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SONNET DE LA JOCONDE RANIMÉE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA JOCONDE RANIMÉE

Errant dans mon sommeil par cette galerie
Où de nuit et de jour sourit Mona Lisa,
Sur la bouche, soudain, de l’image chérie
D’un spontané transport ma bouche se posa.

Sa joue à mon toucher se fit tiède et fleurie;
A son front vint un feu, son regard s’attisa;
Un fin pleur remouilla sa paupière tarie;
Sa lèvre reprit musc, soufflant : « Dolce cosa!

« Ah! depuis cinq cents ans que, muette figure,
Je restais là figée en ma sèche peinture,
Sans que nul pour ma chair fit plus qu’un froid passant!

« Mais, en retour, prends-moi, toi qui crus à ma vie! »
Elle m’ouvrait les bras, à son cadre ravie.
L’étoffe s’abaissait sur son sein frémissant.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Venise (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019


 


Venise

Un pigeonnier d’or près de l’eau
Câline dans ses nuances de vert;
Un petit vent salé balaie
La trace fine des barques noires.

Foules de doux visages surprenants,
Couleurs vives des jouets dans les boutiques;
Sur un coussin brodé, le lion avec son livre,
Au sommet d’un pilier, le lion avec son livre.

Comme sur une vieille étoffe aux couleurs pâles,
Un ciel se fige, un ciel d’azur et terne…
Tout est étroit; mais on se sent au large;
Dans cette touffeur humide, on respire.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Roger Suraud

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LE POEME (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 

LE POEME

Je parle pour boucher les trous de ton étoffe
amour
je continue mon sommeil animant
Si tu ne viens pas
que sera ma strophe
un rail de plainte interminable
hache de sanglots contre mes lecteurs
Le centre du temps est un arbre atroce un arbre de sable
où germent les clous le cœur est torture véloce un mot nous broie les genoux
Si tu ne viens pas je parle et j’existe
quel feu donnera
ce bois d’orgue triste
j’écris pour appeler un temps plus beau que nous
Et pour les transparents qui souffleront l’argile.

(Jean Sénac)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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L’Utile (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019


 

Dans les couleurs de l’utile
celle de l’étoffe grise et noire
de l’acier bleu
des graines rousses
d’aucuns se réfugient pour vivre.

On entend parfois leurs paroles
les appels qu’ils font à la pluie
au soleil, aux verdures

et les choses autour d’eux se joignent
pour se refléter dans leurs yeux.

(Jean Follain)

 

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Notre Dame des Neiges (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Ingres  sainte-marie-mere-de-dieu

Hommage aux anges
[30]

Nous voyons sa main sur son giron,
lissant la soie vert pomme

ou la soie reinette grise ;
nous voyons sa main sur sa gorge,

touchant un talisman
rapporté de Jérusalem par un croisé ;

nous voyons sa main dénouer un voile syrien
ou poser un châle vénitien

sur une table polie qui reflète
une demi colonne miniature brisée ;

nous la voyons regarder au-delà d’un miroir
par une fenêtre ouverte,

où barque suit barque lente sur le lagon ;
il y a des fleurs blanches sur l’eau.

[31]

Mais aucune d’elles, aucune d’elles
ne l’évoque comme je l’ai vue,

bien que nous atteignions peut-être
un peu de sa bienfaisance tranquille

dans la gracieuse gentillesse
des sirènes de marbre de Venise,

qui grimpent l’escalier de l’autel
à Santa Maria dei Miracoli,

ou nous l’acclamons sous le nom
d’une autre à Vienne,

Maria von dem Schnee,
Notre Dame des Neiges.

[32]

Car je peux dire en vérité,
ses voiles étaient aussi blancs que neige,

tellement qu’il n’y a foulon au monde
qui sût ainsi blanchir ; je peux dire

qu’elle avait l’air belle, avait l’air jolie,
elle était vêtue d’une robe longue

jusqu’aux talons, mais pas
ceinte d’une ceinture d’or,

il n’y avait ni or, ni couleur,
il n’y avait pas de reflet dans l’étoffe,

ni ombre d’ourlet et de couture,
dans le drapé jusqu’au sol ; elle ne portait

aucun de ses attributs habituels ;
l’Enfant n’était pas avec elle.

***

But none of these, none of these
suggest her as I saw her,

though we approach possibly
something of her cool beneficence

in the gracious friendliness
of the marble sea-maids in Venice,

who climb the altar-stair
at Santa Maria dei Miracoli,

or we acclaim her in the name
of another in Vienna,

Maria von dem Schnee,
Our Lady of the Snow.

