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Poésie

Posts Tagged ‘étude’

SOLEIL DE MES VINGT ANS… (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2023



Illustration: Alexis Leborgne
    
SOLEIL DE MES VINGT ANS…

Soleil de mes vingt ans vous offensez mes ombres
Par vos jeux indiscrets
Car d’un temple inconnu je déchiffre les nombres
Et les calculs secrets.

Du sommeil de l’amour j’avais chanté l’étude.
Son flux et son reflux
Peuplaient et dépeuplaient l’île de solitude
Où je n’habite plus.

Vers un lieu sous-marin environné de pieuvres
Dans mon sommeil parti
Mon regard de noyé observe de mes œuvres
Le navire englouti.

J’avais pour vous rêvé, navire, des voyages
Toutes voiles dehors…
Et voilà maintenant qu’algues et coquillages
Recouvrent vos trésors.

Vitesse enivrez-vous je vous cède la place
Passez votre chemin
Votre orgueilleuse gloire étant que je vous fasse
Un signe de la main.

Passez m’éclaboussant de boue et de lumière.
Je ne le ferai pas.
Je vous laisse à vos buts. Le mien c’est la manière
Dont je pose mes pas.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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L’ARBRE AUX SOUHAITS (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2022



Illustration: Catherine Ernst
    
L’ARBRE AUX SOUHAITS

Si l’on pouvait réussir à cueillir l’une des feuilles
on lirait sur ses nervures comment il faut procéder
pour sortir de la misère et cultiver à l’entour
l’étude et la liberté

(Michel Butor)

 

Recueil: Montagnes en gestation
Traduction:
Editions: Notari

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Le Bon Ménager (Bernard De La Monnoye)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




    
Le Bon Ménager
(conte)

Un campagnard bon ménager,
Trouvant que son cheval faisait trop de dépense,
Entreprit, quelle extravagance !
De l’instruire à ne point manger.
« Que ne peut, disait-il, une soigneuse étude ?
Retranchons à diverses fois,
D’abord une poignée, et puis deux et puis trois ;
Par une insensible habitude,
L’animal trop gourmand viendra sans doute à bout
De ne plus rien manger du tout. »
Charmé d’une pensée et si rare et si fine,
Petit à petit il réduit
Sa bête à jeûner jour et nuit.
Fier d’un si beau succès il bénit sa lésine ;
Il croit, plein d’allégresse, avoir atteint son but.
Mais courte l’allégresse fut ;
Bientôt, de cruelle famine,
L’étique palefroi mourut.
Le campagnard surpris au désespoir se livre :
« Quel malheur, dit-il, est le mien !
Mon cheval justement, hélas ! cesse de vivre,
Dans le temps qu’il sait l’art de ne manger plus rien. »

(Bernard De La Monnoye)

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L’on voit aussi tomber (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




L’on voit aussi tomber les dictionnaires grecs
un soir avec fracas
dans l’étude angoissée.
Le haut vent fait choir les nids
et parfois dans le pauvre village
un pan de mur s’écroule
sur la femme qui songe.

(Jean Follain)

Illustration

 

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FILLE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2022




    
FILLE

Tes chaudes mains, souples brandons,
Frôlent en vain ma solitude;
Ton plaisir ne m’est qu’une étude;
Le dédain préside à mes dons.

Le fruit banal où nous mordons
Pend triste au clos de l’habitude;
Je farde mal mon hébétude
Du frais carmin des abandons.

Sans que ta force ne le sente,
Ton désir n’étreint qu’une absente;
Le coeur distrait rêve ou s’endort.

Comme une fille ses piastres,
Au bord du ciel, alcôve d’or,
Mes yeux pensifs comptent les astres.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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ÉTUDE AU TÉLÉPHONE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020



Illustration: Coral Silverman
    
ÉTUDE AU TÉLÉPHONE

Mouvement joyeux.
Oui oui c’est moi ici ma voix ma vie
oui oui mais oui j’entends j’écoute
mais oui toujours, mais oui j’entends
oui mon oiseau oui mon soleil oui mon village
oui mon beau temps oui mes saisons
mon toit mon nuage ma vie
oui porte ouverte sur le jour !

Mouvement grave.
Mais oui mais oui, quand vous voudrez
oui mes amours oui ma raison
depuis si longtemps j’écoute
je vous entends je vous entends
oui porte ouverte sur l’été
oui mes amours quand tu voudras
de moi-même je sortirai
oui mon oiseau oui mon soleil, ma vérité !

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Helen Schjerfbeck (Hanner Bramnes)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Helen Schjerfbeck
    
L’étude la plus importante
d’Helen Schjerfbeck est celle
qu’elle fit de son propre visage
à mesure qu’elle vieillissait
son regard devenait plus fixe
sa peau plus claire
son teint pastel

avec le temps
elle fit disparaître toute symbolique
de sa propre expression

***

Sin største studie
gjorde Helen Schjerfbeck
i sitt eget ansikt
etter som hun ble eldre
ble blikket fastere
huden klarere
fargen pastell
med tiden
fjernet hun all symbolikken
fra sitt eget uttrykk

(Hanner Bramnes)

 

Recueil: Le poids de la lumière
Traduction: Anne-Marie Soulier
Editions: Erès

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AUREA MEDIOCRITAS (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Papillon

AUREA MEDIOCRITAS

Heureux l’ami secret des arts et de l’étude,
Pour qui la renommée est une servitude :
Le sourire du ciel a lui sur son berceau.
La gloire fait du mal : son sublime flambeau
A des éclairs trop vifs pour une humble chaumine :
Il aveugle toujours les yeux qu’il illumine.
L’appeler sous son toit, c’est bannir le sommeil ;
C’est y vouloir, pour lampe, attacher le soleil.
Au temple des grands noms suspendons nos guirlandes ;
Mais n’ayons pas d’autels, où nous servions d’offrandes.
Ambitieux amants du commerce des fleurs,
Ne les cultivons pas pour vendre leurs couleurs.
Tandis que, spéculant sur leur grâce fertile,
Pour en faire de l’or un autre les distille,
Aimez-les seulement ; ou, leurs dons les plus doux,
Un papillon qui passe en jouit plus que vous.

(Jules Lefèvre-Deumier)

 

 

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ETUDE D’AME (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Clara Lieu

ETUDE D’AME

Je suis la maison hantée, croulante
Qui se tient ici comme une plante et se penche au-delà.

Demeure pour âmes anciennes, domicile pour revenants
J’existe, je suis
Comme si j’ignorais
Que cette bâtisse
Est comme un fil
Un coup d’air froid et vide
Entre moi-même
Et la mort.

J’existe, je sens mon poids
Ma lourdeur m’effraie.

Des actes lourds, pesants, vains,
Des objets écrasants, ainsi qu’un vieux sac de pierres.

Comment viendraient-ils me soulever, me porter
Une charge pénible remplie de son essence.

(En arrière, mon Dieu, en arrière, à recommencer…)

(Georges Themelis)

Illustration: Clara Lieu

 

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