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Poésie

Posts Tagged ‘étreindre’

L’hiver déjà éteint la page (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
L’hiver déjà éteint la page

L’hiver déjà éteint la page
et le sang en sait plus
envahir la neige

nos voix malgré tout
restent futures

patience à la sève
le regard déplace tant de mots

*

Le vent nous désigne
ici ou ailleurs
la peau choisit son autre cause
à tout hasard
une phrase essuie la vitre
et se mêle à la pluie
le reste à présent piétine
où fut la blancheur
entre l’argile et ce livre
qui n’en finit pas
d’étreindre ses pages

(Christian Da Silva)

 

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Chair des Choses (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Chair des Choses

JE possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix.
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant.
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries,
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtris
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où l’on plonge les mains,
Et l’odorant secret des belles chevelures
Où la brise du soir effeuilla des jasmins.

Semblables à ceux-là qui viennent des voyages,
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

(Renée Vivien)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Je voudrais être le soleil (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017




    
Je voudrais être le soleil,
et me répandre en clartés d’or
sur les océans, les déserts,
sur les plaines et les forêts.

Je voudrais être le vent d’été,
le vent tiède, le vent qui passe,
et va boire à travers la nuit
les soupirs des vierges en pleurs.

Je voudrais être, ô Allah!
ta lumière qui se donne à tous.

Je voudrais être ta splendeur,
je voudrais étreindre l’infini.

Je voudrais, comme toi,
couvrir toutes les âmes
de l’immense azur de ma joie!

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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La Nature brûle comme une amante (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
La Nature brûle comme une amante.
Le Soleil de baisers la couvre,l’étouffe, la tue;
elle le veut encore, toujours et sans fin le rappelle.

— Aimez donc tous, aimez ainsi :
lèvres des amants, unissez-vous;
brûlez ainsi, chairs des amants.

Ayez votre heure d’illusion,
votre part du glorieux mensonge;

un instant dans vos bras mortels,
enfermez, pressez, étreignez
l’immortelle beauté du néant !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ? (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Comme s’éjouit, en liesse, bien tressée
de fleurs, sur le crin d’or d’une, la guirlande,
l’une à l’envi en avant pressant l’autre
pour être la première à baiser son front !

Bien heureuse est tout le jour cette robe
qui étreint son sein, puis semble s’épandre,
et cet or, que l’on appelle or filé,
ses joues et son col se plait à effleurer.

Plus joyeux encor ce ruban qui semble
jouir de sa pointe d’or, de manière
à presser et toucher le sein qu’il enlace.

Et la simple ceinture qui l’entoure
semble se dire : ici je veux serrer toujours.
Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ?

***

Quanto si gode, lieta e ben contesta
di fior sopr’ a’ crin d’or d’una, grillanda,
che l’altro inanzi l’uno all’altro manda,
come ch’il primo sia a baciar la testa !

Contenta è tutto i1 giorno quella vesta
che serra ‘1 petto e poi par che si spanda,
e quel c’oro filato si domanda
le guanci’e ‘1 collo di toccar non resta.

Ma più lieto quel nastro par che goda,
dorato in punta, con si fatte tempre
the preme e tocca i1 petto ch’egli allaccia.

E la schietta cintura che s’annoda
Ti par dir seco : qui vo’ stringer sempre.
Or che farebbon dunche le mie braccia ?

(Michel-Ange)

Illustration: Guillaume Seignac

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Sourire dans la mort (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




    
Sourire dans la mort

Le charme maladif des musiques moroses
Ici ne convient point à l’auguste trépas ;
Venez ! Il faut couvrir de rythmes et de roses
La maison du poète, où le deuil n’entre pas.

Rien que l’éclat des chants : pas de vain verbiage,
Ni le sanglot banal d’importunes douleurs ;
Comme pour un splendide et joyeux mariage,
Il lui faut avant tout des fleurs, des fleurs, des fleurs !

Il épouse la gloire au sourire de femme
Et l’ombre est nuptiale autour de son cercueil ;
Les cierges enfiévrés sont des souffles de flamme
Qui veillent ardemment et longuement au seuil.

Dans le sublime oubli de sa vie ancienne,
Son front large sourit avec sérénité…
Il dort visiblement sa nuit olympienne,
Et son baiser d’amour étreint l’éternité.

