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Poésie

Posts Tagged ‘étreindre’

Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Malanie Quentin
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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Le ciel est plein (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017



Illustration: Bénédicte Pontet
    
Le ciel est plein de songes mal formés.
Ce grand séjour des êtres refusés
Court menaçant sur ta tête de pierre
et ton nuage monte à la lumière
en te laissant les décombres de tout.

Tu creuses ce qui reste près de nous,
tu reconnais le sol sans complaisance;
un âpre vide étreint chaque présence
et te délivre enfln d’un vain espoir.

Ce sont des mains d’aveugle qui vont voir.

(Jean Tardieu)

 

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Elle n’était pas (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Albena Vatcheva
    
Elle n’était pas dans mon lit
Lorsque j’y suis entré
Lorsqu’elle mit son bras sous ma tête
Lorsqu’elle frotta ses seins sur ma poitrine
Lorsqu’elle m’étreignit et m’appela : «Maître»
Et nous avons glissé
Dans les grottes de nos passions

Elle n’était pas
Je n’étais pas

(Adonis)

 

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J’étreins le tronc (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2017



Illustration
    
J’étreins le tronc. Nuit
Et les étoiles déplacent leurs troupeaux
Dans les prairies. Comme moi, le ciel
A la nostalgie du tronc
Un olivier
Fruit est sa taille
Fruits, sa poitrine
Fruits, ses seins
J’étreins le tronc. Nuit
J’offre mes mains à ses passions

Un rêve dans lequel j’erre
Et qui erre dans mes yeux

(Adonis)

 

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L’HEURE CREUSE (Carole Zalberg)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration: Francine Van Hove
    
L’HEURE CREUSE

C’est le matin

Café lové
au fond des mains
j’avale le silence,
étreins
le jour délavé
ses danses,
écoute loin
réveil des pavés

La maison, un désert
encore dérangé
des rires d’hier,
pleine de nuit
attend que je la prépare
aux heures de lumière
le retour en fanfare
des petites vies

Je goûte
à cette paix
de cristal cher
puis je le vivrai
mon temps sur terre
qui s’ajoute

(Carole Zalberg)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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CLOCHES (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



 

CLOCHES

J’ai quitté mon nid de pierres
Sur un bel oiseau d’airain
Vos douleurs me sont légères
Je suis la mort des marins

J’apprends la tendresse aux hommes
Que j’étreins sans les briser
Je suis l’amour d’un fantôme
Qui se souvient d’un baiser

L’hiver conduit mon cortège
Et pour singer ses façons
J’ai mis ma robe de neige
Je suis la mort des chansons

Les coeurs d’amants pour nous suivre
Otant leurs manteaux de rois
Prennent des robes de givre
Les morts habitent le froid

Dans un haut grenier de pierres
Où la lune nous attend
Au galant que je préfère
Je souris avec les dents

Les baisers que je lui donne
Sont muets comme les lys
Dont la pâleur l’emprisonne
Au fond des jours abolis

Cloches d’or cloches de terre
Sonnez en vain dans le sang
J’ai des ciseaux de lumière
Je suis l’oubli des absents

J’ai semé sur votre face
Les iris couleur de temps
Qu’avec mes ciseaux de glace
Mes mains coupent dans le vent

La fleur sans ombre des larmes
A fait s’ouvrir dans les cieux
Au jour qui jette ses armes
Un ciel plus froid que vos yeux

Ainsi j’efface une voile
Et rends au vent sa pâleur
Qui pleure avec les étoiles
Dont elle effeuille le coeur

(Joë Bousquet)

Illustration: ArbreaPhotos

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La lande (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La lande

Maléfique, voici la mare
Que l’ombre tremblante bigarre.
Reflets de lune en verts glacis,
Par la lande qui se dénude
Etalant sa décrépitude
Glissent sur les ajoncs moisis.

Le réel absurde s’évade;
La chaotique cavalcade
Surgit des fantômes dressés
Sous les tâtonnantes étoiles
Dont le vent écarte les voiles,
Surgit aux lointains effacés.

Comme un encensoir la braise,
Leur coeur flambant que rien n’apaise,
Pas même le tombeau, reluit
Au creux sombre de leur poitrine;
Des gestes brûlants se devinent
Dont l’éclair traverse la nuit.

