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Poésie

Posts Tagged ‘éthéré’

Invitation au voyage (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Invitation au voyage

Sur les rythmes discrets
Des ondes ancestrales,
Que ne puis-je, fillette, emporter tous tes traits!
Tes beautés idéales!
De loin s’en vient la vague au murmure assourdi
Qu’on entend jusqu’ici.

Cernant ton ombre douce
Au contour éthéré,
Le clapotis imprime une faible secousse

A mon bateau paré.
Et le port virginal de la beauté lointaine
M’ouvre grand son domaine.

Viens, montre-moi ton art.
Ta grâce et ton jeune âge
Puissent-ils embellir pour une large part
Son céleste rivage!
Son rempart, fléchis-le de ton regard câlin.
Fais qu’il soit moins hautain.

Viens. Vois, sur notre route,
Le phare incandescent
De mon rêve irisé, superbe… que j’écoute…
Quand, mon désir naissant,
Son éclat argenté tâche de te rejoindre…
Le soir. Viens. Sans rien craindre.

Pourquoi donc rester là?
Tu viens ou je t’enlève.
Pourquoi donc différer? Décide-toi. Suis-moi.
Ma volonté, sans trêve,
Se jouera de l’écueil de ta sotte pudeur,
Dissoudra ta froideur.

(Attila Jozsef)


Illustration: Antoine Watteau

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L’Inspiration (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Michael Putz-Richard 
    
L’Inspiration

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie,
Torrent impétueux, brûlante frénésie,
Dans mon âme vibraient d’indicibles accords ;
Comme sous l’ouragan bat la vague marine,
Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine,
Mais ma lyre jamais n’égalait mes transports !…
Par l’inspiration je restais oppressée,
Comme la Druidesse au sommet du Dolmen ;
J’implorais, pour donner un corps à ma pensée
Ton langage éthéré, musique, écho d’Eden !

Il est des sentiments, mystérieux, intimes.
Qu’aucun mot ne peut rendre, et que toi seule exprimes ;
Ces rêves, incompris du monde où nous passons,
Ces extases d’amour, d’un cœur qui vient de naître,
Alors, j’aurais voulu, pour les foire connaître,
Moduler sous mes doigts de séraphiques sons !

J’aurais voulu, penchée à la harpe sonore,
Répandre autour de moi l’âme qui me dévore,
Dans des flots d’harmonie aux anges dérobés !
Oui, j’aurais voulu voir, quand mon âme est émue,
Tous les cœurs palpitants, d’une foule inconnue,
Sous mes accents divins demeurer absorbés !

Vains désirs ! jeune aiglon, on a coupé mes ailes,
On a ravi mon vol aux sphères éternelles,
Pour me faire marcher ici-bas en rampant !
Si la Muse, parfois, vient visiter ma route,
Mon chant meurt sans écho, personne ne l’écoute ;
Et l’hymne inachevée en larmes se répand !

(Louise Colet)

 

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Je ne voulais pas écrire (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Illustration
    
je ne voulais
pas écrire
mais signaler
les ombres
éthérées
du néant

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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ECHO DE L’OMBRE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



Illustration: Christian Schloe 
    
ECHO DE L’OMBRE

l’ombre de la nuit a surpris
elle est entrée sans un bruit

pourprée de rose elle va épouser
un ciel d’azur divinement apaisé

Éthérée l’onde au firmament vibre
et l’écho inonde l’horizon du félibre

dans une inclinaison la déesse Junon
va aveuglement suivre Pâris sur l’horizon

là aux portes du jour à l’ombre de l’amour
l’éternité y sommeille sur un tapis de velours

ne reste qu’un serrement des coeurs retournés
où subsistent les tourments de toute une éternité

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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Sonnets du Passereau (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Sonnets du Passereau

I

Aimer un petit passereau est chose folle.
Il tournoie libre dans la longue cage bleue
à m’en oppresser la poitrine, tandis que
le peu de liberté d’aimer bientôt s’envole.

L’amour est-ce partage à deux? pécule? obole?
Une pressante, une rauque nécessité
de nous aimer au sein de l’amour se désole
à chaque baiser que bouche n’a pas donné.

Le petit oiseau descend à notre portée,
et dans cette chute soumise un vol s’ensuit,
et se poursuit sans ailes, comme pure absence,

romance qui dans la romance recommence.
Pour autant que passe l’amour ou qu’on le nie,
elle est chant (et non pas oiselle) son essence.

II

Des ailes qui battent? Rosé ouverte, la jupe
cisèle, dans son tournoiement, le corps léger.
Entre des muscles suaves, un joyau pur,
scintille à brève portée du regard, scellé.

Ce qui, lorsqu’à peine perçu, est évoqué
avec des mots tels que cambrésine ou duvet,
ce qui est feu subtil, sur la neige attisé,
galbe d’une cuisse atlantique sur la plage,

cela se résout-il en femme ou en oiseau?
Au visage ce même air grave ou éthéré,
cette indécise traînée de soleil couchant,

de fugue, que Ton retrouve au bec de l’oiseau.
Le reste, c’est guise humaine ou bien déshumaine,
au gré du penchant où m’incline ma méprise.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Fabienne Contat

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Pour qu’une image chère Illumine en secret mon âme en sa misère (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015




Si jadis j’avais cru dans un espoir d’enfant
Que mon âme échappant à tout pourrissement
Emporterait au fond de gouffres insondables
Des pensers éternels, des souvenirs aimables,
Je jure que depuis longtemps j’aurais quitté
Ce monde, et clos ma vie, horrible déité;
Je serais au pays de ces libres délices,
Au pays dépourvu de la mort et des vices,
Où l’esprit vole seul dans le ciel épuré.

Mais je me livre en vain à ce rêve éthéré.
Mon esprit obstiné méprise l’espérance:
Au-delà du tombeau, c’est l’insignifiance.
Eh bien, tant pis, adieu, pensers, premiers amours !
J’ai peur et de nouveau je surveille mes jours.
Je veux vivre longtemps pour qu’une image chère
Illumine en secret mon âme en sa misère.

 

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Fabienne Contat

 

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