(Renée Vivien)

 

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Par-Delà la Mort persiste le Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Claude Monet  
    
Par-Delà la Mort persiste le Désir

Ô ma Maîtresse morte, aux yeux de pâle azur,
Je te vois dans ton lit que lave la rosée,
Dans ton cercueil fétide où coule un flot impur,
Et sans fin je t’adore, ô chair décomposée.

La nacre des baisers, des longs baisers d’hier,
Donne à ton corps brisé ce bleu de meurtrissure,
Ce vert, ce violet voluptueux et clair.
J’aspire ton parfum d’ombre et de moisissure.

Je te convoite avec des râles et des cris,
Moi qui reviens cueillir sur tes lèvres livides
Ces baisers d’autrefois, empestés et pourris,
T’étreindre et regarder sous tes paupières vides.

Tu m’attends, allongée au fond du soir troublant,
Et je viens m’enivrer de ton affreuse haleine
En me disant : « C’est elle, et voici son cou blanc,
Voici ses clairs cheveux, voici ses mains de reine.

« Que notre solitude est douce, ô mon Désir !
« Quel merveilleux silence où mon sanglot se brise !
« C’est elle que je vois divinement pâlir…
« Voici la nuit d’amour si tendrement promise.

« Quelle nuit de caresse et de fièvre ! Oh ! les seins
« Frais et fleuris, les flancs d’une forme suprême !
« Le velouté du ventre et la rondeur des reins
« La voici tout entière, et telle que je l’aime ! »

« Je suis le Ver qui vit de ton corps bien-aimé,
Qui dans l’ombre a rampé jusqu’à ta froide porte,
Le Ver toujours tenace et toujours affamé,
Dont l’éternel désir se repaît de chair morte.

(Renée Vivien)

 

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Divinité (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Lauri Blank
    
Divinité

Déesse aux yeux d’or brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes d’amour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.

Je voudrais être la nuit, afin de t’étreindre,
Je voudrais te presser sur mon coeur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir l’amour qui sourit en passant.

(Renée Vivien)

 

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Je connais un étang (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Je connais un étang

… il est, au cœur de la vallée, un étang que
l’on nomme l’Etang mystérieux.

Je connais un étang qui somnole, blêmi
Par l’aube blême et par le clair de lune ami.

Un iris y fleurit, hardi comme une lance,
Et le songe de l’eau s’y marie au silence.

Aucun souffle ne fait balancer les roseaux.
Le ciel qui s’y reflète a la couleur des eaux.

Le flot recèle un long regret lascif et tendre,
Et le silence et l’eau trouble semblent attendre,

Là, les larges lys d’eau lèvent leur front laiteux.
Les éphémères d’or y meurent, deux à deux…

Je choisirai, pour te louanger, les paroles
Qui coulent comme l’eau parmi les herbes folles.

Les lys semblent offrir leur coupe bleue au jour :
C’est l’élévation des calices d’amour.

Les éphémères font songer, tournant par couples,
A des femmes valsant, ondoyantes et souples.

Les lotus léthéens lèvent leur front pâli…
Ma Loreley, glissons lentement vers l’oubli.

Dans un royal adieu, tenons-nous enlacées
Et mourons, comme les libellules lassées.

Je te dirai : « Voici l’Etang mystérieux
Que ne connaîtront point les hommes curieux.

« Viens dormir au milieu des lys d’eau… L’iris tremble,
Et nous nous étreignons, nous qui mourrons ensemble… »

… Je connais un étang qui somnole, blêmi
Par l’aube blême et par le clair de lune ami.

Et, sous l’eau de l’étang, qui mire les chimères,
Des femmes vont mourir, comme des éphémères…

(Renée Vivien)

Illustration: Paul Chabas

 

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Les champs se taisent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



 

    

Les champs se taisent de toute leur rosée.
Les fenêtres se dévisagent durement
et il circule encore en elles de l’ombre
amassée au fond des chambres endormies.

Le sang colle sous la peau,
chargé de la nuit des racines
qui étreignent la terre
ou qui montent dans les songes.

La rue frappe mon pied désorienté
par les mille années de sommeil d’une nuit
et l’on entend dans le vent qui s’élève
grincer les chaînes de la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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