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Poésie

Posts Tagged ‘étrangler’

L’angle sous lequel… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018


 


 

L’angle sous lequel…
Et d’abord quel angle?
Je n’en veux pas connaître d’autre
Que celui où j’appuie ma tête
Quand je m’y colle à cache-cache.

Angle tu m’étrangles
Belle Angleterre de légendes
Tu m’englobes, tu m’engloutis

Mes yeux fermés
Ma nuit à moi
L’angle sous lequel…

(Robert Desnos)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Je suis l’habitant d’une tour (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Stéphanie Dozier 490 [800x600]

Je suis l’habitant d’une tour
Devenue au centre des rêves
La tour sensible de l’esprit :
Est-il un niveleur qui sache
Me la niveler en prairie ?

Gardienne de ma solitude
C’est elle que je sens virer
Car liée à nulle Babel
Ma tour est ivre d’ignorer
Les épousailles de la pierre.

Fine ou massive elle se sculpte
À même l’espace et je vois
Blanchir à l’aube ses créneaux :
Tour ouverte, pourquoi faut-il
Qu’en elle je reste muré ?

Je surveille depuis ma tour
L’ange humain d’avant ma parole,
Et peut-être serai-je lui
Si je déchiffre un jour les signes
Des musiques irrévélées.

Du haut de ma tour je respire
L’hysope et la rose de neige.
Mais vif oiseleur ne pourrai-je —
Pour le saisir et l’étrangler
— Dépister l’oiseau du vertige ?

(Jules Tordjman)

Illustration: Stéphanie Dozier

 

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La main (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



La main est le berger de l’ombre.
L’ombre des mots. L’ombre de rien.
Elle rassemble.

Une île entre le visible et l’invisible.
C’est par là qu’elle touche les morts,
qu’elle les caresse et leur parle;
ils posent leur front glacé entre nos doigts :
c’est la mémoire des outils, des courbatures,
des gestes vers la terre.

Et l’on se surprend à tracer dans l’air
des arabesques de semailles,
à abattre des arbres de verre,
à détourner des rivières muettes.

La main sait tout.
Le mouvement du pain.
Les poutres sur l’épaule.
Conduire les troupeaux.
Cueillir, toucher, ouvrir.

Quand trop de lumière aveugle,
la main couvre, incline et l’espace se referme.

Est-ce la pierre
qui a façonné la paume,
la rivière, l’arbre ?
Est-ce le ciel,
la montagne ou la crevasse ?

La main a les odeurs du monde en son ventre,
elle ruisselle,
elle pleure de toutes ses eaux,
et les pluies gémissent entre ses doigts.

Elle est une jeune fille
sortie de l’eau du corps,
du bleu liquide de la nuit,
elle embrasse le soleil
au plus haut de ses lèvres,
et son rire gicle sur le dos des bêtes.

Elle est l’autre côté,
elle connaît le début, la fin, et pire.

Écrire pour elle,
c’est coucher tout cela
sur la poitrine très large du livre,
se rassasier des bonnes odeurs
que fait la langue dans ses veines.

La main hurle debout, quitte le sol,
ses nœuds et ses griffes s’enchevêtrent,
on entend encore son souffle
dans le plus petit mot.
Son halètement, ses peurs.

La main est le fruit d’un soupir,
un geste de l’âme vers le corps
pour marquer une entente.
Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
Une fête de première fois.

Elle est cette vieille idée sur le visage de Dieu
pour raconter à l’homme
comment lui-même s’est ouvert en deux.

La main nous console de tout ce sang séparé,
elle s’accouple sans cesse
et sa robe rouge couche dans ses coutures
la grâce violente des retrouvailles.

Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes,
la terre sous le sexe, le ciel sur le dos,
ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

Elle étrangle, elle arrache
et dresse tous ses muscles
à bâtir le corps qui n’est plus le corps.
La main sèche les larmes
quand sont venus les étourneaux de nos douleurs
et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.

La main ferme les plaies comme des fleurs.

Ce serait si beau d’être porté ainsi par elle,
page à page, dans la mémoire rude,
raviver les feux, les aciers,
retrouver les mains du père
et du grand-père dans les siennes,
les agiter comme des tisonniers devant l’adversaire,
ou simplement les ouvrir à celui qui passe.

La main qui tient l’outil est la plus belle.
Nous ne savons rien d’elle.
Elle est morte avec les hommes de terre,
enfouie en notre corps, comme une vierge noire,
ensevelie sous les livres, les images,
les gestes abstraits de notre savoir.
Par exemple la main du père, avec ses monticules de corne,
ses verrues, ses cicatrices de rabot.

Et comment elle ruisselle du bout des doigts vers le dedans,
par des veines, des rides,
le même mouvement que la sève dans l’aubier.
La main massive, charnue,
avec pour chaque outil un creux, une bosse.
Une paume à tuer les lapins,
d’un coup sec du tranchant derrière l’oreille.

Des ongles épais comme les voûtes des cathédrales :
c’est tout l’être qui semble tenir là
comme en la jointure des phalanges faites pour craquer.

Ces mains-là vont disparaître
et nous ne saurons plus qui nous sommes.
Elles vont blanchir, s’amincir comme des mains de fille,
des saumons à glisser entre les touches d’un clavier.

Que nous disent-elles d’un savoir à bras le corps,
d’un combat entre l’espace et le geste,
que nous disent-elles de ces hommes,
nos pères, aux âmes si bien trempées ?

La main qui écrit est-elle aussi pure,
aussi claire que la main du geste vers la terre ?

A-t-elle retrouvé en son sang les cris,
les mots rentrés, les rythmes du corps
dans la lumière ?

