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Poésie

Posts Tagged ‘étrangement’

Le matin (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




    
Le matin, les maisons semblent un peu plus hautes,
debout sur leurs pierres,
ainsi que les arbres étrangement verts
sur leurs vieilles racines
et la mer sombre, rafraîchie,
sur ses abîmes de mémoire.
On dirait qu’ils regardent venir le soleil
promis depuis des siècles
comme une foule ayant passé
la nuit dehors pour l’apercevoir.
Ensuite, au fil des heures,
chacun se rassoit imperceptiblement,
ne voit plus que sa rue,
les galets sur le rivage.
Qu’arriverait-il
si tout le monde osait suivre aujourd’hui
le soleil levant ?
La ville deviendrait comme un camp de toile
et nous marcherions du matin au soir
sur la pointe des pieds.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Faire place
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’est l’histoire d’une petite fille (Bruno Grégoire)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018




    
C’est l’histoire d’une petite fille
qui, plongeant ses mains dans l’eau fraîche
de l’étang,
aimante les libellules,
étrangement.

(Bruno Grégoire)

 

Recueil: L’épingle du jeu suivi de Sans
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Notre amour (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Alberto Quintero
    
Notre amour était un merveilleux monde,
un monde au delà des mondes,
une sublime solitude,
dont tes regards étaient la lumière ;
— et si étrangement résonnait le paradis de ta voix,
claire et profonde comme un ciel!

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Soir intense (Grégoire Le Roy)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Soir intense

C’était un soir d’étranges extases,
Un soir où les roses trop écloses
Se mouraient d’épanouissement,
Comme meurent les roses des vases.

C’était un soir où même les choses
Semblaient mourantes étrangement
Et comme lentes, évanouies,
D’être, en ce soir, trop épanouies.

Et nous vîmes tomber des pétales
Dans l’attente amoureuse des heures
Et nous gardons à jamais au cœur
La langueur de ces heures fatales.

Car jamais tes lèvres de bonheur
Ne seront plus douces ni meilleures
Qu’en ce soir de trop lentes extases
Où les roses, trop épanouies,
Se mouraient d’extases inouïes,
Ainsi que les roses dans les vases.

(Grégoire Le Roy)

 

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La matière (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



La matière

la matière des sons
leur texture m’est offerte
m’est ouverte
leur texture jusqu’à la torture

étrangement manipulés
m’éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
autrement me joignent,
m’unifient, s’unifient

Enveloppements! Envahissement

Soie dans les fibrillations

(Henri Michaux)


Illustration

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Quel nom donner à ce langage (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Toujours les mots nous font imaginer l’être où ne se
trouve que la simple réalité.

Quel nom donner à ce langage qui pourrait s’en tenir
à la pauvreté du réel ?

Quel nom donner à ce langage qui saurait parler de
ce qui n’est pas ?

***

Un langage du réel, en sa nudité, sa simplicité
natives. Un langage d’avant la connaissance du bien et du mal.

Un langage affranchi de toute vérité. Témoin seulement d’une présence.

Des mots pour ne rien dire. Pour dire précisément ce rien.

***

Les mots du langage ordinaire veulent toujours, malgré nous, trop en dire.
Mais ces mots-là, que nous diraient-ils ? Étrangement muets. Comme les choses.

Des mots qui seraient là. Un grouillement d’existence, sous nos yeux. Imperceptible.

Un langage d’avant la tentation de l’être.
Non plus ce discours délirant qu’invente notre angoisse.

***

Voici tant de siècles que le discours de l’être nous tient prisonniers en sa caverne.
Nous sommes tellement habitués à ses ombres et ses clartés.
Nous en avons oublié l’immensité nocturne du ciel.

Maintenant, simplement faire silence.
Nous laisser saisir par le silence des choses.

Entrer dans cette nuit sans peur.
Accepter que chaque corps, chaque instant reposent en cette obscurité.

(Gérard Pfister)

Illustration: René Magritte

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Quand je contemple ma main (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Penchée sur soi

Quand je contemple ma main
— Objet étranger qui me ressemble —
Je ne suis dans aucun pays,
Je ne suis soumise à aucun présent, aucun ici,
Je ne suis soumise à rien.

C’est comme si je devais braver l’univers,
Lequel peut bien passer impassible,
Sauf que plus aucun signe ne doit advenir.

Si je contemple ma main,
Qui m’est étrangement semblable,
Et une autre chose pourtant.
Est-elle plus que ce que je suis,
A-t-elle un sens plus éminent ?

***

In sich versunken

Wenn ich meine Hand betrachte
— Fremdes Ding mit mir verwandt —
Stehe ich in keinem Land,
Bin an kein Hier und Jetzt
Bin an kein Was gesetzt.

Dann ist mir als sollte ich die Welt verachten,
Mag doch ruhig die Zeit vergehen,
Nur sollen keine Zeichen mehr geschehen.

Betracht ich meine Hand,
Unheimlich nah mir verwandt.
Und doch ein ander Ding.
Ist sie mehr als ich bin
Hat sie höheren Sinn?

(Hannah Arendt)

 

 

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Quelle est cette voix qui m’appelle du fond du sommeil ? (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



Quelle est cette voix qui m’appelle
du fond du sommeil ?
Comme elle prononce étrangement mon nom,
comme elle m’est familière !

(Henri-Frédéric Blanc)

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Annie (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2015



Annie

La lune n’était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j’allai trouver Annie
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu’un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n’avait parlé…
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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