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Poésie

Posts Tagged ‘étreindre’

Hallucination (Maurice Federman)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Hallucination

La forêt m’apporta les reflets
des images égarées et lointaines…
Son silence m’enveloppa
Comme le regard de tes yeux
Et je rêvais aux nuits chaudes et inquiètes…

Leurs images se confondent…
Etendant leurs ombres fragiles
Sur les montagnes et disparaissent…
Je ne vois plus que ton corps
qui m’étreint de sa chaleur…
Et des flèches de sang
tachent l’eau cristalline
de la rivière de ma jeunesse…

Un éclat de rire retentit
L’éclair bleuit tes dents blanches
Je vois sombrer l’espace…

(Maurice Federman)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Carolus-Duran

 

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BILLETS A LILY (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Andrei Protsouk 
    
BILLETS A LILY

Ma petite compatriote,
M’est avis que veniez ce soir
Frapper à ma porte et me voir.
Ô la scandaleuse ribote
De gros baisers et de petits
Conforme à mes gros appétits?
Mais les vôtres sont si mièvres?
Primo, je baiserai vos lèvres,
Toutes, c’est mon cher entremets,
Et les manières que j’y mets,
Comme en tant de choses vécues,
Sont friandes et convaincues!
Vous passerez vos doigts jolis
Dans ma flave barbe d’apôtre,
Et je caresserai la vôtre.
Et sur votre gorge de lys,
Où mes ardeurs mettront des roses,
Je poserai ma bouche en feu.
Mes bras se piqueront au jeu,
Pâmés autour de bonnes choses
De dessous la taille et plus bas.
Puis mes mains, non sans fols combats
Avec vos mains mal courroucées
Flatteront de tendres fessées
Ce beau derrière qu’étreindra
Tout l’effort qui lors bandera
Ma gravité vers votre centre.
A mon tour je frappe. Ô dis: Entre!

(Paul Verlaine)

 

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Ce qu’il me faut (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




    
Ce qu’il me faut

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu’il me faut à moi, c’est un amour qui brûle,
Et comme un dard de feu dans mes veines circule,
Tout rempli d’alcool ;
C’est une courtisane enivrée et folâtre,
Dansant autour d’un punch à la flamme bleuâtre,
Et buvant à plein bol !

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme la fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains.

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent d’un seul doigt vous toucher,- ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau.

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

(Alfred de Musset)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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La divine folie (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Alfons Mucha
    
La divine folie

Je veux être celui qui sur sa chevelure
Attache un brin d’ortie avec la grappe mûre,
Qui danse titubant, bestial et divin
Et porte la nature entière dans son sein;
Celui qui sent frémir et couler dans ses moëlles
L’âme errante du vent, des mers et des étoiles,
Accroche à sa ceinture en un même bouquet
La ronce, le chardon, la cigüe et l’oeillet;
Qui, ne distinguant plus son regard de l’aurore,
Sent parmi les couchants sa chair qui s’évapore.
Je veux être celui qui rit dans le soleil
Et savoure le jour ainsi qu’un fruit vermeil;
Le berger ou l’outlaw dormant sur la javelle
Comme un enfant bercé aux genoux de Cybèle.
Je marcherai rêveur, épris de l’inconnu,
Aux sentiers ignorés, froissant de mon pied nu
L’herbe, le laurier rose et l’ingrate bruyère.
Debout sur les sommets, libre dans la lumière,
Mendiant triomphant, je tendrai vers l’éclair
Le geste avide de mes bras à travers l’air.

Je serai le glaneur idéal qui recueille
La rosée au matin,le rayon, le reflet
Du fleuve et s’en nourrit: le gueux dans la forêt
Elevant son palais frissonnant sous les feuilles.
Possesseur des trésors qu’on dédaigne, j’irai
Boire aux lèvres du vent quelque nectar sacré;
Frôler à l’eau qui fuit par les mousses humides
Le torse transparent des pâles néréides;
Et jouissant des odeurs, des sons, voluptueux,
Avec les sens aigus d’un sauvage et d’un dieu,
Je glisserai subtil à l’herbe où le vent joue
Et je serai le bond du dix-cors qui s’ébroue.

Etoiles qui brillez au bord du ciel serein,
Tendresse de la nuit qui monte et qui m’étreint,
Mystérieux baisers, soupirs sur le rivage
Du flot diamanté où se mire un nuage,
Fantômes devinés de blanches déités,
Accordez à mes voeux votre complicité,
Accordez à mon coeur la grâce qu’il implore,
La divine folie! Et toi, morne ellébore,
Que ton rameau flétri se dessèche infécond
Qui guérit de l’ivresse et nous rend la raison.

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous nous émerveillons de la vie (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Nous nous émerveillons de la vie

Sitôt qu’elle sourit, elle devient étoiles;
Et sitôt que j’ai soif, un cours d’eau frémissant.
Mon ange peut fleurir sous de célestes voiles,
Mais de l’étreindre, moi seul ai droit, ô passant!

Ses yeux sont des forêts que baigne la rosée,
Ses cheveux sont de l’or mêlé d’un noir goudron.
Je voudrais m’allonger comme carpette usée
Sur son seuil. A cela, hélas, elle a dit non.

Baisers dissimulés au coin de nos paroles
Venant furtivement saluer leurs bessons…
Pour faire un si beau rêve, il faut être herbes folles;
Mon amie est le cœur des plus subtils gazons.

Et volent nos baisers que nous sentons éclore.
Ils s’enfuient avec nous, ils s’enfuient dans le soir.
Et nous nous étendons sur le ciel de l’aurore;
Nous bénissons la vie et son divin pouvoir.

(Attila Jozsef)


Illustration: François-Joseph Durand

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HALLAGE (Christiane Burucoa)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



HALLAGE

Vous dites : la mort
Et ne savez que son angoisse
Vous dites : la nuit
Et elle vous étreint déjà.

Et lorsque la nuit sera là
Prête à investir vos paupières
La reconnaîtrez-vous, la mort
En l’ultime rayon de vie ?

Avant… Après… Les voix se taisent.
Vous demeurez seul et muet
Avec votre mort indivise
De l’instant qui lui est voué.

Vous voulez croire et vous croyez
Suivre des chemins de hallage
Le long des eaux d’éternité,
Eaux sans mémoire et sans reflets.

La barque descendra le fleuve
Son flambeau dès l’abord soufflé
Par le vent qui meut les étoiles
Dans un temps qui n’est plus compté.

(Christiane Burucoa)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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LE PASSE AVEC L’AVENIR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



LE PASSE AVEC L’AVENIR

Il y a bien sûr l’accident
à quoi pensent ceux qui sont frêles et tristes
quand au-dessus des clochers et des dômes
un jour se lève
alors les étreint le Temps
empli de tous les uniformes du passé
des blouses d’anciens ouvriers raisonneurs
mais aussi l’impénétrable splendeur
d’un corps féminin de l’avenir
que détient en puissance une fillette penchée
sur le bassin ovale
d’un jardin muré
aux parterres encore froids.

(Jean Follain)

Illustration: Charles Augustin Lhermitte

 

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Je suis le sable du sablier (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



    
Je suis le sable
du sablier
et je m’écoule
dans la vallée du temps
qui m’étreint

***

Ich bin der Sand
im Stundenglas
und rinne
ins Tal der Zeit
die mich umarmt

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Rester entière (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Rester entière

Étreindre le jardin
Sous une pluie de marrons tombant

Parcourir les bruits du temps
De voix en voix

Aimer
Des lettres chaleureuses

Se heurter à tous les coins
A s’en ouvrir des plaies
Et rester entière

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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