Brisant les dalles et les pierres,
Dénouant les rameaux des lierres,
Les amants ont joint leur essor,
Comme les mélèzes frémissent,
Les lèvres ardentes bruissent
Se baisant par delà la mort.

Froissant le houx et la bourdaine
L’âpre galop qui les entraîne,
Rapproche genoux à genoux
Et vertèbres contre vertèbres
Les spectres vêtus de ténèbres
Et secoués de spasmes fous.

La lande étangement fermente…
Plus que toi la mort est clémente
Dont s’entr’ouvre parfois le seuil.
O vie amère!… – D’écarlates
Roses, d’oeillets et d’aromates.
Que l’on remplisse mon cercueil!

D’un linceul aux blancheurs de soie
Qu’on m’enveloppe, que je sois
Prêt aux réveils extasiés;
Que vainqueur de la mort, j’étreigne
Mon rêve à cette heure où se baigne
La lune par les verts bourbiers.

(Marie Dauguet)

 

 

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La vie est plus belle que l’union du ciel et de la mer (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



La vie est plus belle que l’union du ciel et de la mer.
Vous la gâtez parce qu’il vous semble que vous devez vous l’approprier.
Mais non, cent fois non …
Ce n’est pas en se couchant sur les choses qu’on les possède …

En étreignant l’objet que vous désirez vous le souillez de vos misères,
vous lui donnez l’odeur rebutante de la terre qui vous recouvrira.
Et c’est bien le vertige de votre déchéance prochaine qui
vous suggère de saisir le beau comme une proie.

Vous prenez les choses entre vos mains pour vous rassurer contre leur souveraineté.
Vous les éteignez, cela vous donne un instant l’illusion que vous êtes un flambeau.
C’est ainsi que tout cela a commencé …
Vous vous souvenez de ce que nous avons dit.

Vous vous apercevez qu’il existe un être plus digne que vous de l’existence.
L’aubaine, c’est de s’aviser que tous les hommes, même les plus misérables,
vous semblent plus dignes que vous de porter un nom ; et que ce n’est pas diminuant.

Alors, vous grandissez hors de vous-même … Le jour s’ouvre.
C’est le moment délicieux où vous faites une différence
entre le crépuscule du matin et le crépuscule du soir.
n n’y a plus rien entre la lumière et l’eau et l’herbe et le vent…

Et vous pensez…

(Joë Bousquet)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’ANCIEN CHANT, L’ANCIENNE DANSE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Annie Predal
    
L’ANCIEN CHANT, L’ANCIENNE DANSE

Toi, parce que tu m’aimes, serre-moi
Bien fort, caresse-moi, sois
Paisible et bonne, apaise-moi
De silence, ne dis pas un mot.

Toi, parce que je t’aime, je suis
Fort pour toi. Je te soutiens.
L’eau est vivante
Autour de nous. L’eau vive
Court dans les entailles de la terre entre
Nous. Toi, mon épouse, ta voix
Qui enjambe l’eau me parle.

Tes mains, tes bras solennels,
Traversent l’eau et m’étreignent.
Ton corps est magnifique.
Il parle et franchit l’eau.

Epouse, plus douce que le miel, au coeur
Heureux, nos coeurs battent sur
La passerelle de nos bras. Nos mots
Sont mots de joie dans la nuit
De la Toute-Joie. Nos mots vivent.

Nos mots sont des enfants qui dansent
Devant nous ainsi que des étoiles sur l’eau.
Mon épouse, ma bien-aimée chérie,
Plus douce que le miel, que le fruit mûr,
Solennelle, grave, oiseau en vol,
Serre-moi. Sois paisible et bonne.
Je t’aime. Sois gentille avec moi.

Je suis fort pour toi. Je te
Soutiens. L’aurore de dix mille
Aurores s’embrase dans le ciel.
L’eau inonde la terre
Les enfants rient dans l’air.

(Kenneth Rexroth)

 

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L’hiver déjà éteint la page (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
L’hiver déjà éteint la page

L’hiver déjà éteint la page
et le sang en sait plus
envahir la neige

nos voix malgré tout
restent futures

patience à la sève
le regard déplace tant de mots

*

Le vent nous désigne
ici ou ailleurs
la peau choisit son autre cause
à tout hasard
une phrase essuie la vitre
et se mêle à la pluie
le reste à présent piétine
où fut la blancheur
entre l’argile et ce livre
qui n’en finit pas
d’étreindre ses pages

(Christian Da Silva)

 

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