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Poésie

Posts Tagged ‘étrangère’

NUIT (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2019




NUIT

La nuit t’habille dans mes bras
Pâles rumeurs et bruits de soie
Conquérante immobile
Reine du sang des villes
Je la supposais, la voilà
Tout n’est plus qu’ombre, rien ne ment
Le temps demeure et meurt pourtant
Tombent les apparences
Les amants se perdent en s’aimant
Solitaire à un souffle de toi
Si près tu m’échappes déjà
Mon intime étrangère
Se trouver c’est se défaire
A qui dit-on ces choses-là ?
As down lights up another day
Visions I once had fade away
All of those words unspoken
My widest dreams off broken
It wasn’t supposed to be that way
Should I leave why should
I stay Solitaire un souffle de toi
Leavin’behing me yesterday
Tout près tu m’echappes déjà
Am I free or forsaken
Mon intime étrangère
Cheated or awakened
Se trouver, se défaire
Does it matter anyway?

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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Cette lettre, ami, ne la froisse pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Cette lettre, ami, ne la froisse pas;
Tâche de la lire, amour, jusqu’au bout.
J’en ai assez d’être une inconnue,
D’être sur ta route une étrangère.

Non, pas ces yeux-là, pas cette colère !
Je suis à toi, je suis celle que tu aimes.
Je ne suis ni bergère, ni reine,
Ni non plus, à coup sûr, religieuse…

Dans cette robe grise de tous les jours,
Sur ces talons usés…
Comme avant, mon étreinte brûle,
Et mes grands yeux disent la peur.

Cette lettre, ami, ne la froisse pas,
Le mensonge est de toujours; ne pleure pas.
Mets-la dans ta pauvre musette,
Mets-la, s’il te plaît, tout au fond.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Jonathan Janson

 

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Parfois, je sens (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jeanie Tomanek kore

Parfois, je sens
comme la rose
que je serai un jour, comme l’aile
que je serai un jour;
et un parfum m’enveloppe, étranger et mien,
mien et de rose;
et me prend une errance, étrangère et mienne,
l’errance d’un oiseau.

***

A veces, siento
como la rosa
que seré un día, como el ala
que seré un día;
y un perfume me envuelve, ajeno y mío,
mío y de rosa;
y una errancia me coje, ajena y mía,
mía y de pájaro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Chanson du chiffonnier (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



chanson du chiffonnier

le chiffonnier du faubourg
que personne n’écoute
fait le tour de la ville
avec son poney bleu

il sait seules permises
les chansons sans paroles
et pourtant il fredonne
une complainte étrangère

à son passage les seins
des femmes ignorantes
s’émeuvent doucement
blanches bêtes captives

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Edouard Manet

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La nuit a fermé la vie (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019


Jeanie Tomanek capturingthemoon

La nuit a fermé la vie derrière les persiennes.
Une étoile venue en visite
resta seule comme une étrangère dans le ciel.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

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Il est extrêmement touchant (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Il est extrêmement touchant
De ne pas savoir s’exprimer
D’être trop évidemment responsable
Des erreurs d’un inconnu
Qui parle une langue étrangère
D’être au jour et dans les les yeux fermés
D’un autre qui ne croit qu’à son existence.

Les merveilles des ténèbres à gagner
D’êtres invisibles mais libératrices
Tout entières dans chaque tête
Folles de solitude

Au déclin de la force et de la forme humaine
Et tout est dans la tête
Aussi bien la force mortelle que la forme humaine
Et tout ce qui sépare un homme de lui-même
La solitude de tous les êtres.

(Paul Eluard)


Illustration: Gilbert Garcin

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lMPRESSIONS ÉTRANGES D’UN PETIT PAYSAGE (Saisei Murô)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018


 


Vincent Van Gogh   Abricotiers en fleurs mars 1888

 

lMPRESSIONS ÉTRANGES D’UN PETIT PAYSAGE
SHÓKEI IJÔ

1.
Ces menus poissons blancs sont tristes
Et vraiment leurs prunelles noires
Leurs prunelles sont délicates!
Déjeunant dehors
Indifférence
Et mélancolie
Pourquoi écouterais-je les oiseaux? Ils ne cessent de chanter.