(Dominique Sampiero)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Ville assoupie (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Ville assoupie cubes blancs
À travers les jalousies bleues
nul ne guette nos deux ombres
se tenant par la main

Ceux qui voudraient se glisser entre nous
mourraient étranglés par nos caresses
et les yeux pleins d’envie
risquent l’aveuglement

Soleil dans la ville blanche
pourquoi voilerais-tu nos amours
Que chacun brûle au feu de sa propre géhenne
Nous avons trop marché le long des routes vaines

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CAGE DE CHAIR (Alain Horic)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Danny Quirk ng131 [800x600]

LA CAGE DE CHAIR

Je voudrais que cet animal
qui s’éveille
chaque jour en moi
meure
enfermé dans sa cellule
de peau

La nuit je le surprends
m’arrachant les côtes
comme des barreaux

À chaque nouvelle lune
je lui cède
pour m’enfuir
brouiller les chemins
de retour

J’ai peur
qu’il morde le coeur

Au centre de la brousse humaine
rompre l’harmonie
de la chair
qui vibre de mille désirs

Je suis las de le traîner
derrière moi
pour témoigner de ma présence

Je dois l’étrangler
pour cet enfant
qui m’appelle
par le code secret du sang

À l’aube
quand il sera raidi
je prendrai le doigt d’un mort
pour crever l’infini.

(Alain Horic)

Illustration: Danny Quirk 

 

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Dans ton nom est le sans-mesure (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Dans ton nom est le sans-mesure,
Et la rousse pénombre de tes yeux
Cache une infidélité de serpent
Et tout une nuit d’orageuses légendes…

Entre en rampant tel un serpent qui rampe,
Assourdis-moi par un sourd minuit,
Torture-moi de tes lèvres langoureuses,
De ta natte noire étrangle-moi !

(Alexandre Blok)

Illustration: Cesar Santos

 

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La neige, la neige, la neige (André de Richaud)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



 

Bêtes de mon sommeil, regardez-moi qui tombe
Fontaines habitées
Fontaines de mes mains où les dix sources grondent
O collier des forêts
Colliers d’arbres en fleurs par qui le monde espère
Vous m’étranglez chaque matin
Et chaque soir les bleus de vos ongles mystères
Etouffent l’avenir dont je suis possédé.

Ne pas pouvoir sortir de ce lacis de veines
Et cet étrange piétinement à gauche de ma poitrine
Contre lequel je ne peux rien…
O mort regarde fixement cette ligne rouge à mon cou
Chaque nuit des cordes tendues m’entraînent au ciel.

Seules mes mains me guident parmi les planètes
muettes d’étonnement.
Aigles de cristal brûlant sur les cimes
Torches de plumes qui jalonnent ma vie
Sources fumantes dans l’amour qui tombe
Lorsque s’est levé le vent de l’au-delà
Vous êtes ce masque qui riez quand je saigne
De toutes mes plaies cachées.

Quand je ferme les yeux un monde invisible étincelle
Quand j’ouvre mon coeur une fumée chargée d’oiseaux
Se lève à gauche derrière mon coeur.
O corps aimé qui me cherche sans jamais m’atteindre
et dont le regard d’argent m’étouffe
lacet de songe
et me tirera jusqu’aux abîmes miroitants de la mort.

La neige, la neige, la neige
Tuez-moi de la neige et que ce soit fini.

(André de Richaud)
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Chanson de l’Oiseau de Feu (Philippe Dumaine)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017


Chanson de l’Oiseau de Feu

En hâte on avait réveillé
même les enfants au berceau;
en hâte on s’était habillé
de fourrures ou de manteaux.

Il faisait nuit, il faisait froid
en ce solstice de décembre.
Un grand-duc poussait sous les bois
son cri de vieille qu’on étrangle.

Un bruit courait … On avait vu
– prodige qui semblait heureux –
tomber des oiseaux inconnus
dont le plumage était de feu.

Et la ville fiévreusement
cherchait au hasard dans la neige;
quelques-uns, sous leurs vêtements,
avaient dissimulé des pièges.

Les virent seuls les hommes purs,
ceux qui n’avaient pas pris de piège,
loin d’eux l’idée d’une capture
qui leur eût semblé sacrilège.

(Philippe Dumaine)

Illustration

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Ondine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ton rire est clair, ta caresse est profonde,
Tes froids baisers aiment le mal qu’ils font;
Tes yeux sont bleus comme un lotus sur l’onde,
Et les lys d’eau sont moins purs que ton front.

Ta forme fuit, ta démarche est fluide,
Et tes cheveux sont de légers roseaux;
Ta voix ruisselle ainsi qu’un flot perfide;
Tes souples bras sont pareils aux roseaux,

Aux longs roseaux des fleuves, dont l’étreinte
Enlace, étouffe, étrangle savamment,
Au fond des flots, une agonie éteint
Dans un nocturne évanouissement.

(Renée Vivien)

Illustration

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La nuit tourne (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017




    
La nuit tourne autour de la lampe
comme un oiseau qui doit tomber.
Les hommes meurent, la bouche serrée,
et font à la terre des racines de sang.

Le fourneau est sans doute seul heureux
avec le rire facile de ses flammes.
Au bout du monde, se lève une femme
sur qui se ferme un cercle de regards.

Comment sortir, sans le poids du plafond
à la place où l’épaule étrangle le cou,
sans celui des portes qu’on n’ose pas ouvrir
parce qu’on craint de déranger la douleur?

Pourquoi courir sans cesse les routes
pour faire des pas de plus avec la mort?
De quelle façon croiser ce regard
d’où elle guette déjà un autre regard?

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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