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Poésie

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Qu’est-ce que la Poésie (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Qu’est-ce que la Poésie

Chasser tout souvenir et fixer la pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant ;
Éterniser peut-être un rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son coeur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.

(Alfred de Musset)

Illustration

 

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DERNIER COULOIR (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


Ettore Aldo Del Vigo -   (29)

 

DERNIER COULOIR

Avant tout : joie de servir
et de chanter si tu l’aimes,
avant tout : le seul désir
d’être pareil à toi-même
aux plages de ton poème
et d’éterniser l’instant.
Etre, avant tout, du voyage,
ne pas marchander le temps,
s’acharner dans les cordages
contre marées, contre vents.
Avant tout, s’en dégager
même si le masque est d’or,
toujours visière levée,
les bras nus et sans épée,
en attendant de partir
avant tout : joie de servir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Descendre dans les fonds d’une mer de mystère (Maryvonne Boyer)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Descendre dans les fonds d’une mer de mystère
Pour subir son étreinte en une longue nuit
Et se prendre à rêver en quittant cette terre
Couler avec langueur, si bas, quand le jour fuit

Frissonner au contact des algues nonchalantes
Cueillir une merveille, un bouquet de corail
S’éclairer en chemin de lanternes mouvantes
Suivre un bébé dauphin tout près d’un soupirail

Colorer les poissons d’une encre lumineuse
Découvrir l’arc-en-ciel au creux d’un tourbillon
Se noyer dans la vague à l’ivresse berceuse
Et voir s’éterniser un paradis sans nom.

(Maryvonne Boyer)

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FIN DE SAISON (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2018



Illustration
    
FIN DE SAISON

Ô sources que le gel éternise en statues
Bourgeons d’étoiles tôt venus
Hautes forêts taillées dans l’écume et les flammes
Oiseaux
Quel oeil hideux vous a pris dans sa glu

Tout glisse lentement sur le dos de la terre
Les bouches sont fermées par une moue sévère
Les torrents ont figé le rire des moissons
La mer ne porte plus ses peaux et ses chansons
Je marche dans la rue où ne répond personne
Détachez de la nuit cette cloche qui sonne
Un homme jeune encore roule dans les taillis

Pour nous
C’est ça la vie
Des bras où rien ne brise
Un feu noir allumé
Le soleil sans sa frise
Et dans le vent léger les cendres d’un ami

Une main douce main
Pour éponger mon coeur.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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C’est ton corps que j’honore (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Alex Alemany
    
— C’est ton corps que j’honore,
ton corps que je chante,
ton corps que j’écris,
ton corps que je regarde,
ton corps que je touche,
ton corps que je caresse,
ton corps que je lèche,
ton corps que je lave,
ton corps que je farde,
ton corps que j’habille,
ton corps que je soigne,
ton corps que je nourris,
ton corps que je panse,
ton corps queje parfume,

C’est ton corps que j’embrasse,
ton corps que je protège,
ton corps que je défends,
ton corps que je secours,
ton corps que je sauve,
ton corps queje fleuris,
ton corps que je supplie,
ton corps que je prie,
ton corps que j’admire,
ton corps que je pleure,
ton corps que je veille,
ton corps que j’embaume,
ton corps que j’enterre,
ton corps que j’éternise ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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LE BAISER (Jean Aicard)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin

    

LE BAISER

Les autres jusque là je les avais surpris,
Mais tu l’as bien voulu, laisse-moi me le dire,
Ce baiser savoureux, posé sur ton sourire,
Et dont je sais la gloire et l’ardeur, — tout le prix!

J’ai donc lu la bonté dans tes yeux attendris
Où l’éclair de l’orgueil a coutume de luire.
Et je n’ai pu parler, las d’un trop long martyre,
Mais mon cœur était plein de délire, et de cris !

Oh! ce baiser! je veux en éterniser l’heure,
Pour retrouver un jour, un des jours où l’on pleure,
Ma joie enclose ici, fière et vivante encor !

Oui, sur ma lèvre en feu ta lèvre s’est empreinte,
Tes deux bras m’ont pressé parmi tes cheveux d’or,
…Et mes deux bras mourants n’ont pas rendu l’étreinte.

