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Poésie

Posts Tagged ‘étrangler’

Plaine (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


Plaine telle un sanglot
Qui s’étrangle et se cache,
Champ de blé supportant
Les jeux de l’alouette,
Est-ce en vous cette attente
Ou dans celui qui vous regarde?

(Guillevic)

Illustration

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Refrains mélancoliques (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Alexander Akilov 859120_n

Refrains mélancoliques

A STÉPHANE MALLARMÉ

I

O l’ineffable horreur des étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s’alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d’émeraude glissent !

Car les vieilles amours s’éveillent sous les fleurs,
Et les vieux souvenirs, sous le vent qui circule,
Soulèvent leurs soupirs, échos vagues des pleurs
De la mer qui murmure en le lent crépuscule.

II

O l’indicible effroi des somnolents hivers
Où les neiges aux cieux s’en vont comme des rêves
Et les houles roulant dans les brouillards amers
Ululent en mourant, le soir, au long des grèves.

Car les vieilles amours s’engouffrent sous leurs flots
Et les vieux souvenirs râlant sous la rafale
Dans la nuit qui s’emplit de sonores sanglots
Se laissent étrangler par la Mort triomphale.

III

J’ai demandé la mort aux étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s’alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d’émeraude glissent.

Mais oh ! les revoici, les mêmes avenirs !
Les étés ont relui sur la terre ravie,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, pleins d’horreur, sont venus à la vie.

IV

J’ai demandé la vie aux somnolents hivers
Où les neiges aux cieux s’en vont comme des rêves
Et les houles roulant dans les brouillards amers
Ululent en mourant, le soir, au long des grèves !

Mais j’ai vu revenir les mêmes avenirs.
Les hivers ont neigé sur le sein de la terre,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, fous d’effroi, sont morts dans le mystère.

V

Toujours vivre et mourir, revivre et remourir.
N’est-il pas de Néant très pur qui nous délivre !
Mourir et vivre, ô Temps, remourir et revivre :
Jusqu’aux soleils éteints nous faudra-t-il souffrir !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alexander Akilov

 

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BONNE FORTUNE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


 


 

Alexander Sulimov -   (26)

BONNE FORTUNE
À Théodore de Banville.

Tête penchée,
OEil battu,
Ainsi couchée
Qu’attends-tu ?

Sein qui tressaille,
Pleurs nerveux,
Fauve broussaille
De cheveux,

Frissons de cygnes
Sur tes flancs,
Voilà des signes
Trop parlants.

Tu n’es que folle
De ton corps.
Ton âme vole
Au dehors.

Qu’un autre vienne,
Tu feras
La même chaîne
De tes bras.

Je hais le doute,
Et, plus fier,
Je te veux toute,
Âme et chair.

C’est moi (pas l’autre!)
Qui t’étreins
Et qui me vautre
Sur tes seins.

Connais, panthère,
Ton vainqueur
Ou je fais taire
Ta langueur.

Attache et sangle
Ton esprit,
Ou je t’étrangle
Dans ton lit.

(Charles Cros)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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COLLIER DE PERLES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Auguste Macke
    
COLLIER DE PERLES

Perles… rare collier… pures gouttes de pierre :
Sonnet… à son épaule apporte ta fraîcheur.
Je t’offre à cette femme. Et pourtant, plein d’ardeur,
Étrangle-la, Sonnet, si, ne daignant se taire,

Elle répond au scélérat cossu, prospère.
Sonnet, maudis-nous tous… si la fuit le bonheur.
Ses rêves, défends-les comme on défend la fleur.
Jette ton feu dès que se mouille sa paupière.

Tous mes pleurs sont pour elle. Oh! ne le dis jamais !
Elle en rirait. Tous les poèmes que je fais,
Mais ne le lui dis pas non plus, tous, sont pour elle.

