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Posts Tagged ‘étincelle’

D’Étincelles notre rencontre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



D’Étincelles notre rencontre – Silex
Divergents – volant de tous côtés –
Notre séparation, une Hache
Le Coeur de la Pierre clivé –
Nous vivons de la Clarté qui fut Nôtre
Avant d’éprouver la Ténèbre –
Par sa différence avec cette céleste
Étincelle, révélée.

***

We met as Sparks – Diverging Flints
Sent various – scattered ways –
We parted as the Central Flint
Were cloven with an Adze –
Subsisting on the Light We bore
Before We felt the Dark –
We knew by change between itself
And that etherial Spark.

(Emily Dickinson)

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NE VIENS PAS AVEC TOUTE LA VÉRITÉ (Olav H. Hauge)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



NE VIENS PAS AVEC TOUTE LA VÉRITÉ

Ne viens pas avec toute la vérité,
ne viens pas avec l’océan pour ma soif,
ne viens pas avec le ciel quand
je demande une lampe,
viens avec une étincelle,
de la rosée,
un flocon,
comme les oiseaux emportent
des gouttelettes après le bain
et le vent un grain de sel.

(Olav H. Hauge)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Les Vieux (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



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Les Vieux

Le vieux est assis dans la cuisine.
Ses yeux ont la même couleur que le vieux fauteuil.
Sa main posée sur la table est une étrangère, un gros nœud tout seul.
Le vieux creuse une idée.

Le feu et le chien se regardent.

La vieille éveille mille souris
– mille besognes surgissent dans tous les coins.

Le balancier de l’horloge va de l’un à l’autre…
D’année en année, l’ombre des arbres a envahi la pièce.
Et maintenant il y fait mi-jour même en plein été.

La vieille monte vite vite l’étroit escalier.
Où en est la provision de soleil ?
La fenêtre du grenier est si petite,
si bas contre le sol, juste pour une tête d’enfant.
Le lit craque de lavande sèche.
Des enfants ont laissé leur ombre,
des enfants font encore la ronde dans les murs.

La vieille redescend précipitamment, elle a dérobé une pomme,
elle l’enfouit au fond de sa longue poche,
comme si quelqu’un allait lui faire des reproches…

Le vieux n’a pas bougé, il tourne un peu la tête,
puis lentement il reprend le cours de son idée.
Ses joues sont un peu plus creuses que tout à l’heure.

Un calendrier suspendu par un ruban bleu très pâle
fait une tache insolite sur le mur.
Des visages montent de la profondeur de la pierre.

La vieille fait briller ses bougeoirs, et ses doigts
s’allongent s’allongent dans l’univers métallique.
Elle a donné toutes les étincelles de ses yeux à son vieux cuivre…
Elle y a enfermé toute l’eau du printemps,
tout le soleil des feuilles…

Le vieux reprend sa main posée sur la table,
comme un fardeau il la met sur son genou.
Sa tête penche, elle non plus il ne sait trop où la mettre.

Le chien s’aplatit contre le sol.
Le feu est bas, une petite frange de coquelicots surgit timidement de la souche de bois.
Dans l’œil du chien subsiste une petite, toute petite lueur.
Il essaye de maintenir la vie, mais la vie s’échappe
et le vieux a perdu son idée.

La vieille est raide sur sa chaise, solennelle pour personne.
Soudain elle n’a plus rien à faire.
Elle trouve que l’éternité met du temps à venir…

Le balancier va toujours doucement, de l’un à l’autre.
Depuis longtemps, ils ne se parlent pas autrement.

(Renée Rivet)

Illustration: Carl Kronberger

 

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VALSE MYSTIQUE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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VALSE MYSTIQUE

Le soir, quand paraît la première étoile,
Les cœurs de tous ceux qui sont morts d’amour
Viennent vers la terre et fendent le voile
Qui les cache aux yeux des vivants, le jour.
Alors, dans la nuit brune et fantastique,
Leur sang meurtri pleut et retombe en pleurs
Sur l’herbe, troublant la mélancolique
Chanson de sanglots du vent dans les fleurs.
Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Ils accourent tous !… le cœur du poète
Et de son amante aux yeux langoureux,
Le cœur de l’éphèbe à la blonde tête,
Le cœur torturé des vieux amoureux,
Le cœur de la vierge aimante et pudique,
Le cœur de la femme aux baisers trompeurs,
Ils accourent tous !… pris d’un nostalgique
Besoin de revoir le val des douleurs.
Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Ils tournent noyés dans des flots d’extase,
Parmi des parfums lourds et capiteux
Tandis que la lune au front de topaze
Etincelle au fond du ciel nébuleux ;
Et leur tourbillon noir et magnétique
Poursuit son chemin, semant des lueurs
D’or en fusion dans la magnifique
Splendeur de l’espace aux vagues pâleurs.
Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Mais, sitôt que perce un clair rayon d’aube
Et qu’un chant d’oiseau bruit dans le vallon,
Leur essaim léger au loin se dérobe
Et plus rien !… alors, plaintifs, ils s’en vont,
Pour rentrer, passer sous le grand portique
D’azur diaphane enlacé de fleurs
D’opale où le Dieu calme et pacifique
Dénombre, un par un, le troupeau des cœurs.
Et le lendemain, tous les pauvres cœurs
Reviennent danser la valse mystique.

