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Poésie

Posts Tagged ‘étinceler’

La moindre fêlure (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



La moindre fêlure
d’une vitre ou d’un bol
peut ramener la félicité d’un grand souvenir
les objets nus
montrent leur fine arête
étincellent d’un coup
au soleil
mais perdus dans la nuit
se gorgent aussi bien d’heures
longues
ou brèves.

(Jean Follain)

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IMPRESSION DU MATIN (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2020



IMPRESSION DU MATIN

La Tamise nocturne dont l’or et l’azur
Se fondent dans la grisaille ;
Un chaland couvert de paille
Ocre s’y avance : le brouillard sur

Les ponts, jaunâtre et glacé, se faufile
Jusqu’aux maisons, leurs fronts
Ne sont plus qu’ombres et Saint-Paul rond
Comme une bulle flotte sur la ville.

Et voici qu’éclate le cri
De la vie qui s’éveille ; les rues s’agitent,
Pleines de chariots : c’est la fuite
Des oiseaux qui vont chanter sur les toits éblouis.

Mais une femme spectrale et seule,
Dont le jour baigne les cheveux blafards,
A la lueur des réverbères rôde sur le tard,
Ses lèvres étincellent, son coeur n’est qu’une meule.

***

IMPRESSION DU MATIN

The Thames nocturne of blue and gold
Changed to a Harmony in grey :
A barge with ochre-coloured hay
Dropt from the wharf : and chill and cold

The yellow fog came creeping down
The bridges, till the houses’ walls
Seemed changed to shadows and St. Paul’s
Loomed like a bubble over the town.

Then suddenly arose the clang
Of waking life; the streets were stirred
With country waggons: and a bird
Flew to the glistening roofs and sang.

But one pale woman all alone,
The daylight kissing her wan hair,
Loitered beneath the gas lamps’ flare,
With lips offlame and heart ofstone.

(Oscar Wilde)

 

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L’heure (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



 

L’heure où l’enfant s’arrêtait
de jouer avec des coquillages
étincelait de futur
les valves au dedans lisse
gardaient l’odeur de la mer
l’on entendait hacher
pour les bêtes les herbes amères
les mouches sur les mots
du calendrier des jours
se posaient entre les murs étanches
et la phrase
se détachait d’entre les lèvres
livrant à l’espace des ondes éternelles.

(Jean Follain)

 

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LA ROSE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Xing Jianjian e_15141 [800x600]

LA ROSE

Je dirai la rose aux plis-gracieux.
La rose est le souffle embaumé des Dieux,
Le plus cher souci des Muses divines.
Je dirai ta gloire, ô charme des yeux,
O fleur de Kypris, reine des collines !
Tu t’épanouis entre les beaux doigts
De l’Aube écartant les ombres moroses;
L’air bleu devient rose, et roses les bois;
La bouche et le sein des Nymphes sont roses!
Heureuse la vierge aux bras arrondis
Qui dans les halliers humides te cueille!
Heureux le front jeune où tu resplendis!
Heureuse la coupe où nage ta feuille !
Ruisselante encor du flot paternel,
Quand de la mer bleue Aphrodite éclose
Étincela nue aux clartés du ciel.
La Terre jalouse enfanta la rose;
Et l’Olympe entier, d’amour transporté,
Salua la fleur avec la Beauté !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Xing Jianjian 

 

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TROIS COUTURIÈRES (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Frank Holl
    
TROIS COUTURIÈRES

Les yeux rouges, les lèvres bleues,
Les joues vidées de leur sang,
La sueur à leur front blême,
Brûlante et courte l’haleine,
Trois filles sont là cousant et cousant!

Neige la toile et l’aiguille étincelle :
Je couds et je couds, pense l’une d’elles,
Et je couds le jour et je couds la nuit
Sans coudre pour moi robe d’épousailles
À quoi sert coudre sans répit ?

Je ne dors pas et je mange si peu,
J’irai voir Balnès le Miraculeux
Qui pour moi peut-être agirait enfin,
Qu’au moins soit un veuf, un juif déjà vieux
Avec sa douzaine d’enfants…

La deuxième se dit: je couds et je reprise
Mais je me couds seulement tresses grises,
La tête me brûle et mes tempes battent
Tape la machine à chaque contact,
Tac, tac, tac, tac, tac, tac, tac, tac !

Chaque clin d’oeil je le comprends,
Sans mariage, sans alliance
Ce ne serait que jeux et danse,
L’amour – toute l’année durant!
Mais après cela, mais après ?

Crachant du sang la troisième pense :
Je me couds aveugle et me couds souffrante,
À chaque piqûre est mon coeur meurtri
Et lui – cette semaine il se marie !
Je ne lui souhaite aucun mal !

Il oubliera ce qui fut autrefois !
Et la communauté un linceul m’offrira,
Un tout petit morceau de terre
Où tranquillement je reposerai
Je dormirai, je dormirai.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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PAIX SUR LA TERRE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Illustration: Jacob Jordaens

Peintures Jacob Jordaens au Sénat
    
PAIX SUR LA TERRE

L’Archer est debout!
Le Cygne envolé!
Or contre bleu
Une flèche allongée.
On chasse dans le ciel –
Dors en paix jusqu’à demain.

Les Ourses sont au loin!
L’Aigle hurle!
Or contre bleu
Leurs veux étincellent!
Dors!
Dors en paix jusqu’à demain.

Les Soeurs reposent
Leurs bras entrelacés:
Or contre bleu
Leurs cheveux brillent!
Le Serpent s’entortille!
Orion écoute!
Or contre bleu
Son épée scintille!
Dors!
On chasse dans le ciel –
Dors en paix jusqu’à demain.

***

PERCE ON FARTE

The Archer is wake!
The Swan is flying!
Gold against blue
An Arrow is lying.
There is hunting in heaven
Sleep safe tilt to-morrow.

The Bears are abroad !
The Eagle is screaming!
Gold against blue
Their eyes are gleaming!
Sleep !
Sleep safe till to-morrow.

The Sisters lie
With their arms intertwining;
Gold against blue
Their hair is shining!
The Serpent writhes!
Orion is listening!
Gold against blue
His sword is glistening!
Sleep!
There is hunting in heaven
Sleep safe till to-morrow.

(William Carlos Williams)

 

Recueil: Les Humeurs
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Nini-Peau-d’chien (Aristide Bruant)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019




Quand elle était p’tite
Le soir elle allait
A Saint’-Marguerite
Où qu’a s’dessalait :
Maint’nant qu’elle est grande,
Ell’ marche le soir
Avec ceux d’la bande
Du Richard-Lenoir

À la Bastille
On aime bien
Nini-Peau-d’chien :
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien
Nini-Peau-d’chien,
À la Bastille

Elle a la peau douce,
Aux taches de son,
À l’odeur de rousse
Qui donne un frisson,
Et de sa prunelle,
Aux tons vert-de-gris,
L’amour étincelle
Dans ses yeux d’souris.

À la Bastille
On aime bien
Nini-Peau-d’chien :
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien
Nini-Peau-d’chien,
À la Bastille

Quand le soleil brille
Dans ses cheveux roux,
L’génie d’la Bastille
Lui fait les yeux doux,
Et quand à s’promène,
Du bout d’l’Arsenal
Tout l’quartier s’amène
Au coin du Canal.

À la Bastille
On aime bien
Nini-Peau-d’chien :
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien
Nini-Peau-d’chien,
À la Bastille

(Aristide Bruant)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Et pourquoi (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019




    
et pourquoi.
Tout est devenu plat, une ruelle sombre
ou plutôt un long couloir
qui ne mène nulle part
et ne relie rien à rien.
C’est exactement ça:
le monde est un long couloir sans destination,
recouvert d’un carrelage noir étincelant.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE

Ayant requis Paula de sa faveur première,
J’attendais que le somme eût porté son conseil,
Quand, bâillante, elle offrit sa bouche à la lumière,
Y tourna par sa glace un rayon de soleil.

A quelque fine église en gothique manière
L’intérieur, miracle! était assez pareil;
Les lèvres paraissaient la superbe portière
Qui s’ouvrait, découvrant le dévot appareil.

La langue y composait un lisse et mol dallage,
Le palais un plafond en ogival ouvrage,
Les dents étaient piliers étincelants d’émail.

A la voûte du choeur, de cramoisi tendue,
La luette semblait la lampe suspendue.
Toute la gorge, au fond, n’était qu’un haut vitrail.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale,
celle qui convertit le plomb en or.
Il prend les chemins de tous les exils,
passant d’un lieu à l’autre afin de trouver cette pierre,
l’une de ces présences à peine aperçues dont la poésie tire sa fulguration.

Pour se simplifier la tâche, il s’est passé à la taille une ceinture de cuivre et,
selon qu’il va, chaque fois qu’il voit une pierre qui pourrait être celle qu’il cherche,
il s’en saisit et la frotte contre son ventre : hélas, rien ne se passe.
Les journées s’écoulent, et les années.

Il fait toujours le même geste d’une manière de plus en plus mécanique :
chaque fois qu’il trouve une pierre susceptible d’être celle qu’il quête,
il la prend, la frotte contre sa ceinture, puis la jette et continue sa route.
Car à quoi bon ?
Finalement, il désespère.

Puis un jour, par hasard, il regarde sa ceinture.
Elle brille, elle étincelle, elle flambe.
À quel moment le cuivre s’est-il métamorphosé ?
Et lui-même, où donc et quand a-t-il rencontré la pierre ?
Il ne le sait pas et sans doute ne le saura-t-il jamais.
C’est ainsi.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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