Dans l’immense folie aboutit mon chemin.
Mais quand brille, à minuit, ta lumière si belle,
Sur ses cheveux, pour moi, dépose un baiser fin.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Saisissement par la beauté comme par le rire (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Saisissement par la beauté comme par le rire.
La même sensation d’étrangeté absolue.
Mais dans le rire, ce qui nous est révélé,
c’est le caractère illusoire de l’être.
Par la beauté, la perfection de notre appartenance au néant.

Le rire nous secoue, nous étrangle.
La beauté nous frappe. Nous écrase.

L’amitié des choses a bien de ces rudesses
lorsqu’il s’agit de nous réveiller.

(Gérard Pfister)

Illustration: Pol Ledent

 

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Hurle, ô foudre ! … (Tadeusz Miciński)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



 

Prométhée enchaîné

Hurle, ô foudre ! …

Hurle, ô foudre ! ô vent, déchire ces cordes
où ce nabot misérable — la Terre — me retient et m’étrangle,
jette-les au large de l’étendue où l’âme perd la parole,
dans le grand poème cabalistique de la nature.
Ombre souterraine ! Tes pentes escarpées et tes versants sourds
me mènent aux allées oubliées des tombeaux —
moi — le Prométhée enchaîné aux galères —
je crains les insultes et les moqueries des étoiles froides.
Un feu secret réduit mon cœur en cendres,
comme le bloc de glace détruit la roche de granit.
Pélion sur Ossa ! la mer furieuse, déchaînée,
les volcans, les soleils pour la conquête de l’âme —
qu’ai-je pris en possession ? la fleur des champs célestes —
et une douleur inconcevable — silencieuse, infinie.

(Tadeusz Miciński)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration

 

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Visage qui m’attire (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
Visage qui m’attire en mes secrètes rives,
Ton nom simple et léger je ne sais pas le dire,
Sur ma langue toujours il se contracte et meurt.
Mais s’il est mort de peur, la peur le ressuscite.

Heureux celui qui peut dire : « Voici de l’herbe ».
« Regardez ce cheval buvant à la rivière »
Ou bien : « Paul » ou « Robert » ou bien « Marie » ou « Jeanne ».
Mais c’est un autre nom celui qu’en moi j’étrangle
Si mal, avec des mains qui sauraient mieux aimer.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’angle sous lequel… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018


 


 

L’angle sous lequel…
Et d’abord quel angle?
Je n’en veux pas connaître d’autre
Que celui où j’appuie ma tête
Quand je m’y colle à cache-cache.

Angle tu m’étrangles
Belle Angleterre de légendes
Tu m’englobes, tu m’engloutis

Mes yeux fermés
Ma nuit à moi
L’angle sous lequel…

(Robert Desnos)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Je suis l’habitant d’une tour (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Stéphanie Dozier 490 [800x600]

Je suis l’habitant d’une tour
Devenue au centre des rêves
La tour sensible de l’esprit :
Est-il un niveleur qui sache
Me la niveler en prairie ?

Gardienne de ma solitude
C’est elle que je sens virer
Car liée à nulle Babel
Ma tour est ivre d’ignorer
Les épousailles de la pierre.

Fine ou massive elle se sculpte
À même l’espace et je vois
Blanchir à l’aube ses créneaux :
Tour ouverte, pourquoi faut-il
Qu’en elle je reste muré ?

Je surveille depuis ma tour
L’ange humain d’avant ma parole,
Et peut-être serai-je lui
Si je déchiffre un jour les signes
Des musiques irrévélées.

Du haut de ma tour je respire
L’hysope et la rose de neige.
Mais vif oiseleur ne pourrai-je —
Pour le saisir et l’étrangler
— Dépister l’oiseau du vertige ?

(Jules Tordjman)

Illustration: Stéphanie Dozier

 

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La main (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



La main est le berger de l’ombre.
L’ombre des mots. L’ombre de rien.
Elle rassemble.

