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Posts Tagged ‘étouffant’

Premières journées de chaleur (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



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Premières journées de chaleur.
Etouffant.
Toutes les bêtes sont sur le flanc.
Quand la journée décline,
la qualité étrange de l’air au-dessus de la ville.

Les bruits qui montent et s’y perdent comme des ballons.
Immobilité des arbres et des hommes.
Sur les terrasses, mauresques
qui devisent en attendant le soir.
Café qu’on grille et dont l’odeur monte aussi.

Heure tendre et désespérée.
Rien á embrasser.
Rien où se jeter à genoux,
éperdu de reconnaissance.

(Albert Camus)

Illustration: Mark Berens

 

 

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Contre l’emprise du vert étouffant (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




Illustration
    
Contre l’emprise
du vert étouffant luttent
les rhododendrons.

***

Tussen de overmacht
van wurgend groen vechtend
de rododendrons

***

Luchando contra
la asfixiante supremacía
los rododendros

***

Fighting, not yielding
to the green, the purple blooms
of rhododendrons

***

Con fiori rossi
lottano contro il verde
i rododendri

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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LE REGRET DES JOUJOUX (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



LE REGRET DES JOUJOUX

Toujours je garde en moi la tristesse profonde
Qu’y grava l’amitié d’une adorable enfant,
Pour qui la mort sonna le fatal olifant,
Parce qu’elle était belle et gracieuse et blonde.

Or, depuis je me sens muré contre le monde,
Tel un prince du Nord que son Kremlin défend,
Et, navré du regret dont je suis étouffant,
L’Amour comme à sept ans ne verse plus son onde.

Où donc a fui le jour des joujoux enfantins,
Lorsque Lucile et moi nous jouions aux pantins
Et courions tous les deux dans nos robes fripées ?

La petite est montée au fond des cieux latents,
Et j’ai perdu l’orgueil d’habiller ses poupées…
Ah ! de franchir si tôt le portail des vingt ans!

(Emile Nelligan)


Illustration

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Tu m’as donné (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



    

Tu m’as donné trois heures de ta vie
trois oiseaux de l’immense volière
qui sont morts au bout de mes doigts
qui ont brillé sans revivre
et qui étendent sur mon coeur
leur cendre étouffante et âcre.

Les horloges nous regardaient
leurs gestes de semeurs
cherchaient les fleurs de l’air
et les graines de l’avenir
mais c’est dans le vide et pour le vide
qu’elles dessinaient nos destins
et dans leurs mains
brillait seulement l’épée qui sépare et qui blesse.

Battaient nos coeurs avec leurs coeurs
ensemble pour la seule fois
pour la seule fois
nos quatre lèvres muettes d’un même baiser.

Voici que l’air est vide de toi
à mon entour et peut-être à jamais :
Combien de temps encore ton image
demeurera la seule paupière de mes yeux ?

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Le jour était gris tendre (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Claude Monet
    
Le jour était gris tendre, gris comme l’angoisse.
Et le soir était pâle comme une main de femme.

Dans les chambres, le soir, les coeurs se cachaient,
Lassés d’une tendre angoisse infinie.

On se pressait les mains, on fuyait les rencontres,
Les rires s’étouffaient dans les épaules blanches.

La robe échancrée bas, la robe comme un serpent,
L’écaille de la robe plus blanche au crépuscule.

Penchées sur les nappes de la salle à manger,
Les coiffures frôlaient les visages enflammés.

Le coeur bat plus vite, le regard est intense.
Dans les pensées — un jardin, doux, profond, étouffant.

Comme sur un signe, ils s’ébranlent, descendent.
Les robes blanches bruissent en effleurant les marches.

Sans un mot, ils s’abîment à jamais dans le jardin.
La honte doucement éclabousse le ciel.

Peut-être, une étoile rouge a-t-elle roulé bas.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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L’AMOUR MALSAIN (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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L’AMOUR MALSAIN

Non, nous ne savons plus aimer comme nos pères.
Ils aimaient en lapins. Nous aimons en vipères.
Ils avaient l’amour calme et faisaient des enfants.
Nous, nos plaisirs fiévreux ont des nœuds étouffants.

