Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘éternel’

SI TU NE M’AIMES PAS (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020



Illustration: Titien
    
SI TU NE M’AIMES PAS

Si tu ne m’aimes pas,
Je suis le Pharaon
Qui voit ses armées englouties
Par la Mer Rouge.
Si tu ne m’aimes pas,
Je suis Sisyphe
Qui remonte sans trêve son rocher
Au long de la montagne,
Pour à chaque fois, le voir dévaler.
Si tu ne m’aimes pas,
Je suis Tantale,
L’éternel assoiffé de l’eau
Qui s’éloigne de ses lèvres.
Si tu ne m’aimes pas,
Je suis Ulysse
Que Pénélope n’attend pas
En tissant, défaisant la toile de l’amour.
Si tu ne m’aimes pas,
Je suis Orphée,
Sans Eurydice.
Si tu ne m’aimes pas,
Aie donc au moins pitié
Et laisse-moi rester dans l’enfer de ton coeur
Pour les siècles des siècles.

(Mihai Beniuc)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ETERNELS (Sepideh Zamani)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020




Illustration: Antonio Ballesta
    
ETERNELS

Je rêve parfois
de mon père pendant notre dernier entretien.
Il disait : « Je t’attendais ».
Et j’étais satisfait
de sonner à temps,
bien que ce soient nos adieux,
et courts
et longs comme l’éternité :
éternels comme les toits souvent mouillés
et les jours humides de Shahi,
éternels comme les paysans
qui labourent pour semer,
pour détacher la terre et herser
chaque printemps à nouveau.

*Shahi: ville dans la province de Mazandaran, Iran

***

ETERN

Îl visez uneori pe tata,
vorbindu-mi pentru ultima dată.
„Te-așteptam”, mi-a zis
Ce mult m-am bucurat
că l-am sunat la timp.
Acel scurt rămas bun
ne-a fost îndeajuns,
în el a încăput o veșnicie:
eternă ca olanele umezite
de ploaia care cade în Shahi,*
eternă ca țăranii care ară
pământul fraged, semănând
în glia sfărâmată
noi primăveri.

***

ETERNO

A volte sogno mio padre,
la nostra ultima conversazione.
Mi disse, “ti stavo aspettando.”
Fui felice
di essere riuscito a chiamare in tempo,
anche se per il nostro addio
che fu breve
ma lungo come l’eternità:
eterno come i tetti spesso bagnati
e i giorni umidi di Shahi,*
eterno come i contadini
che arano per seminare
e rompono le zolle per rendere morbida
la terra, ad ogni primavera.

***

***

ETERNO

Às vezes sonho
com meu pai na nossa última chamada.
Disse: “Estava te esperando”.
E fiquei aliviado
por chamar a tempo,
embora fosse nossa despedida,
e fosse breve,
mas tão longa como a eternidade:
Eterno como os tetos habitualmente molhados
e os últimos dias de Shahi,
eterno como os camponeses
que lavram para plantar as sementes,
e amaciar e preparar a terra
cada primavera.

***

ETERNO

A veces sueño
con mi padre en nuestra última llamada.
Dijo: « Te estaba esperando ».
Y me quedé aliviado
por llamar a tiempo,
aunque fuese nuestra despedida,
y fuese breve,
pero tan larga como la eternidad:
eterno como los techos habitualmente mojados
y los húmedos días de Shahi *,
eterno como los campesinos
que labran para sembrar semillas,
y ablandar y rastrear la tierra
cada primavera.

***

ETERNAL

I dream sometimes
of my father in our last call.
He said, “I was waiting for you.”
And I was delighted
for calling in time,
though it was our farewell
which was short
but long as eternity:
eternal like the frequently wet roofs
and humid days of Shahi,*
eternal like farmers
who plow in order to sow seeds
and loosen and harrow the soil
each spring.

***

ΑΙΩΝΙΟ

Μερικές φορές θυμάμαι
το τελευταίο τηλεφώνημα στον μπαμπά μου
που είχε πει, σε περίμενα
κι εγώ χαιρόμουν
που είχα τηλεφωνήσει έγκαιρα
που τελικά ήταν αποχαιρετισμός μας
σύντομος κι αιώνιος
σαν τις βρεμένες στέγες
κατά τις νωπές μέρες στο Σάχι*
αιώνιες σαν τους αγρότες
που για να σπείρουν οργώνουν
κι ετοιμάζουν το χώμα
κάθε άνοιξη.

***

***

EEUWIG

Ik droom soms
van mijn vader tijdens ons laatste gesprek.
Hij zei: « Ik wachtte op jou. »
En ik was opgetogen
om tijdig te bellen,
alhoewel het ons afscheid was,
en kort,
maar lang als de eeuwigheid:
eeuwig zoals de vaak natte daken
en de vochtige dagen van Shahi *,
eeuwig zoals boeren
die ploegen om te zaaien,
om de aarde los te maken en te eggen
ieder voorjaar opnieuw.

***

***

ETERNU

Quacchi vota m‘insonnu a me patri
di l‘urtima tilifunata.
Mi dissi,“T‘aspittava.“
E yo era cuntentu
p‘aviri chiamatu a l‘ura giusta,
ammatula ca chiddu fu
lu nostru addiu,
curtu in virità
ma longu na eternità,
eternu comu li tetti ô spissu bagnati
e li jurnati umidi di Shai,
eternu comu li cuntadini
chi aprunu la terra
turmintannu la terra
a ogni primavera
pi vurricaricci simenza.

***

EWIG

Ich träume manchmal
vom letzten Telefongespräch mit meinem Vater.
Er sagte: « Ich habe auf dich gewartet. »
Und ich war erleichtert,
rechtzeitig angerufen zu haben,
auch wenn es unser Abschied war,
und kurz,
aber so lange wie die Ewigkeit:
ewig wie die oft nassen Dächer
und die Regentage von Shahi *,
ewig wie die Bauern
die pflügen, damit sie säen können,
und die Erde auflockern und eggen,
jeden Frühling

***

永 恒

我有时梦见
上次通电话的父亲。
他说:“我正等着你呢。”
而我很高兴
因为及时通了话,
虽然这是我们
短暂的相会
但只要永恒:
就像常湿的屋顶和
沙希*潮湿的日子那样永恒,
就像农民每年
春天松土耙土
为播种而耕种
那样永恒。
*沙希: 伊朗马赞达兰省的一座城市

***

(Sepideh Zamani)

 

Recueil: ITHACA 619
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Persan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Daria Mishueva / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois William Zhou /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les journaliers (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020


 

Ils n’ont point peur, celui-ci cloue
et celui-là assemble
tandis qu’une troisième plante;
l’on peut s’approcher d’eux
leur demander
des nouvelles des leurs
et pourtant tout est si précaire
les corps de leurs filles ainées
les vieux rires de leurs soirées;
de temps à autre il y a des ombres
une poitrine qui se révèle
une certaine douleur
un goût très fin d’éternel.

(Jean Follain)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant Alterné (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Chant Alterné

I
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée,
Dés le berceau récent m’a blessée en ses jeux;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon coeur orageux.

II
Les roses de Sâron, le muguet des collines,
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.

I
Plus belle qu’Artémis aux forêts d’Ortygie,
Rejetant le cothurne en dansant dénoué,
Sur les monts florissants de la sainte Phrygie
J’ai bu les vins sacrés en chantant Évohé !

II
Un esprit lumineux m’a saluée en reine.
Pâle comme le lys â l’abri du soleil,
Je parfume les coeurs; et la vierge sereine
Se voile de mon ombre à l’heure du sommeil.

Dans l’Attique sacrée aux sonores rivages,
Aux bords Ioniens où rit la volupté,
J’ai vu s’épanouir sur mes traces volages
Ta fleur étincelante et féconde, ô Beauté!

II
Les sages hésitaient ; l’âme fermait son aile ;
L’homme disait au ciel un triste et morne adieu :
rai fait germer en lui l’Espérance éternelle,
Et j’ai guidé la terre au-devant de son Dieu !

I
O coupe aux flots de miel oit s’abreuvait la terre,
Volupté ! Monde heureux plein de chants immortels !
Ta fille bien aimée, errante et solitaire,
Voit l’herbe de l’oubli croître sur ses autels.

II
Amour, amour sans tache, impérissable flamme !
L’homme a fermé son coeur, le monde est orphelin.
Ne renaitras-tu pas dans la nuit de son âme,
Aurore du seul jour qui n’ait pas de déclin?

(Leconte de Lisle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’heure (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



 

L’heure où l’enfant s’arrêtait
de jouer avec des coquillages
étincelait de futur
les valves au dedans lisse
gardaient l’odeur de la mer
l’on entendait hacher
pour les bêtes les herbes amères
les mouches sur les mots
du calendrier des jours
se posaient entre les murs étanches
et la phrase
se détachait d’entre les lèvres
livrant à l’espace des ondes éternelles.

(Jean Follain)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Conte d’amour X (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Conte d’amour X

Ce jour-là, les flots bleus susurreront plus bleus
Le long des côtes blanches,
Et du soleil frileux, les rayons plus frileux
Se joueront dans les branches.

Malgré le rude hiver, les fleurs de l’églantier
Souriront grand’ouvertes,
Et l’on verra changer les cailloux du sentier
En émeraudes vertes.

Les loups pour les agneaux auront des soins exquis,
Et sous l’oeil bon des aigles,
Les grands vautours feront la cour, en fins marquis,
Aux colombes espiègles.

Les dames, aux propos galants des séducteurs,
Ne seront pas rebelles,
Et les Almavivas, malgré les vieux tuteurs,
Enlèveront leurs belles.

Car ce jour-là, jour saint, vaillamment attendu,
Dans tes chastes prunelles,
Mes yeux retrouveront le paradis perdu
Des amours éternelles.

Car ce jour-là, les coeurs par le bonheur brisés,
Mes lèvres dans les tiennes,
Nous nous rappellerons en de nouveaux baisers
Nos caresses anciennes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Seigneur, venez à mon secours (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Seigneur, venez à mon secours,
Tendez-moi votre main si grande
Qu’elle est le dôme des amours,
Des océans, des monts, des landes,
De l’éternel et de nos jours.

Tendez-moi, Seigneur, ne serait-ce
Qu’un de vos doigts pour m’y poser,
Emmenez-moi me reposer
Loin de tout ce qui me délaisse
Et loin de ce que j’ai osé.

Écartez-moi de la rivière,
Conduisez-moi sur le chemin
Qui mène au cœur de la prière,
Tendez-moi votre grande main
D’où sort la nuit et la lumière.

Tout m’est trop proche et trop lointain,
Mon cœur est mort, mon âme pleure,
Le temps ne m’apporte plus d’heure,
Mes battements se sont éteints
Sous un pas quittant ma demeure.

J’ai rendu le dernier soupir.
Seigneur, écoutez la prière
De celle qui voudrait dormir.
Baissez mes rouges paupières
Car j’ai grand sommeil de mourir.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Christophe Gilbert 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JARDIN D’UNE NUIT D’ETE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

amandier  [1280x768]

JARDIN D’UNE NUIT D’ETE

La voûte des noyers est sombre comme un caveau,
Comme la vie ;
Mais à travers le feuillage léger d’un amandier
Brille le ciel de minuit,
Ruisselant d’étoiles.

Cet amandier, le plus ancien de tous,
Voilà qu’il a comme fruits des étoiles ;
Eternel est le sens des choses
Mais le regard est enchanté.

Jamais l’infini ne fut si proche,
Jamais ne fut si proche la paix de la mort ;

Et l’enfance luit jusqu’ici
Avec sa lumière dorée d’arbre de Noël.

(Gyula Illyès)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô Volonté de Dieu (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
Ô Volonté de Dieu

Ô Volonté de Dieu, tu t’éveilles et le Vide
s’emplit, les hommes t’ont nommée force, et tes ailes
emportent les étoiles dans leur ronde
inlassable ; son, lumière, forme
sont les masques de ton mouvement éternel.
Nous voyons ce que tu choisis, mais c’est toi que nous voyons.

Moi, Morcundeya, délivré des mondes,
le Voyant — mais c’est Dieu seul qui voit ! –
je m’affranchis des liens qui retiennent ici-bas
l’homme à sa petitesse, perdu depuis la nuit des temps
dans le spectacle que ses sens tissent autour de lui ;
je les découvre et ne suis plus leurré.
Mais avant que je m’élance, avant que je devienne
le vaste et lumineux Infini, et que libéré du passé
et de l’avenir, j’oublie ces êtres qui forgent leurs propres fers,
une fois je parlerai et vous dirai ce que je vois.
Le reste est Dieu. Partout, il n’est plus que silence.
Mes yeux au-dedans s’ouvrirent et je vis.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai cent vies… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Sri Aurobindo
    
J’ai cent vies…

J’ai cent vies encore devant moi
pour m’emparer de toi, ô esprit éthéré,
sois sûr que d’un coeur insatiable
à travers elles toutes comme un chasseur je te poursuivrai.
Tu te retourneras pourtant sur la route éternelle
et, ta vision s’éveillant, tu me verras venir,
souriant un peu des erreurs passées, et tu mettras
ta main en hâte dans la mienne, sa vraie demeure.
Rendu heureux par ton bonheur
je m’approcherai de toi dans les choses et les êtres chers,
en partie te posséderai dans les mouvements de ton esprit,
aimant ce que tu as aimé je te sentirai proche,
jusqu’à ce que je pose mes mains sur toi
quelque part parmi les étoiles, comme il fut décrété.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :