Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘étroit’

Dans quelques jours (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Kazuya Akimoto
    
Chair de la mer

Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie,
Lorsque les chasseurs, le regard de pluie,
Regagnent le pays natal, l’arbre qui n’oublie pas,
Moutons terribles à voir,
Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie.

Oui, dans l’étreinte étroite des corps,
Lèvres sur la clé la plus intime,
Que dira-t-il, lui, peau de naufrage
Ou douleur avec la porte close,
Douleur face à douleur,
N’attendant pas non plus d’amour ?

L’amour s’en vient, s’en va, regarde ;
L’amour s’en vient, s’en va,
Sans faire l’aumône aux nuages mutilés,
Ses vêtements sont des haillons de terre,
Et lui il ne sait pas, il ne saura jamais plus rien.
Inutile aujourd’hui de passer la main sur l’automne.

***

Carne de mar

Dentro de breves días será otoño en Virginia,
Cuando los cazadores, la mirada de lluvia,
Vuelven a su tierra nativa, el árbol que no olvida,
Corderos de apariencia terrible,
Dentro de breves días será otoño en Virginia.

Sí, los cuerpos estrechamente enlazados,
Los labios en la llave más íntima,
c Qué dirá él, hecho piel de naufragio
O dolor con la puerta cerrada,
Dolor frente a dolor,
Sin esperar amor tampoco ?

El amor viene y va, mira;
El amor viene y va,
Sin dar limosna a nubes mutiladas,
Por vestidos harapos de tierra,
Y él no sabe, nunca sabrá más nada.
Ahora inútil pasar la mano sobre otoño .

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Le Martinet (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017



Illustration
    
Le Martinet

Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie
sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

Il déssèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein.
S’il touche le sol, il se déchire.

Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour ?

Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus
à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute
sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le coeur.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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PESER (Béatrice Libert)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



 

PESER

Ce soir nous dînerons de restes
Nous vivrons à l’étroit nous penserons peu dépenserons moins encore
n’ayant sou qui vaille en poche forcément cousue
Nous pèserons quelques noms très communs au coin de deux minutes éclair
Économisant les gestes il nous viendra peut-être un désir généreux
mais nous l’avalerons bien vite
Les vitres dessineront de faibles embellies embrochées par la nuit fatalement rapide
Et nous consumerons nos cris à la muette afin que rien de fort ou de miraculeux
ne nous arrive par un furieux hasard.

(Béatrice Libert)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Edouard Vuillard

 

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PRIERE (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017



Illustration
    
PRIERE

Mon Dieu faites que j’oublie
ce sang qui court dans mes mains et que la nuit brunit
mon Dieu faites que j’oublie
le faible bruit des portes
et la lumière qui dort sous les robes

Mon Dieu ne me détournez pas du lit étroit de la solitude
ni de la maison cachée sous les roseaux
ni de la lampe qu’emprisonnent les livres

Otez-moi ce goût de l’étrangère aux lèvres creuses
ôtez-moi le souvenir de cette immensité malade
empêchez que je sache ma soif aussi de sang
chantez, faites chanter vos anges et vos poètes
et donnez-moi la joie de faire de la musique avec des mots.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Elle craint de perdre de vue son image (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



 

Elle craint de perdre de vue son image
de ne plus savoir à quoi elle ressemble
de perdre de vue sa maison
de ne plus savoir si la porte s’ouvrait à l’ouest
d’apprendre qu’un chemin a pénétré chez elle
empilé les chaises sur la table
que le platane du rond-point s’accoude sur sa rambarde

sa crainte de ne plus savoir éteindre le soleil
pour évacuer le sanglot à l’étroit dans sa gorge

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Adamov Alexey

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Étroite (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
Étroite
la mort est sans lendemain ;
tu vois, la peur mouille toujours
ses racines

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Nous nous vîmes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration
    
Nous nous vîmes par un soir calme
(Le coeur se souvient de ces songes).
Les arbres s’habillaient à peine
De leur feuillage de printemps.

De vermillon s’illuminant,
Courant le long de cet étang,
L’étroite allée nous invitait
Aux songes et ombres à jamais.

Cette jeunesse, cette tendresse —
Que fut-elle pour nous, vraiment?
N’est-ce pas elle qui élève
Chacun de mes vers insurgés ?

Le coeur est occupé de rêves,
Le coeur sait que le terme est long,
Il sait le soir sur les étangs
Et votre mouchoir parfumé.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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HORIZON (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
HORIZON

Je le saisis d’un doigt :
il brûle mes deux paumes.
Je le mets à l’étroit
dans mes yeux, ce fantôme :
il va me les crever,
c’est un tigre farouche.
Je lui parle en privé :
il m’arrache la bouche.
Je m’installe en sa peau :
il a mille pelages,
car à chaque propos
du poète ou du sage,
il se change en bison,
en chienne, en salamandre,
en colombe ! Horizon,
je renonce à comprendre.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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SAN FRANCISCO NIGHT (Paul Gilson)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Leroy Neiman San Francisco by Night [1280x768]

SAN FRANCISCO NIGHT

JE crois qu’il n’a jamais fait plus noir que ce soir
où la sirène pleure au bord du monde en ruines
mais la merveille vaut le prix du désespoir
Aussi profil perdu d’amour je te dessine

en aveugle et j’attends nocturne de l’enfance
que l’enchanteur ranime un oiseau mort de froid
sans avoir révélé le secret de la chance
Amour amour toujours dans mon rêve à l’étroit

(Paul Gilson)

Illustration: Leroy Neiman

 

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Retouche au désir (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017




retouche au désir
    
le soir a la douceur d’une épaule
les amants dans leur jardin étroit
ont mal fermé la nuit
un chien broie l’os d’une étoile filante
celui qui s’arrête derrière le mur
songe à l’autre face de la terre
où le jour danse
fier de ses longs cils

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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