(Jean Aicard)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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A l’amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



 

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A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Otto Lohmuller

 

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KAROMAMA (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



KAROMAMA pictureg

KAROMAMA

Mes pensées sont à toi, reine Karomama du très vieux temps,
Enfant dolente aux jambes trop longues, aux mains si faibles
Karomama, fille de Thèbes,
Qui buvais du blé rouge et mangeais du blé blanc
Comme les justes, dans le soir des tamaris.
Petite reine Karomama du temps jadis.

Mes pensées sont à toi, reine Karomama
Dont le nom oublié chante comme un chœur de plaintes
Dans le demi-rire et le demi-sanglot de ma voix;
Car il est ridicule et triste d’aimer la reine Karomama
Qui vécut environnée d’étranges figures peintes
Dans un palais ouvert, tellement autrefois,
Petite reine Karomama.

Que faisais-tu de tes matins perdus, Dame Karomama ?
Vers la raideur de quelque dieu chétif à tête d’animal
Tu allongeais gravement tes bras maigres et maladroits
Tandis que des feux doux couraient sur le fleuve matinal.
O Karomama aux yeux las, aux longs pieds alignés,
Aux cheveux torturés, morte du berceau des années…
Ma pauvre, pauvre reine Karomama.

Et de tes journées, qu’en faisais-tu, prêtresse savante ?
Tu taquinais sans doute tes petites servantes
Dociles comme les couleuvres, mais comme elles indolentes;
Tu comptais les bijoux, tu rêvais de fils de rois
Sinistres et parfumés, arrivant de très loin,
De par delà les mers couleur de toujours et de loin,
Pour dire: «Salut à la glorieuse Karomama.»

Et les soirs d’éternel été tu chantais sous les sycomores
Sacrés, Karomama, fleur bleue des lunes consumées;
Tu chantais la vieille histoire des pauvres morts
Qui se nourrissaient en cachette de choses prohibées
Et tu sentais monter dans les grands soupirs tes seins bas
D’enfant noire et ton âme chancelait d’effroi.
Les soirs d’éternel été, n’est-ce pas, Karomama ?

— Un jour (a-t-elle vraiment existé, Karomama ?),
On entoura ton corps de jaunes bandelettes,
On l’enferma dans un cercueil grotesque et doux en bois de cèdre.
La saison du silence effeuilla la fleur de ta voix.
Les scribes confièrent ton nom aux papyrus
Et c’est si triste et c’est si vieux et c’est si perdu…
C’est comme l’infini des eaux dans la nuit et dans le froid.

Tu sais sans doute, ô légendaire Karomama !
Que mon âme est vieille comme le chant de la mer
Et solitaire comme un sphinx dans le désert,
Mon âme malade de jamais et d’autrefois.
Et tu sais mieux encor, princesse initiée,
Que la destinée a gravé un signe étrange dans mon coeur,
Symbole de joie idéale et de réels malheurs.

Oui, tu sais tout cela, lointaine Karomama,
Malgré tes airs d’enfant que sut éterniser
L’auteur de ta statue polie par les baisers
Des siècles étrangers qui languirent loin de toi.
Je te sens près de moi, j’entends ton long sourire
Chuchoter dans la nuit : «Frère, il ne faut pas rire.»
— Mes pensées sont à toi, reine Karomama.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

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Tant de défunts dans nos oublis (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Tant de défunts dans nos oublis
sauvent le souvenir de vivre
si peu d’avenir dans nos vies
chasse la mémoire des morts
tant de cascades et d’eaux vives
anéantissent l’eau qui dort
si peu de sommeil éternise
l’inexistence du néant
si peu de vies dans tant de vent
tant de morts dans si peu de brise
tant et si peu de notre temps
de notre espace, de nos corps
avec tant et si peu de sang
que se noieront nos peu, nos tant
comme les autres dès le port.

(Robert Mallet)

Illustration: Hans Baldung

 

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Impromptu (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



Impromptu
(En réponse à la question : Qu’est-ce que la Poésie ? )

Chasser tout souvenir et fixer sa pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant,
Peut-être éterniser le rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son cœur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.

(Alfred de Musset)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

 

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