Notre bonheur n’est point le fade cataplasme ;
C’est le vésicatoire aigu qui donne un spasme.
Vous voulons ce qui tord, nous voulons ce qui mord.
Et nous fouillons la vie en désirant la mort.

La femme de nos vœux est courtisane et sainte,
Un mélange infernal d’eau bénite et d’absinthe.
Nous cherchons le poison subtil et l’art nouveau
Qui nous crispent les sens, les nerfs et le cerveau.

Nous sommes dégoûtés de l’épouse placide
Dont le baiser n’est pas rongeant comme un acide.
Vos amours, ô bourgeois, sont des fromages mous :
Le nôtre, un océan d’alcool plein de remous.

Dans ce malstrom vorace et noir voguons sans trêve
Vers le ciel fantastique où fleurit notre rêve !
Tout le vieux monde, ainsi qu’une vieille liqueur
Rance au fond d’un flacon, nous fait lever le cœur.

Notre espoir, dédaigneux des paradis antiques,
Est en route pour des pays transatlantiques.
Là-bas, c’est le sol neuf, étrange, absurde, fou !
Nous voulons le trouver, nous ne savons pas où.

Mais nous fuyons l’amour ancien comme une geôle,
Et notre âpre débauche a l’inconnu pour pôle.

(Jean Richepin)

 Illustration

 

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Montagnes étouffantes (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



 

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Montagnes étouffantes
D’où la chaleur d’août s’élance
Sur la voie ferrée.

***

Over railroad ties,
Heat rushes from hot mountains
On an August day.

(Richard Wright)

 

 

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ALMANACH (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



 

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ALMANACH

Les fillettes sont bien grandies
Qu’on faisait sauter dans ses mains !
Que de cendres sont refroidies !
Voici refleurir les jasmins.

Il est un charme aux lendemains,
Un bercement aux maladies.
Les roses perdent leurs carmins
Mais restent de nobles ladies.

Sans être ni riche ni fort
On attend doucement la mort
En contemplant le ciel plein d’astres.

Mais il vient des mots étouffants ;
On laissera les chers enfants
Livrés à de vagues désastres.

(Charles Cros)

Illustration: Berthe Morisot

 

 

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L’Amour au Luxembourg (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2015



L’Amour au Luxembourg

Le couchant violet tremble au fond du jour rouge.
Le Luxembourg exhale une odeur d’oranger.
Et Manon s’arrête à mon bras:
plus rien ne bouge,
les arbres, les passants, ce nuage éloigné.

Il n’est plus une fleur où l’air lourd ne se pose,
et qui ne sente en elle un coeur battre et mourir,
un coeur d’air étouffant sa corolle;
et les roses défaillent vers la terre,
sous le poids du zéphyr.

Il semble que le monde entier n’ait plus qu’une âme.
La poussière du jour retombe parfumée;
et le bassin respire un jet d’eau qui se pâme et,
sur sa propre image,
en mourant, vient chanter.

Tout meurt, et tout renaît
pour une vie chantante, aromatique,
éparse et mêlée aux nuances,
et comme dans la bouche un fruit délicieux,
les arbres veloutés me fondent dans les yeux.

Et le jet d’eau s’est tu:
c’est la rosée qui chante là-bas,
dans les gazons où rêvent les statues,
et pour rendre, ô sens-tu?
la nuit plus défaillante,
les orangers en fleurs ont enivré la nue.

Manon, près de mon coeur,
et devant tout l’espace que prennent les étoiles
pour graviter vers nous,
de vos beaux yeux voilés,
Manon regardez-vous flotter dans la nuit bleue
la blancheur des terrasses?

C’est aux lueurs dernières que l’ombre est embaumée,
et Manon sur mon bras couche son front pâmé,
et je luis crois une âme en cette heure irréelle,
lui faisant une part dans l’âme universelle.

(Paul Fort)

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