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Poésie

Posts Tagged ‘étrangère’

Lente, repose l’onde laissée par la marée (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018




Lente, repose l’onde laissée par la marée.
Alourdie s’abandonne. Tout est plus que tranquille.
On n’entend plus que ce qui vient des hommes
Lors croît la montée de la lune.
En cette heure, Lydia, ou Néaere, ou Chloé,
Chacune de vous m’est une étrangère, car je m’incline
Sur le seul vain secret
Que dit l’incertitude.
Je serre dans mes mains — est-ce un crâne, ou la clef
D’un superflu sépulcre ? — ma pauvre destinée.
Ignorant je l’abhorre
Sans coeur pour la sentir.

(Fernando Pessoa)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’ALPHABET DE TON COEUR (Hélène Laugier)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




L’ALPHABET DE TON COEUR

C’était un espace d’enfance et de paix
que je gardais au chaud,
loin des lois raides comme les saillies mortes,
les avenues sans arbres, sans mystères.
C’était ma plage, mon sous-bois
ma saison de sable et de mousse.
J’aimais ton regard, simplement,
toujours en errance vers de nouvelles dunes,
tes gestes de gosse noyé,
tes déraisons, ta pudeur,
tes déguisements inutiles
pour ameuter l’amour autour de toi
et ta faim de tendresse.

J’allais vers toi, les manches retroussées
comme on va au bain avec son petit.
J’allais me recueillir au coeur de ce hameau
où l’amour est une écolière encore
qui joue à la maîtresse.

Et voilà que je t’ai retrouvé
chargé de livres, de langues fossiles,
l’innocence perdue soudain,
accablé de science et de rhétorique
étrangères comme des prostituées
qui ne donnent rien.
Et j’ai compris alors
que tu t’étais égaré dans l’alphabet de ton coeur

(Hélène Laugier)

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Le bouquet sous la croix (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 cimetiere _

Le bouquet sous la croix

D’où vient-il ce bouquet oublié sur la pierre ?
Dans l’ombre, humide encor de rosée, ou de pleurs,
Ce soir, est-il tombé des mains de la prière ?
Un enfant du village a-t-il perdu ces fleurs ?

Ce soir, fut-il laissé par quelque âme pensive
Sous la croix où s’arrête un pauvre voyageur ?
Est-ce d’un fils errant la mémoire naïve
Qui d’une pâle rose y cacha la blancheur ?

De nos mères partout nous suit l’ombre légère ;
Partout l’amitié prie et rêve à l’amitié ;
Le pèlerin souffrant sur la route étrangère
Offre à Dieu ce symbole, et croit en sa pitié !

Solitaire bouquet, ta tristesse charmante
Semble avec tes parfums exhaler un regret.
Peut-être es-tu promis au songe d’une amante :
Souvent dans une fleur l’amour a son secret !

Et moi j’ai rafraîchi les pieds de la Madone
De lilas blancs, si chers à mon destin rêveur ;
Et la Vierge sait bien pour qui je les lui donne :
Elle entend la pensée au fond de notre coeur !

(Marceline Desbordes-Valmore)

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Seule (Gerty Dambury)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Seule

Seule à la table
Dans la nuit qui s’emplit d’ombres
La mère écoute
Des notes, une voix souvent.
Elle aime la séduction qui s’échappe
De cette voix
Elle aime et s’en veut à la fois.
Tout à portée de main
Sans efforts, sans souffrances
Pour celle-là, l’autre, l’étrangère
L’ennemie quelquefois,
Sa fille.
Seule à la table
La mère lisse le ciré bleu
D’une main distraite
Et lourde
Elle aime et souffre
Immensément seule parmi ses huit enfants.

(Gerty Dambury)

Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT

 

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Voix de personne (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Voix de personne, étrangère
à l’automne, et une seule fois
concentrée dans l’oeil qui saignait
d’une telle intensité. Ton muscle
ne se remet pas, c’est
une autre corde, tressée
par l’encre, et écorchant
cette main à vif — qui ramène les images
vers nous : le clairvoyant
cadavre, chantant
de son miroir-potence ; un coup d’oeil,
plus lourd que pierre, lancé
sur la glace
d’avril, faisant résonner les profondeurs
de ton souffle-puits ; un oeil,
et puis
un autre encore. Tant que vautour
sera le mot
qui se repaît de ce déchet, la nuit
sera ta proie.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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ENCORE ELLES (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



ENCORE ELLES

Leur réglerai-je leur compte aux cloches?
– Non. Pas avec un poème.
Car elles m’apportent une tristesse étrangère :
Pas celle de la terre, pas celle du ciel ennemi,
Pas celle de mes frères, pas celle du cimetière
Qui dresse son herbe aiguë dans mon thorax.
C’est le passé qui les a chargées
De continuer à le faire entendre
Et sans mérite elles le jouent
Pour qu’il accompagne nos à-coups,
S’immisce à nos genoux,
Enlise nos tristesses aiguës à nous.

