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Poésie

Posts Tagged ‘étreindre’

Etreindre la distance (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2017



Etreindre la distance.

(Guillevic)

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Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
C’est ma manière d’avoir du cœur à revendre
C’est ma manière d’avoir raison des douleurs
C’est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d’or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l’abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l’acier brûle ces méduses
Secrètes que j’ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n’ont plus besoin d’excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m’ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n’en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C’est bien suffisant pour que j’en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu’il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m’étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t’aimais
Plus souvent qu’a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l’ancre dans ma mémoire et j’ai peur
Quand de mes amis l’ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s’ouvre à la place de mes yeux – je suis jeune
Ce qui n’est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu’il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule – à ne pas croire…

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours – dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante – je ne sais plus aimer
Qu’avec cette plaie au cœur qu’avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu’on les ait aimés
Eux que l’on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l’amour qu’ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

(Anna Gréki)

Illustration: Frida Kahlo

 

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Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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LES MAINS (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



LES MAINS

Il est des mains que j’adorais
Et qui, sur les touches sonores,
Évoquaient pour moi des aurores
Éclairant de vastes forêts.

Il est des mains, souvent baisées,
Qui, sur les claviers de cristal,
Pour moi, du monde occidental,
Évoquaient les splendeurs brisées.

Il est des mains aux tons pâlis,
Nerveuses, malgré leur finesse,
Et qui chantaient pour ma jeunesse
Avec la voix des bengalis !

Du léger brouillard de dentelles,
Cadre exquis de leur royauté,
Elles faisaient, dans la clarté,
Monter des frémissements d’ailes.

Elles faisaient, dans l’air des soirs
Qu’alourdissait l’odeur des roses,
Resplendir des apothéoses
Ou sangloter des désespoirs.

Maintenant… C’est vrai… Tout s’efface…
Ils ont cessé, le chant vainqueur
Et la chanson triste, et mon coeur
Regarde l’ombre face a face.

Ainsi que l’oiselet des bois
Quand le givre étreint les ramées,
Les petites mains bien-aimées
N’ont plus de chaleur ni de voix.

On leur a mis des fleurs nouvelles,
On a clos leurs doigts refroidis,
Et je m’en vais au Paradis
Pour rester toujours avec elles !

(Noël Bazan)

Illustration: Giovanni Boldini

 

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Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ? (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ?
Quelle fuite est la nôtre où nous perdons ses pas ?
Ne serons-nous jamais que les tremblants emblèmes
De l’ombre qui nous porte où nous n’existons pas ?

Quel dieu me donnes-tu qui m’étreint quand tu m’aimes
Dans la forme invisible où je cherche mes bras,
Bonheur, dont le nom seul (est-ce toi qui blasphèmes ?)
Divulgue à tous les vents ceux que tu me tairas ?

— A l’heure où cette voix reconnaît son visage,
Où de sa même chair, elle, chair sans partage,
Epuise enfin le dieu qui l’enchaîne et l’entend,

Bouche à son tour offerte à celle qui l’ignore,
Amour, es-tu le fruit qu’aux branches de l’instant
Une ombre a dérobé pour te survivre encore ?

(Louis Emié)

Illustration

 

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Je ne pense pas à toi – je suis trop proche (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2017



Je pense à toi! – mes pensées t’enveloppent,
Comme la vigne sauvage, autour d’un arbre,
Etend ses feuilles, et rien n’est plus visible
Sinon le vert épars qui cache le bois.
Pourtant, ô mon palmier, comprends bien que
Mes pensées ne prendront pas ta place, toi
Qui m’es cher, plus cher! A l’instant, plutôt
Renouvelle ta présence. Comme un bel arbre,
Faire bruire tes branches et dénude ton tronc,
Et laisse ces liens de verdure qui t’étreignent
Tomber, lourds, … brisés, éclatés, partout!
Car, dans la joie de te voir, de t’entendre,
De respirer dans ton ombre un air neuf,
Je ne pense pas à toi – je suis trop proche.