Une île entre le visible et l’invisible.
C’est par là qu’elle touche les morts,
qu’elle les caresse et leur parle;
ils posent leur front glacé entre nos doigts :
c’est la mémoire des outils, des courbatures,
des gestes vers la terre.

Et l’on se surprend à tracer dans l’air
des arabesques de semailles,
à abattre des arbres de verre,
à détourner des rivières muettes.

La main sait tout.
Le mouvement du pain.
Les poutres sur l’épaule.
Conduire les troupeaux.
Cueillir, toucher, ouvrir.

Quand trop de lumière aveugle,
la main couvre, incline et l’espace se referme.

Est-ce la pierre
qui a façonné la paume,
la rivière, l’arbre ?
Est-ce le ciel,
la montagne ou la crevasse ?

La main a les odeurs du monde en son ventre,
elle ruisselle,
elle pleure de toutes ses eaux,
et les pluies gémissent entre ses doigts.

Elle est une jeune fille
sortie de l’eau du corps,
du bleu liquide de la nuit,
elle embrasse le soleil
au plus haut de ses lèvres,
et son rire gicle sur le dos des bêtes.

Elle est l’autre côté,
elle connaît le début, la fin, et pire.

Écrire pour elle,
c’est coucher tout cela
sur la poitrine très large du livre,
se rassasier des bonnes odeurs
que fait la langue dans ses veines.

La main hurle debout, quitte le sol,
ses nœuds et ses griffes s’enchevêtrent,
on entend encore son souffle
dans le plus petit mot.
Son halètement, ses peurs.

La main est le fruit d’un soupir,
un geste de l’âme vers le corps
pour marquer une entente.
Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
Une fête de première fois.

Elle est cette vieille idée sur le visage de Dieu
pour raconter à l’homme
comment lui-même s’est ouvert en deux.

La main nous console de tout ce sang séparé,
elle s’accouple sans cesse
et sa robe rouge couche dans ses coutures
la grâce violente des retrouvailles.

Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes,
la terre sous le sexe, le ciel sur le dos,
ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

Elle étrangle, elle arrache
et dresse tous ses muscles
à bâtir le corps qui n’est plus le corps.
La main sèche les larmes
quand sont venus les étourneaux de nos douleurs
et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.

La main ferme les plaies comme des fleurs.

Ce serait si beau d’être porté ainsi par elle,
page à page, dans la mémoire rude,
raviver les feux, les aciers,
retrouver les mains du père
et du grand-père dans les siennes,
les agiter comme des tisonniers devant l’adversaire,
ou simplement les ouvrir à celui qui passe.

La main qui tient l’outil est la plus belle.
Nous ne savons rien d’elle.
Elle est morte avec les hommes de terre,
enfouie en notre corps, comme une vierge noire,
ensevelie sous les livres, les images,
les gestes abstraits de notre savoir.
Par exemple la main du père, avec ses monticules de corne,
ses verrues, ses cicatrices de rabot.

Et comment elle ruisselle du bout des doigts vers le dedans,
par des veines, des rides,
le même mouvement que la sève dans l’aubier.
La main massive, charnue,
avec pour chaque outil un creux, une bosse.
Une paume à tuer les lapins,
d’un coup sec du tranchant derrière l’oreille.

Des ongles épais comme les voûtes des cathédrales :
c’est tout l’être qui semble tenir là
comme en la jointure des phalanges faites pour craquer.

Ces mains-là vont disparaître
et nous ne saurons plus qui nous sommes.
Elles vont blanchir, s’amincir comme des mains de fille,
des saumons à glisser entre les touches d’un clavier.

Que nous disent-elles d’un savoir à bras le corps,
d’un combat entre l’espace et le geste,
que nous disent-elles de ces hommes,
nos pères, aux âmes si bien trempées ?

La main qui écrit est-elle aussi pure,
aussi claire que la main du geste vers la terre ?

A-t-elle retrouvé en son sang les cris,
les mots rentrés, les rythmes du corps
dans la lumière ?

(Dominique Sampiero)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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