murmures humains.

Mais sur le sable au loin chante la Mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l’air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.

Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines
Entretien lent et doux de la Terre et du Ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S’il est pour les atteindre un chemin éternel.

O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m’avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,
Et dans mon coeur aussi vous chantez à jamais !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Tina Palmer

 

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Nell (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Nell

Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Mon coeur à ta rose est pareil.

Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté ;
Plus d’un ramier chante au bois écarté,
O mon coeur, sa plainte amoureuse.

Que ta perle est douce au ciel parfumé,
Etoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon coeur charmé !

La chantante mer, le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu’en mon coeur, chère amour, ô Nell,
Ne fleurisse plus ton image !

(Leconte de Lisle)

 

 

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Chant (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2019



 

neige  [1280x768]

Chant

Tu es à jamais avril
pour moi
l’éternel indécis

forsythia blonde
jeune fille aux jambes
bien droites

à qui dans mon
ignorance
j’apprenais

à lire les poèmes
mes bras
autour de ton cou

nous nous sommes cramponnés l’un à l’autre
péril
leusement

plus qu’une jeune
fille
ne devrait savoir

un coup de gel
brûla
des fleurs jaunes

au printemps
de
l’année

***

Song

you are forever April
to me
the eternally unready

forsythia a blonde
straight
fegged girl

whom I myself
ignorant
as I was taught

to read the poems
my arms
about you neck

we clung together
peril
ously

more than a young
girl
should know

a burst of frost
nipped
yellow flowers

in the spring
of
the year

(William Carlos Williams)

Illustration

 

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RELATIFS (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019




    
RELATIFS

Pas de sens dans l’être
Nul sens dans le sens
Mais ce qui est, c’est
Ce qui est devoir.
Le devoir en chacun est
Le devoir de vouloir être
Le devoir de devoir être
Devoir être ce qui doit.

Goutte de rosée, c’est la mer.
Petite feuille, c’est la terre.
Se mire dans la gouttelette
Tout l’univers à l’envers.

Mini-moment, mini-néant,
Mini-moment, un petit rien
Toujours est de mini-néants
La durée est de petits riens,
L’éternel est mini-moments,
Mini-moment l’éternité.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LA FORÊT (Kadia Molodowski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019




    
DANS LA FORÊT

En haut sont proches les couronnes,
Les troncs – chacun pour soi – sont éblouis.
En haut s’enlacent les couronnes :
Sous terre d’aveugles racines luttent pour la sève et la pluie.

En haut, baignées de soleil les couronnes;
L’ombre sur les troncs tombe et disparaît.
En haut l’oiseau chante dans les couronnes:
Sous terre des doigts aveugles creusent la forêt.

En haut avec le vent jouent les couronnes,
Les troncs brisent le grondement.
En haut avec le ciel bavardent les couronnes :
Sous terre d’aveugles racines se taisent éternellement.

(Kadia Molodowski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUR UN LIT… (Menahem Boraisha)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
SUR UN LIT…

Sur un lit dur, derrière un mur de planches
On entend des pas comme un chuchotis,
La femme des bois fait bruire les branches,
Sa robe se froisse à longs plis.

Pareils à l’eau d’un lac ses seins ondoient,
Cordes nouées ses nattes sont de chanvre,
Vaste est son ventre, il oscille et se ploie
Au balancement de ses hanches.

Pour celui-là qui lui barre la route,
Homme viril qui saura la saisir,
Sa forme soudain devient frêle et douce,
Sa chair frémit d’attendre le plaisir.

À l’abandon les épaules pesantes,
Ses seins sont brûlants d’un feu germinal
Et sa beauté dévoile, consentante,
Le bois sauvage et le giron natal.

La moisson neuve ayant comblé ses sens
Elle a quitté son complice de chair,
Rêvant déjà retrouver la puissance
D’un autre amant sur les chemins déserts.

Où la terre est de mousse et sont tendres les touffes
Ses enfants furent allaités,
Dans chaque appel que la forêt étouffe
Lui vient l’écho de sa fécondité.

Tombent les plis, s’apaise la rumeur,
La femme des bois retient son élan,
Quelqu’un puissamment en elle demeure
Désir éternel et violent.

(Menahem Boraisha)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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De mes noms multiples (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Illustration: Salvador Dali
    
De mes noms multiples naissent des humains
qui s’amoncellent et s’entretuent.
Prenez-les, guidez-les, enlacez-les!
Soyez pour eux chemins et conquêtes, ô mes noms!
Moi, je suis le vagabond éternel,
hors de mes noms,
et éternellement
je déclare la loi de la flamme,
le ravissement amoureux,
le rêve, les choses.

(Adonis)

 

Recueil: Toucher la lumière
Traduction: Anne Wade Minkowski
Editions: Imprimerie Nationale

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La pierre (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

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La pierre

Devant la pierre abandonnée
Fleurie de quelques fleurs fanées,
Juste une croix qui déchire le vent,
Mes souvenirs sont les seuls survivants,
Juste une croix qui déchire le vent,
Mes souvenirs sont les seuls survivants.

Combien faudra-t-il de prières
Devant la pierre au cœur de pierre
Pour éveiller une âme qui s´est tue
Dans l´éternel silence des statues,
Pour éveiller une âme qui s´est tue
Dans l´éternel silence des statues?

Mais rien ne peut plus ranimer
Les cendres mortes et enfermées.
Dessous la pierre nue comme la mort,
Tendre d´amour, plus lourde qu´un remord,
Dessous la pierre nue comme la mort,
Tendre d´amour, plus lourde qu´un remord.

Devant la pierre…

(Georges Moustaki)

Illustration

 

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LE SILENCE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

Xue Jiye  (20)

LE SILENCE

Le silence est peut-être une voix qui s’est tue
Comme le dieu se tait debout en sa statue,
Et par elle n’a plus de vivant aujourd’hui
Que son ombre, au soleil, qui tourne autour de lui.
Le silence est peut-être une voix qui sait tout
Comme un dieu taciturne en son marbre debout,
Dont le geste éternel fait signe qu’on écoute
Ce que dira son ombre aux passants de la route,
Qui regardent, d’en bas et le genou plié,
L’ordre silencieux du dieu pétrifié.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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LE CORPS FAIT ARBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



LE CORPS FAIT ARBRE

Le parfum de ta robe attire les abeilles,
Plus que les fruits mangés que ta sandale broie.
Accueillons cet élan de végétale joie,
Ce silence de la campagne où Pan sommeille.

Rêve que désormais immobile, sans âge,
Les pieds enracinés et les mains étendues,
Tu laisses s’agiter aux orageuses nues
Une chevelure odorante de feuillage.

Les guêpes voleront sur toi sans que s’émeuve
L’écorce de ta chair où la cigale chante,
Et ton sang éternel sera, comme les fleuves,
La circulation de la terre vivante.

(François Mauriac)

Illustration: Raipun

 

 

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