2.
Pays natal : au loin, on y pense
Triste, on te chante
Et même si dans la misère
Il faut être mendiant en terre étrangère
Il n’y a pas de retour!
Seul dans le soir de la ville
J’aurai des larmes pour mon pays natal
Et c’est ainsi
Que j’irai dans cette ville lointaine
Que j’irai dans cette capitale

3.
J’ai perdu ma montre en argent
Et j’ai perdu mon coeur
Sous le pont il y a si peu d’eau dans la rivière
Sur le pont je m’appuie et je pleure

4.
Du fond de mon âme
Pousse une verdure
Il n’y a rien, et pourtant
Montent les larmes du repentir
Creusant doucement la terre
Montent les larmes du repentir

5.
Quel désir écrira ma chanson?
En un instant s’ouvrent les pruniers
Je me plonge dans leur fraîcheur
Calme et campagne
Aujourd’hui maman m’aura grondé encore
Je suis venu sous les pruniers

6.
Abricotiers!
Sortez vos fleurs
Oh, terre, mets-toi vite à briller!
Abricotiers! Fleurissez!
Abricotiers! Flamboyez!
Ah, Abricotiers! Sortez vos fleurs!

Abricotiers! Flamboyez!
Ah, Abricotiers, fleurissez!

(Saisei Murô)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Une étrangère s’est glissée dans mes paroles (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Une étrangère s’est glissée dans mes paroles,
beau masque de dentelle avec, entre les mailles,
deux perles, plusieurs perles, larmes ou regards.
De la maison des rêves sans doute sortie,
elle m’a effleuré de sa robe en passant
— ou si cette soie noire était déjà sa peau, sa chevelure? —
et déjà je la suis, parce que faible
et presque vieux, comme on poursuit un souvenir;
mais je ne la rejoindrai pas plus que les autres
qu’on attend à la porte de la cour ou de la loge
dont le jour trop tôt revenu tourne la clef…

Je pense que je n’aurais pas dû la laisser
apparaître dans mon coeur; mais n’est-il pas permis
de lui faire un peu de place, qu’elle approche
— on ne sait pas son nom, mais on boit son parfum,
son haleine et, si elle parle, son murmure —
et qu’à jamais inapprochée, elle s’éloigne
et passe, tant qu’éclairent encore les lanternes de papier de l’acacia?
Laissez-moi la laisser passer, l’avoir vue encore une fois,
puis je la quitterai sans qu’elle m’ait même aperçu,
je monterai les quelques marches fatiguées
et, rallumant la lampe, reprendrai la page
avec des mots plus pauvres et plus justes, si je puis.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Lente, repose l’onde laissée par la marée (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018




Lente, repose l’onde laissée par la marée.
Alourdie s’abandonne. Tout est plus que tranquille.
On n’entend plus que ce qui vient des hommes
Lors croît la montée de la lune.
En cette heure, Lydia, ou Néaere, ou Chloé,
Chacune de vous m’est une étrangère, car je m’incline
Sur le seul vain secret
Que dit l’incertitude.
Je serre dans mes mains — est-ce un crâne, ou la clef
D’un superflu sépulcre ? — ma pauvre destinée.
Ignorant je l’abhorre
Sans coeur pour la sentir.

(Fernando Pessoa)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’ALPHABET DE TON COEUR (Hélène Laugier)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




L’ALPHABET DE TON COEUR

C’était un espace d’enfance et de paix
que je gardais au chaud,
loin des lois raides comme les saillies mortes,
les avenues sans arbres, sans mystères.
C’était ma plage, mon sous-bois
ma saison de sable et de mousse.
J’aimais ton regard, simplement,
toujours en errance vers de nouvelles dunes,
tes gestes de gosse noyé,
tes déraisons, ta pudeur,
tes déguisements inutiles
pour ameuter l’amour autour de toi
et ta faim de tendresse.

J’allais vers toi, les manches retroussées
comme on va au bain avec son petit.
J’allais me recueillir au coeur de ce hameau
où l’amour est une écolière encore
qui joue à la maîtresse.

Et voilà que je t’ai retrouvé
chargé de livres, de langues fossiles,
l’innocence perdue soudain,
accablé de science et de rhétorique
étrangères comme des prostituées
qui ne donnent rien.
Et j’ai compris alors
que tu t’étais égaré dans l’alphabet de ton coeur

(Hélène Laugier)

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