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FÉE ÉLECTRICITÉ (Mathias Malzieu)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2021



Illustration: Daria Nelson
    
FÉE ÉLECTRICITÉ

Tu m’es tombée sur le coin du coeur.

Il était coupant, couvert de mines et de volcans
mais tu es entrée quand même.

À l’intérieur, tu as découvert un champ de bataille,
une décharge privée d’électricité.

Tout un village d’ombres et de fantômes abandonnés.

Il faisait sombre, il faisait froid.

Mais tu es restée quand même.

Tu as branché ton électricité.

Tu as allumé une flamme qui n’existait plus.

Âme illuminée façon ciel étoilé,
je t’explore de jour en nuit.

Fée électricité, tu as rallumé ma vie.

(Mathias Malzieu)

 

Recueil: Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse
Traduction:
Editions: L’ICONOPOP

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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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S’étioler ou s’étoiler (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019


van-gogh

 

L’homme n’a pas d’autre choix
que de s’étioler
ou de s’étoiler.

(Jacqueline Kelen)

 

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Les Chats (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Les Chats

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;

Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques,
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

(Charles Baudelaire)

 

 

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Libération (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Libération

Le soleil dans les pommiers roses
Comme une harpe a tendu ses rayons,
Et voici que passe et se pose
Parmi les fils d’or l’essaim des guêpes en tourbillons.

L’herbe se tait sentimentale
Où point la véronique imperceptiblement,
Où l’ombre changeante s’étale
Se froisse et s’envole en de translucides déploiements

Mais c’est la nuit surtout, quand au pignon des fermes
Dorment les fleurs d’abricotiers
Et qu’étoilant la terre où palpitent des germes
S’ouvrent les boutons des fraisiers;

C’est la nuit quand l’eau sombre au bord des prés gargouille
Et que, monotone biniou,
S’élève indéfini le chant faux des grenouilles
Succédant au cri des coucous;

C’est la nuit quand survient dans sa verte tunique
La lune avec ses cheveux froids
Et que jase à mi-voix presque somnambulique
Le rossignol au fond des bois,

C’est la nuit qu’il est doux d’être un cœur qui délaisse
Sa chair comme un étroit tombeau,
Et fondu, mort d’amour, coule dans la caresse
Du vent aux blancheurs des sureaux.

(Marie Dauguet)

Illustration: Christian Schloe 

 

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Aimer d’amour, aimer (Antoine de Bengy-Puyvallée)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



Aimer d’amour, aimer

Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise,
C’est parfois chose exquise, enfant : dans un lis blanc
C’est l’espoir qui dépose, encor vierge et tremblant,
Les perles dont le cœur extasié se grise ;
Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise.

Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là,
Toute la vie est là : c’est un échange d’ailes
Pour deux cœurs confondant leurs battements fidèles,
Vers l’infini bonheur que Dieu même étoila ;
Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là.

Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre,
C’est tout l’être qui vibre aux doigts de la Douleur
Dont l’arpège de feu va hurlant sur le cœur
D’épouvante meurtri, mis à nu fibre à fibre ;
Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre.

Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai ;
Mourir d’amour, mourir : – Calme après la tempête ;
Regrets de l’Infidèle et ses pleurs. – Une fête…
L’adieu, le chant funèbre et doux : « Dies iræ. »
Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai.

(Antoine de Bengy-Puyvallée)

 

 

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Par certaines nuits (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2016



Par certaines nuits,
c’était la merveille:
nous savions nous étoiler avant de nous aimer.

(Robert Mallet)

Illustration: Josephine Wall

 

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PALMIER (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016



PALMIER

PALMIER, tu jaillis de toi-même
Absent de toute pesanteur
Afin d’étoiler à l’extrême
Le vent que libère ton coeur.

(Louis Emié)

Illustration

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Quand je mourrai demain (Francis Giauque)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2016



quand je mourrai
demain s’il se peut
enterrez-moi
dans une terre humide
et lourde de chaleur
que la voûte de planche
étoile mon sommeil
que personne ne pleure
moi qui ne sus pas vivre
je pourrai enfin m’élever
dans la nuit au son clair

(Francis Giauque)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Ne pas parler… (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2015



Ne pas parler…

Ne pas parler
Plus haut que sa pensée

Pour autant
Ne pas taire le chant

Qui donnerait des ailes
Nous lesterait du poids du monde

En dépit des peurs et des violences
De tout ce qui étiole

Des malheurs qui fissurent
La belle ordonnance des choses

Permettre les affleurements
De l’inconnu

Vêtus d’incertitude
Et de jubilation intime

Consentir à cet appel d’air
Qui rend légère la fragile éternité

(Gilles Baudry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

Illustration: ArbreaPhotos

 

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