***

I THINK of thee! — my thoughts do twine and bud
About thee, as wild vines, about a tree,
Put out broad leaves, and soon there’s nought to see
Except the straggling green which hides the wood.
Yet, O my palm-tree, be it understood
I will not have my thoughts instead of thee
Who art dearer, better! Rather, instantly
Renew thy presence; as a strong tree should,
Rustle thy boughs and set thy trunk all bare,
And let these bands of greenery which insphere thee
Drop heavily down,—burst, shattered, everywhere!
Because, in this deep joy to see and hear thee
And breathe within thy shadow a new air,
I do not think of thee — I am too near thee.

(Elizabeth Browning)

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Amour sylvestre (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Amour sylvestre

Comme si vous aviez pris racine en mon cœur,
Je vous dirai toujours : Beaux arbres, je vous aime !
Érables, vous surtout, dont la feuille est l’emblème
Du pays où je vis ma joie et ma douleur.

Qu’un tendre amour rend l’âme encline à la douceur !
Depuis que j’ai passé sous votre ombre, un poème
Chante adorablement au-dedans de moi-même,
Comme si vous chérir faisait l’homme meilleur !

Honneur à vos rameaux, gloire à vos vertes cimes
Qui composent, le soir, sur de fluides rimes,
L’hymne le plus léger, le plus fin, le plus grand !

Lorsque je vous écoute aux clartés de la lune,
Dans le grave silence, un désir fou me prend
D’étreindre vos troncs vieux couverts d’écorce brune !

(Albert Lozeau)

 

 

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Citerne tarie (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Citerne tarie

Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.

Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords.
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.

Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.

Tu bats toujours pourtant, coeur pourri, misérable!
Ah! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien!

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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La Maison (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2016




La Maison

Dans la maison de mon amour
Il y a des collines et des pâturages tapissés de fleurs,
Son toit est le ciel bleu, sa lampe l’étoile du Berger,
Les portes de sa maison sont les vents, et son rideau la pluie.
Dans sa maison nombreuses sont les montagnes, chacune est seule,
Et les îles où les oiseaux de mer font retour.

Dans la maison de mon amour
Il est une cascade qui coule toute la nuit
Tombant du sommet neigeux de la montagne
Blanche dans le bleu miroitant de l’été perpétuel —
Tombant du rocher escarpé où plane l’aigle.
Sur le seuil montent les marées de l’océan,
Et les marsouins suivent les poissons dans les baies tranquilles
Où l’étoile de mer luit sur les algues sombres sous l’eau immobile.

J’ai été portée ici dans le sommeil,
Au réveil j’ai trouvé rivières et vagues mes servantes,
Soleil, nuages, vents, les oiseaux-messagers,
Tous les troupeaux de ses collines et les poissons de ses mers.
Je me repose, dans la chaleur du jour, dans l’ombre légère des feuilles
Et les voix de l’air et de l’eau me parlent.
Tout cela il me l’a donné, lui dont jamais je n’ai vu le visage,
Mais dans ses bras qui tout étreignent je sombre dans le sommeil.

***

The House

In my love’s house
There are hills and pastures carpeted with flowers,
His roof is the blue sky, his lamp the evening star,
The doors of his house are the winds, and the rain his curtain.
In his house are many mountains, each alone,
And islands where the sea-birds home.

In my love’s house
There is a waterfall that flows all night
Down from the moutain summit where the snow lies
White in the shimmering blue of everlasting summer,
Down from the high crag where the eagle flies.
At his threshold the tides of ocean rise,
And the porpoise follows the shoals into still bays
Where starfish gleam on brown weed under still water.

In sleep I was borne here
And waking found rivers and waves my servants,
Sun and cloud and winds, bird-messengers,
And all the flocks of his hills and shoals of his seas.
I rest, in the heat of the day, in the light shadow of leaves
And voices of air and water speak to me.
All this he has given me, whose face I have never seen,
But into whose all-enfolding arms I sink in sleep.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alain DENEFLE

 

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