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Poésie

Posts Tagged ‘étouffer’

Jamais je ne serai libre (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Jamais je ne serai libre
Jamais je ne pourrai exhaler
Le souffle végétal du jonc creux ;
Les formes compactes
Imparties à l’empire
Du monde m’étouffent.

***
lo non saro mai libero,
No mai potro spirare
L’aura vegetale
Del guinco vuoto :
Le forme compatte
Cui è concesso l’impero
Del mondo mi soffocano.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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La nuit ferme ta paupière (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Je me niche dans l’espace
Sur le sein d’une étoile
Qui referme sur moi
Ses branches de noël

Je tire ce drap de souvenirs
Sur la couche de l’oubli
Et j’étouffe dans l’oreiller
L’expression de mes regrets

La vitesse de la lumière
Est supérieure à celle du son
Et quand finit la chanson
La nuit ferme ta paupière.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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LE VENT DU TEMPS (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    

LE VENT DU TEMPS

Le temps est une tempête : les jours déferlent,
Les tombes profondes s’ouvrent d’une heure à l’autre,
Un courant balaie les rues et les maisons
Trop vite pour qu’on puisse y accoster.
Les villes font naufrage la nuit
Et nous sommes abandonnés, noyés dans cette aube vide.
Aucune terre n’est navigable, aucun oiseau visible.
Et sur les rivages, après la tempête gisent
Les débris du bonheur et de nos êtres passés,
Chambres et maisons mortes, coquillages étouffés.

***

THE WIND OF TIME

Time blows a tempest — how the days run high,
Deep graves are open between hour and hour,
A current sweeps the streets and houses by
Too fast to board them. Cities are wrecked by night
And we left drowning in Ihis empty dawn.
No land is seaworthy, no bird in sight.

And on the shores, after the tempes! lie
Fragments of past delight, and of pas! selves,
Dead rooms and houses, with the strangled shells.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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Poème de minuit (Dahlia Ravikovitch)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Poème de minuit

De nouveau, comme les années précédentes,
La chambre à coucher est en désordre,
Et il y a de la cendre partout.
Les habits s’entassent,
Et un amas de lettres demeurées sans réponse,
Un lit chaud.
Qui plus est, une épidémie de grippe sévit maintenant
Et je suis malade, excusez du peu.
Cette année
Et toutes les années à venir
Je ne renoncerai pas au plus petit oiseau
Qui vole dans mon jardin,
Je n’échangerai pas un petit oiseau pour un pigeon ou une huppe.

Une autre année viendra
Et comme toujours
Ma gorge étouffera d’amour.

(Dahlia Ravikovitch)


Illustration

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Quand la neige s’est effacée (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Quand la neige s’est effacée,
les monts de la sierra
se sont éloignés.
La vallée a reverdi
au soleil d’avril, la vallée
est pleine d’une verte flamme,
pleine d’une vie, sans souci,
et l’âme songe à un papillon,
atlas du monde, et songe.
Avec le prunier en fleur et la campagne verte,
avec la glauque vapeur du rivage,
autour des branches,
avec les premières ronces qui blanchissent,
avec cette douce brise
qui triomphe de la mort et de la pierre,
cette amertume qui m’étouffe
s’écoule en espérance d’Elle…

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Que dit ton souffle, vent de nuit? (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
Que dit ton souffle, vent de nuit?
Que veut ta rage intempestive?
Ta voix étrange me poursuit,
Sonore ou sourdement plaintive.
Tu parles, dans ta langue à toi,
D’une souffrance sans paroles
Qui creuse et fait jaillir parfois
De l’âme des tempêtes folles.

Ne chante pas les chants enfouis
Du vieux chaos, de l’origine !
L’être de l’âme dans la nuit
Les sent si proches, les devine!
Il brûle, il cherche à fuir le corps,
Il veut se fondre au sans-limite…
Laisse étouffer ce feu qui dort,
C’est le chaos qu’il ressuscite!…

(Fiodor Tiouttchev)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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La voix intérieure (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
La voix intérieure

ma voix intérieure
ne conseille rien
n’interdit rien

elle ne dit ni oui
ni non

elle est peu audible
presque inarticulée

même en se penchant très profond
on n’entend que des syllabes
dénuées de sens

j’essaie de ne pas l’étouffer
j’ai des égards pour elle

je feins de la tenir pour égale
de la prendre au sérieux

parfois même
j’essaie de lui parler
—tu sais hier j’ai refusé
je n’ai jamais fait cela
je ne vais pas commencer

—glou — glou
– alors tu crois
que j’ai bien fait

– gua – guo – gui

c’est bien qu on soit d’accord

– ma – a

– repose-toi maintenant
nous reparlerons demain

elle ne me sert à rien
je pourrais l’oublier

je n’ai pas d’espoir
un peu de peine
quand elle repose
enveloppée de pitié
respire avec effort
ouvre la bouche
tente de soulever
sa tête sans force

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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LES P’TITS OISEAUX CHANTAIENT TROP FORT… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Marc Chagall

    

LES P’TITS OISEAUX CHANTAIENT TROP FORT…

Voilà : ce matin je voulais
Honorer d’un brin de romance
L’éveil des nids pleins d’oiselets
Et le doux printemps qui commence
J’ai débouché mon encrier,
Pris une plume et du papier

Refrain
J’ai voulu faire une chanson
Mais tireli tirelirette
Dans mon champ rempli de moisson
Mais tireli tirelirette
Les p’tits oiseaux chantaient trop fort (bis)

Au bout des vers de ma chanson
Tombèrent d’un vol unanime
Fauvette, bouvreuil et pinson
Dont le bec pilla chaque rime
Et leur refrain assourdissant
Étouffa le mien en passant.

Ainsi ce soir auprès de vous
Froissant nerveusement des roses
Je cherche les mots les plus doux
Pour vous dire certaines choses
J’en trouve trop… qui sont très bien
J’ouvre la bouche et ne dis rien.

Refrain final
Je voudrais vous causer d’amour
Mais tireli tirelirette
Dans mon coeur qu’enfête le jour
Mais tireli tirelirette
Les p’tits oiseaux chantent si fort (bis).

(Gaston Couté)

 

 

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J’ai vécu le retrait (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



J’ai vécu le retrait
le repliement la solitude
auxquels m’astreignait
le périple de la quête de soi
et la voix que j’étouffais
ne cessait d’implorer
accordez-moi un sourire
une poignée de main
ce signe d’amitié
qui apaiserait le besoin
que j’ai de vous

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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