For I can say truthfully,
her veils were white as snow,

so as no fuller on earth
can white them; I can say

she looked beautiful, she looked lovely,
she was clothed with a garment

down to the foot, but it was not
girt about with a golden girdle,

there was no gold, no colour
there was no gleam in the stuff

nor shadow of hem and seam,
as it fell to the floor; she bore

none of her usual attributes;
the Child was not with her.

We see her hand in her lap,
smoothing the apple-green

or the apple-russet silk;
we see her hand at her throat,

fingering a talisman
brought by a crusader from Jerusalem;

we see her hand unknot a Syrian veil
or lay down a Venetian shawl

on a polished table that reflects
half a miniature broken column;

we see her stare past a mirror
through an open window,

where boat follows slow boat on the lagoon;
there are white flowers on the water.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Ingres

 

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Ce que j’ai (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Alex Stevenson Diaz
    

Ce que j’ai

Sous ma peau j’ai une route
sous ma peau j’ai une veste
dix parents infatigables
qui s’accrochent aux deux pans

moi je rentre dans ma peau
et je tire sur l’étoffe
laissez-moi aller aux pierres
laissez-moi ficher le camp
j’aime mieux mâcher le vent
que le bouilli du samedi

sous ma peau j’ai une route
sous ma peau j’ai une porte
je la claque je cours dehors
mais je sens dans tout mon corps
les parents qui s’agrippent encore.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Vers le milieu l’après-midi (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2018




    
Vers le milieu l’après-midi, un silence s’est fait partout dans le pré.
Le ciel soudain a pâli comme quelqu’un qui on vient d’annoncer une mort.
Il n’y avait plus rien. Et puis tout s’est rallumé.

C’est quelque chose qui arrive très souvent,
vers le milieu de l’après-midi.
On ne le remarque guère.

Il faut être prisonnier ou malade,
ou assis devant une table, en train d’écrire, pour s’en apercevoir :
l’étoffe du jour est trouée.

Par les trous on voit le diable
— ou, si vous préférez ce mot plus
calme : le néant.

Il y a un instant où le monde est laissé seul.
Abandonné.

C’est comme si Dieu retenait son souffle.
Un intervalle de néant entre deux domaines de la lumière

(Christian Bobin)

 

Recueil: La grande vie
Traduction:
Editions: Folio

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À force de mystère (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Wladyslaw Slewinski
    
À force de mystère
sous l’étoffe opaque et rigide
ton corps n’est plus
qu’indifférence à l’autre
mort des pudeurs de l’innocence
impudence hermétique
énigme qui se voue elle-même
à n’être plus qu’absence d’énigme

Ne sois pas inimaginable
et cachée. N’imite pas Dieu
couvre-toi de transparence
pour être désirée

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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DRAPEAUX (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Jacques Darras
    
DRAPEAUX

L’heure patriotique du tirage au sort
A fait vibrer le beffroi légal des mairies,
Les gas aux grands yeux bons sont devenus conscrits
Et leur troupeau dévale par les rues
Sous le geste dur des houlettes tricolores.

En les voyant ainsi passer, les filles belles
Qui s’avancent par la paix fleurie des venelles,
Se demandent en leur naïveté, pourquoi
L’on gaspille ainsi bêtement si belle soie.

Holà ! nos galants aimés. Holà ! disent-elles,
Baillez-nous l’étoffe jolie de vos drapeaux,
Nous en ferons des robes bleues, rouges ou blanches
Et nous les froisserons aux danses des dimanches
Contre votre cœur qui s’en montrera plus tendre.

Mais les galants passent et s’en vont sans comprendre
Le bon désir des amantes qui restent seules…
Et demain les drapeaux leur seront des linceuls.

(Gaston Couté)

 

 

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Nos désirs sont d’amour la dévorante braise (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



 

Alexander Nedzvetskaya (15)

Nos désirs sont d’amour la dévorante braise,
Sa boutique nos corps, ses flammes nos douleurs,
Ses tenailles nos yeux, et la trempe nos pleurs,
Nos soupirs ses soufflets, et nos sens sa fournaise.

De courroux, ses marteaux, il tourmente notre aise
Et sur la dureté, il rabat nos malheurs,
Elle lui sert d’enclume et d’étoffe nos coeurs
Qu’au feu trop violent, de nos pleurs il apaise,

Afin que l’apaisant et mouillant peu à peu
Il brûle d’avantage et rengrège son feu.
Mais l’abondance d’eau peut amortir la flamme.

Je tromperai l’enfant, car pensant m’embraser,
Tant de pleurs sortiront sur le feu qui m’enflamme
Qu’il noiera sa fournaise au lieu de l’arroser.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

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