(Pierre Morhange)


Illustration: Isidore Granville

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L’églantine (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

L’églantine

Églantine ! Humble fleur, comme moi solitaire,
Ne crains pas que sur toi j’ose étendre ma main.
Sans en être arrachée orne un moment la terre,
Et comme un doux rayon console mon chemin.
Quand les tièdes zéphirs s’endorment sous l’ombrage,
Quand le jour fatigué ferme ses yeux brûlants,
Quand l’ombre se répand et brunit le feuillage,
Par ton souffle, vers toi, guide mes pas tremblants.

Mais ton front, humecté par le froid crépuscule,
Se penche tristement pour éviter ses pleurs ;
Tes parfums sont enclos dans leur blanche cellule,
Et le soir a changé ta forme et tes couleurs.
Rose, console-toi ! Le jour qui va paraître,
Rouvrira ton calice à ses feux ranimé ;
Ta mourante auréole, il la fera renaître,
Et ton front reprendra son éclat embaumé.

Fleur au monde étrangère, ainsi que toi, dans l’ombre
Je me cache et je cède à l’abandon du jour ;
Mais un rayon d’espoir enchante ma nuit sombre :
Il vient de l’autre rive… et j’attends son retour.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

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Amour dans l’asile (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Une étrangère est venue
Partager ma chambre dans la maison folle
Une fille, oiseau dément

Verrouillant la nuit de la porte avec son bras de plumes.
Droite dans le lit-labyrinthe
Elle leurre la maison à l’épreuve du ciel avec des nuages

Et elle leurre la chambre de cauchemar en marchant,
En liberté comme les morts,
Ou chevauche les océans imaginaires des pavillons d’hommes.

Elle est venue possédée
Celle qui accueille la lumière trompeuse à travers le mur bondissant,
Possédée par les cieux

Elle dort dans l’auge étroite et pourtant elle foule la poussière
Puis délire tout son soûl
Sur les planches de la maison de fous, amincies par mes pleurs en marche.

Et surpris par la lumière dans ses bras à la longue, enfin
Je peux sans faute
Souffrir la vision première qui mit feu aux étoiles.

(Dylan Thomas)

 

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Ce soir mon amour (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

Kathryn Jacobi 09

Ce soir mon amour

Ce soir mon amour je ne t´aime plus
Tu es plus loin que la distance qui nous sépare
Et d´autant plus absente que tu n´es nulle part
Plus étrangère que la première venue

Ce soir mon amour je ne te cherche plus
Parmi mes souvenirs au fond de ma mémoire
Je ne t´attends plus sur le quai d´aucune gare
Je me souviens à peine t´y avoir attendue

Je sais que nous buvions du vin après l´amour
Que nos nuits commençaient quand se levait le jour
Comme un torrent d´ébène tes cheveux sur ton cou
Et ton regard meurtri quand tu fais les yeux doux

Ce soir mon amour je ne te trompe plus
Avec cette fille qui dort à mes côtés
J´étais seul je lui ai demandé de rester
Je suis seul très souvent et je m´y habitue

Ce soir mon amour tu ne me manques plus
Tu ne me manques pas il me manque d´aimer
De ne plus être inutile inanimé
De n´avoir rien à perdre et d´avoir tout perdu

Je connais ta folie je connais ta pudeur
Je sais qu´on se ressemble comme frère et sœur
Je connais ton odeur je connais ton parfum
Je te connais par cœur et je ne sais plus rien

De toi mon amour que je n´aime plus
Sans arriver à me sentir enfin libre
Pareil à un danseur qui perdrait l´équilibre
Comme un prince en disgrâce comme un ange déchu

(Georges Moustaki)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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Chanson de la cage ouverte (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017


reve

 

Des fleurs et de nuits je voudrais
De silence et d’écume de rosée et de ciel
Je voudrais ma soeur étrangère
Mon absente mon éloignée ma douce
Obstinée, ma chaude chaste corolle
Mon cristal noir mon écho prisonnier,
De sources, de monts purs et de chants je voudrais
Ma flamme lisse, mon rêve printanier
Te parer.

De regards oubliés, de mots égarés
J’aimerais, de mains végétales
De bouches plus fraîches plus glissantes
Que la rivière luisante du sommeil,
De soleil neuf et hardi,
de sourires d’enfance, de liberté,
ma passagère, ma grâce, mon instant
De prairie éternelle, j’aimerais
Te recréer.

D’épaisses vertes forêts futures, je rêve,
De terres ignorées que recèlent tes yeux
D’étoiles à trouver au ciel de notre sang
De routes vierges promises aux signes de nos mains
De savanes joyeuses, je rêve, et de rives
Et de violentes cités, je rêve ma voyageuse
Mon appel, mon apeurée, mon incertaine,
De mille horizons à venir je rêve
De te combler

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

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