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Posts Tagged ‘étouffement’

Il arrive (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

Arthur Hughes 45

Il arrive

Il arrive
qu’on ne possède plus
qu’une force enlisée
qu’on ne discerne que le passage
vide déserté..

Alors on cherche
les mots humains
à dire…
Mais, rien.

On s’égare on se défait
on se dilue.
Rien ne reste
qu’une buée un étouffement.
On n’atteint plus
on n’entend plus
sinon le bruit des mains affolées
le froid d’une déchirure.
Sinon, rien.

On sait que tout sera
à reprendre
qu’il faudra porter
notre inertie ou l’ignorer.
On sait l’à peine frémissant
de notre existence.
On sait. On ne répond plus.

On sait l’appel
lointain inaccessible
infiniment résonnant
infiniment blessant.
On sait l’irréalité
l’absence insupportable
où une prière seule pourrait…
Mais, rien.

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

Illustration: Arthur Hughes

 

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Je suis un enfant de Septembre (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le coeur, la fièvre et l’esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j’ai de courir dans la nuit
Sauvage, ayant quitté l’étouffement des chambres.

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: François-Joseph Durand

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L’île d’Ulysse (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Firmin Girard
    

L’île d’Ulysse

L’île d’Ulysse était-elle mon île ?
La retrouvant, je ne la reconnus,
terre étrangère où je n’étais moi-même
qu’en reniant le voyage et le Temps.

Ne vivait là qu’une troupe d’aveugles.
Je connaissais ma propre cécité,
je ne voyais que d’anciennes lumières.

Oh ! repartir, retrouver l’onde et l’âme,
le flot changeant, les dangers qui nous sauvent
et cette étrave où la mer se déchire.

C’était hier. J’oubliais les écueils,
celui de vivre et celui de mourir,
maître d’exil et roi de mon errance.

J’entends au loin le chant vert des sirènes.
J’ai tant rêvé d’être bu par ces bouches,
jamais le sort n’aura si beau visage.

Contre l’appel de l’énigme, des liens !
Ce corps tendu, ce cri dans mes cavernes,
l’étouffement de l’être dans mon être.

Tu le savais : jamais plus l’aventure.
Que devenir sur cette terre morne ?
Nul monument ne voit tourner son ombre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Comment sortir de l’étouffement (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
comment sortir de l’étouffement est-ce
seulement possible oui et non bien sûr
parfois tout est si haletant presque
suffoquant on est comme noyé de trop
de tout je cherche je pulse je respire
dans l’infra-poumon je capte et je puise
je fleuris avec une rage de soie
comment renverser la spirale avancer
pas à pas surtout pas à pas je veux dire
un pas après l’autre comme si l’on
marchait dans une forêt inconnue sans
rien y comprendre

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Chet Baker (Déploration)
Editions: Le Castor Astral

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TARTUFE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Paul Berthon-LesChrysanthemes-1899  m

TARTUFE

Je rôde, orage lourd, autour de ta jeunesse.
Mes désirs dans ton ciel font de brèves lueurs.
La ruse de mes yeux d’être toujours ailleurs
Ne leur dérobe pas la face qui les blesse.

La fuite des regards, l’étouffement des pas,
Ce mensonge charnel que nous enseigne l’âge,
J’en commence d’avoir l’humiliant usage
Et rôde autour des corps qui ne le savent pas.

(François Mauriac)

Illustration: Paul Berthon

 

 

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SILENCE (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



SILENCE

Toutes paroles me deviennent intérieures
Et ma bouche se ferme comme un coffre
qui contient des trésors
Et ne prononce plus ces paroles dans le temps,
des paroles en passage,
Mais se ferme et garde comme un trésor ses paroles
Hors l’atteinte du temps salissant, du temps passager.
Ses paroles qui ne sont pas du temps
Mais qui représentent le temps dans l’éternel,
Des manières de représentants
Ailleurs de ce qui passe ici,
Des manières de symboles
Des manières d’évidence de l’éternité qui passe ici,
Des choses uniques, incommensurables,
Qui passent ici parmi nous mortels,
Pour jamais plus jamais,
Et ma bouche est fermée comme un coffre
Sur les choses que mon âme garde intimes,
Qu’elle garde
Incommunicables
Et possède ailleurs

Parole sur ma lèvre déjà prends ton vol,
tu n’es plus à moi
Va-t-en extérieure, puisque tu l’es déjà ennemie,
Parmi toutes ces portes fermées, sois fermée
en ton marbre implacable.

Impuissant sur toi maintenant dès ta naissance

Je me heurterai à toi maintenant
Comme à toute chose étrangère
Et ne trouverai pas en toi de frisson fraternel
Comme dans une fraternelle chair qui se moule à ma chair
Et qui épouse aussi ma forme changeante.

Tu es déjà parmi l’inéluctable qui m’encercle
Un des barreaux pour mon étouffement.
Te voilà verbe en face de mon être
un poème en face de moi
Par une projection par-delà moi de mon arrière-conscience
Un fils tel qu’on ne l’avait pas attendu
Être méconnaissable, frère ennemi.
Et voilà le poème encore vide qui m’encercle
Dans l’avidité d’une terrible exigence de vie,
M’encercle d’une mortelle tentacule,
Chaque mot une bouche suçante, une ventouse
qui s’applique à moi
Pour se gonfler de mon sang.

Je nourrirai de moelle ces balancements.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Jan Balet

 

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