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Posts Tagged ‘(Eugenio de Andrade)’

LA MAISON DU MONDE (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2020



Illustration: Antonio Canova
    
LA MAISON DU MONDE

La petite
fleur de la bougie,
sur la table le pain, le vin
la rose,
la soudaine
blancheur du lit ouvert, –
l’éternité
à partager millimètre par millimètre
avec toi.

***

CASA DO MUNDO

La diminuta
flor da candela,
na mesa o pão o vinho
a rosa,
a súbita
brancura da cama aberta ─
la eternidade
milimetricamente
a dividir contigo.

***

THE HOUSE OF THE WORLD

The tiny
flower of the candle,
on the table
—the bread, the wine, the rose—
the sudden whiteness
of the open bed,
eternity
millimetrically
to share with you.

***

CASA LUMII

Minuscula inflorescență
a candelei,
pâinea și vinul de pe masă
un trandafir,
albul marcant
al patului nearanjat ─
eternitatea,
milimetric porționată
de împărțit cu tine.

***

HAUS DER WELT

Das kleine
Blümchen der Kerze,
auf dem Tisch das Brot, der Wein,
die Rose,
das plötzliche
Weiß des offenen Bettes ─
um die Ewigkeit
millimeterweise
mit dir zu teilen.

***

HET HUIS VAN DE WERELD

Het kleine
bloemetje van de kaars,
op de tafel het brood, de wijn
de roos,
de plotselinge
witheid van het open bed, ─
de eeuwigheid,
om millimetergewijs
met jou te delen.

***

***

HÚS HEIMSINS

Litla
blómið á kertinu
á borðinu
— brauðið, vínið, rósin —
opið rúmið
skyndilega snjóhvítt,
eilífð
í millimetratali
með þér.

***

DUNIA KEDIAMAN

Bunga kecil
pada kandil di atas meja
—roti, wain, bunga mawar—
terbuka ranjang
memutih
secara tiba-tiba,
keabadian
kepastian
perkongsian hidup denganmu.

***

ДОМ МИРА

Крошечный цветок свечи на столе,
– хлеб, вино, роза –
внезапная белизна открытой постели,
вечность в миллиметре,
чтобы разделить ее с тобой.

***

Σπίτι του Κόσμου

Το μικροσκοπικό λουλούδι
του καντηλιού
στο τραπέζι το ψωμί, το κρασί
το τριαντάφυλλο
το ξαφνικό λευκό του κρεβατιού
αιωνειότητα
χιλιοστών
που μοιραζόμαστε.

***

世界之家

这微小的
蜡烛之花,
这桌上, 面包, 美酒,
玫瑰,
突然
敞开床的洁白——
永恒
细微地
与你享用。

***

CASA DEL MUNDO

La diminuta
flor de la candela,
en la mesa el pan el vino
la rosa,
la súbita
blancura de la cama abierta ─
la eternidad
milimétricamente
para dividir contigo.

***

***

LA CASA DELLA TERRA
Il piccolo
fiore della candela,
sul tavolo il pane, il vino,
la rosa,
il bianco
improvviso di un letto sfatto ─
eternità
millimetrica
da condividere con te.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: ITHACA 618
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais / Anglais Stanley Barkan / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Islandais Thor Stefánsson / Malaisien Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Russe Rahim Karim / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Espagnol José Luis Puerto / Persan Sepideh Zamani / Italien Luca Benassi /
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Tu connaissais l’été à son odeur (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Tu connaissais l’été à son odeur,
le silence très ancien
du mur, l’ardeur des cigales,
tu inventais la lumière acidulée
tombant à pic, l’ombre brève
où le gamin s’est endormi,
le brillant des épaules.
C’est ce qui t’aveugle, le soleil de la peau.

***

Conhecias o verão pelo cheiro,
o silêncio antiquíssimo
do muro, o furor das cigarras,
inventavas a luz acidulada
a prumo, a sombra breve
onde o rapazito adormecera,
o brilho das espáduas.
E o que te cega, o sol da pele.

(Eugénio de Andrade)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Charles J. Dwyer Jr

 

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Ni rossignol, ni alouette (Eugenio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Ni rossignol, ni alouette
Tu appuies ton visage sur la mélancolie et tu n’entends
même pas le rossignol. Ou est-ce l’alouette ?
Tu peux à peine supporter l’air, partagé
entre la fidélité que tu dois

à la terre de ta mère et au bleu
presque blanc où l’oiseau se perd.
La musique, donnons-lui ce nom,
a toujours été ta blessure, mais aussi

au milieu des dunes ton exaltation.
N’écoute pas le rossignol. