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Posts Tagged ‘éternelle’

Sors enfin du fond de ta grotte obscure (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jia Lu

Sors enfin du fond de ta grotte obscure,
nue, ferme et blanche,
et serre-moi dans tes bras, fin de mon rêve !
Retiens-moi, en notre étreinte,
comme en une sculpture de pierre,
que rien, jamais, n’altère ou désunisse !

Donne-moi, debout, le repos ;
donne-moi le sommeil, debout ;
Donne-moi, debout et en paix, l’idée seule,
le sentiment seul,
l’éternelle foi en l’unique,
qu’en vain, j’attends, j’attends dans le multiple !

***

¡Ven ya del fondo de tu cueva oscura,
desnuda, firme y blanca,
y abrázate ya a mí, fin de mi sueño!
¡Reténme, en nuestro abrazo,
como en una escultura material,
que nada, nunca, altere ni desuna!

¡Dame, de pie, el reposo;
dame el sueño, de pie;
dame, de pie y en paz, la sola idea,
el solo sentimiento,
la eterna fe en lo solo,
que en lo tanto, y en vano, espero, espero!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jia Lu

 

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Roses ardentes (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



Roses ardentes
Dans l’immobile nuit,
C’est en vous que je chante,
Et que je suis.

En vous, étincelles,
A la cime des bois,
Que je suis éternelle,
Et que je vois.

Ô mer profonde,
C’est en toi que mon sang
Renaît vague blonde,
En flot dansant.

Et c’est en toi, force suprême,
Soleil radieux,
Que mon âme elle-même
Atteint son dieu !

(Charles Van Lerberghe)

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RIEN N’EST RESTE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



 

Benedetto Fellin Schwebendes Totenschädelstilleben, 1983 1ac

RIEN N’EST RESTE

Rien n’est resté
De notre avoir multiple
De tout ce qui était offert, qui nous a été donné
Dons précieux, étonnants.

Ornements sans prix de la Beauté.

Couronnes, diadèmes, sceptres,
De métal céleste et de soleil,
Pierre et lumière, la matière du monde.

Boucles d’oreilles.

Colliers.

Aucun vêtement ni toit
De la nudité éternelle.
Réverbération et bague.

Lampe de l’amour ou éclat du corps.

(Georges Themelis)

Illustration: Benedetto Fellin

 

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Le Départ (Jean Rivet)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



Le Départ

Père, cette brève mais éternelle
et inoubliable odeur de tilleul
dans le vaisseau rose du soir.
Le petit garçon s’en va,
toi seul te retournes dans la rue:
il devient ce point qui tremble
dans l’eau pure de tes yeux.

(Jean Rivet)

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QU’EN EST-IL de la vie? (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




QU’EN EST-IL de la vie?
Où mon commencement,
Où ma fin
Moi qui suis ici et maintenant
Source cachée
Et écoulement incessant?
Ma chambre est petite
Cependant je suis sans borne,
Les mots que j’écris
D’autres les ont dits,
Mon héritage
Sagesse ancestrale
D’au-delà du temps,
Je parle de nouveau
À qui n’est pas né,
Car l’être est sans fin.

Qu’est-ce que la mort ?
Où irai-je?
Il n’y a qu’ici,
Et maintenant est toujours.
Me rappellerai-je
Cette vie, ce lieu?
Ce que j’ai oublié
Le saurai-je,
Ce que je sais
L’aurai-je oublié?
Dois-je cesser?
La musique continue de s’écouler.
Qui étais-je alors?
La Présence éternelle
Passe à travers l’herbe.

***

WHAT of life?
Where my beginning,
Where my ending
Who am here and now
Hidden source
And ceaseless flow?
My room is small
Yet I am boundless,
The words I write
Others have spoken,
My heritage
Ancestral wisdom
From beyond time,
I speak again
To the unborn,
For being is endless.

What is death?
Where shall I go?
There is only here
And now is always.
Shall I remember
This life, this place?
What I have forgotten
Shall I know,
What I know
Shall I have forgotten?
Must I cease?
The music flows on.
Who then was I?
The eternal Presence
Moves through the grass.

(Kathleen Raine)

 

 

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ENCORE MAINTENANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




ENCORE MAINTENANT, ciel,
Parfois je lève les yeux et dis,
« Non, je n’ai pas oublié,
Bien que pour le moment
Je passe d’un lieu à un autre,
De celui-ci au suivant, je promets
(Je le dis aux espaces bleus et aux hautes nuées)
D’être de nouveau, un jour,
En votre grande éternelle présence. »
Mais en silence vous me rappelez toujours
Que j’ai quitté, perdu, déserté.

***

EVEN NOW, sky,
Sometimes I look up and say,
`No, I have not forgotten,
Though for the time
Going from here to there,
From this to next, I promise
(So I say to the blue spaces and high clouds)
To be again, someday,
In your great ever-presence’.
But silently you remind me always
That I have left, lost, gone away.

(Kathleen Raine)

 

 

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L’éternelle présence (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




AMIS, qui dites
« Il faut que vous écriviez de nouveaux poèmes »,
Qu’attendez-vous de moi?
Je me suis bien éloignée
Des sources et des courants,
Les lieux sauvages
Maintenant seulement des noms
De souvenir: que reste-t-il?
Lampe, table, plume, main
Et l’éternelle présence
Uniquement et toujours la même.

***

FRIENDS, Who say
`You must write poems again’,
What do you expect of me?
I have gone far away
From the springs and the streams,
The wild places
Now only names
Of memory: what remains?
Lamp, table, pen, hand
And the ever-presence
Only and always the same.

(Kathleen Raine)

Illustration: Sheila Yackley

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Si je pouvais (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Si je pouvais de cette vie amère
M’éveiller comme d’un rêve,
Nouveau-né dans l’innocence,
Pour voir le premier jour qui se lève,
La promesse de l’aube éternelle
Porterait ton nom.

***

If I could wake
From bitter life as from a dream,
In innocence new-born
To see the first day break,
The promise of the eternal dawn
Would bear your name.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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DANS LE ROYAUME DE PARALDA (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




DANS LE ROYAUME DE PARALDA

I
TOUT le jour j’ai écouté leurs voix résonner
Sur les hauteurs de la lande, le royaume du vent,
Esprits sans entraves de l’air,
Leur longue parole perpétuelle ne signifiant
Ni peine ni joie, chant sonore
Que les grands anges des étoiles entendront quand je m’en serai allée.

II
Au repos dans le devenir:
A travers l’azur ils se meuvent
Passifs dans l’étreinte des vents célestes,
Visible fondu dans l’invisible, pour reparaître
En volute et en frange de pure
Vapeur de brume immaculée comme lentement ils se forment et s’amassent
Dans la sérénité éternelle
Sans cesse mêlée de l’union de l’eau et de l’air.

III
Ils n’accusent personne,
Les rayons du soleil couchant, ni ces
Feuilles de trèfle repliées et ces pâquerettes endormies,
La drenne qui chante
Pour moi, pour tout ce qui est à portée de son chant,
Mon voisin le mulot
Qui s’aventure craintivement hors de sa cachette sous la pierre
Accepte les miettes que j’ai répandues;
Du brin d’herbe à la plus lointaine étoile rien ne se refuse
A l’injuste ou au juste; qui sont aussi l’oeuvre
De celui qui a donné tout cela.

IV
Des nuages légers courant sur la colline du nord,
Un moment sombre, puis se dissipant
Pour s’élever en une multitude frémissante
D’ailes, tournant de nouveau, faisant demi-tour, se déversant
En un flot de vent invisible, se condensant
En un noyau noir, pour éclater de nouveau
En une fumée volant au gré du vent, poussière
Élevée dans les airs par la volonté
D’une unique âme en une joie innombrable, et moi
Qui observe m’élève quand s’élève, me déverse quand descend
La nuée des vivants, lis dans le ciel du soir
Le mot sans fin qu’ils épellent, l’extase.

***

IN PARALDA’S KINGDOM

I
ALL day I have listened to their voices sounding
Over the high fells, the wind’s kingdom,
Unhindered elementals of the air,
Their long continuous word meaning
Neither sorrow nor joy, loud singing
Great angels of the stars will hear when I am gone.

II

At rest in changing:
Across the blue they move
Passive in the embrace of the winds of heaven,
Visible melting into invisible, to reappear
In wisp and fringe of pure
Vapour of whitest mist as slowly they gather and come together
In serene for ever
Unbroken comingling consummation of water and air.

III
They accuse none,
Rays of the westering sun, or these
Folding clover leaves and sleeping daisies,
The missel-thrush that sings
To me, to all within the compass of his song,
My neighbour field-mouse
Venturing tremulous from hide under stone
Accepts the crumbs I have scattered;
From grass-blade to farthest star nothing withheld
From the unjust or the just; whom also made
The giver of these.

IV
Swift cloud streaming over the northern hill,
One moment dark, then vanishing
To rise in pulsing multitude
Of wings, turning again, returning, pouring
In current of invisible wind, condensing
In black core, to burst again
In smoke of flight windborne, upborne
Dust moved by will
Of single soul in joy innumerable, and I
The watcher rise with the rising, pour with the descending
Cloud of the living, read in the evening sky
The unending word they spell, delight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pauline Rigot-Müller

 

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Quelle horreur (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Quelle horreur d’imaginer deux corps
qui font l’amour en proie au besoin
que quelque chose se passe
s’accomplisse et puis effilochés
par une satisfaction se recomposent
dans leur apparence.
Je préfère ce mètre de distance
où je voyais l’éternelle mer nuiteuse
calme silencieuse.

(Patrizia Cavalli)

 

 

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