(Gaston Couté)

 

 

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SOYEZ POLIS (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



SOYEZ POLIS

I
Couronné d’étincelles
Un marchand de pierres à briquet
Elève la voix le soir
Dans les couloirs de la station Javel
Et ses grands écarts de langage
Déplaisent à la plupart des gens
Mais la brûlure de son regard
Les rappelle à de bons sentiments

Soyez polis
Crie l’homme
Soyez polis avec les aliments
Soyez polis avec les éléments avec les éléphants
Soyez polis avec les femmes
Et avec les enfants
Soyez polis
Avec les gars du bâtiment
Soyez polis
Avec le monde vivant

II
Il faut aussi être polis avec la terre
Et avec le soleil
Il faut les remercier le matin en se réveillant
Il faut les remercier
Pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
A toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter…les critiquer
Ils savent ce qu’ils ont à faire
Le soleil et la terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se fâcher
Et puis après
On est changé
En courge
En melon d’eau
Ou en pierre à briquet
Et on est bien avancé…
Le soleil est amoureux de la terre
La terre est amoureuse du soleil
Ça les regarde
C’est leur affaire
Et quand il y a des éclipses
Il n’est pas prudent ni discret de les regarder
Au travers de sales petits morceaux de verres fumés
Ils se disputent
c’est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s’en mêler
Parce que si on s’en mêle on risque d’être changé
En pomme de terre gelée
Ou en fer à friser
Le soleil aime la terre
La terre aime le soleil
C’est comme ça
Le reste ne nous regarde pas
La terre aime le soleil
Et elle tourne
Pour se faire admirer
Et le soleil la trouve belle
Et il brille sur elle
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la lune se lève
La lune c’est l’ancienne amoureuse du soleil
Mais elle a été jalouse
Et elle a été punie
Elle est devenue toute froide
Et elle sort seulement la nuit
Il faut aussi être très poli avec la lune
Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou
et elle peut aussi
Si elle veut
Vous changer en bonhomme de neige
En réverbère
Ou en bougie
En somme pour résumer
Deux points ouvrez les guillemets :

 » Il faut que tout le monde soit poli avec le monde
ou alors il y a des guerres…
des épidémies des tremblements de terre des paquets de mer des coups de fusil…
Et de grosses méchantes fourmis rouges
qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu’on dort la nuit. »

(Jacques Prévert)

Illustration: Jean-Marc Polizzi

 

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DÈS LE PREMIER MOT (Michel Dallaire)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



 

DÈS LE PREMIER MOT

dès le premier mot
tu es là

belle
un bouquet
d’étincelles
obéissant à la chair
du poème nu
sans artifice
ouverte aux pulsions
qu’anime un air au grand galop

dès le premier
vers
tu es là
imaginant le feu
la passion
des êtres qui te font signe
un bond vertigineux
dans le plus parfait des vides
sans élastique

dans un tango de sonorités
dans un rodéo de métaphores
ton poème devient un jardin
du désir
toujours rebelle

(Michel Dallaire)

Illustration: Theodore Chassériau

 

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Après trois ans (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 

Hippolyte Maindron  Velléda [1280x768]

Après trois ans

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

Rien n’a changé … J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin …
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux saule tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.

(Paul Verlaine)

Illustration: Hippolyte Maindron

 

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Femme-liane (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



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Femme-liane

Elle la femme-liane la bien-aimée
La très-chérie la toute-douce la très-belle
L’éternelle fiancée aux doigts orchestrant les caresses du cœur
Ô la tendre épousée de mariale Foi
Celle donc qui était qui est et qui sera toujours la même mouvance
Et le lent mouvement découvrant la Lumière
Je l’incante je la bénis je la crée
Du fond des mondes des forêts des cathédrales d’eau
J’épouse ses yeux ses lèvres ses seins la courbe de son ventre
de ses épaules l’inclinaison de son axe
Le clinamen ancestral où les galaxies se conjuguent et fusent
Elles s’inclinent et découvrent
Les plaines vertes révélées les enfances bleues qui s’élèvent
Tels les soleils et les myriades d’astres
Et les voyages les pays l’envol terrestre des azurs
Au beau milieu des orgues et des ors à leur centre
Où très-étrangement tournoient les étincelles et les flammes
et le foyer le Feu
De notre fin Amour

(Jean-Claude Demay)

Illustration: Anne-Marie Zylberman

 

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Feuilles ou étincelles de la mer (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



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Feuilles ou étincelles de la mer
ou temps qui brille éparpillé

Ces eaux, ces feux ensemble dans la combe
et les montagnes suspendues :
le cœur me faut soudain,
comme enlevé trop haut

Peu m’importe le commencement du monde

Maintenant ses feuilles bougent
maintenant c’est un arbre immense
dont je touche le bois navré

Et la lumière à travers lui
brille de larmes

(Philippe Jaccottet)

 

 

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La feuille (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2017



Lovée déjà
Dans l’étincelle d’éternité

Que la descente lui promet.

(Guillevic)

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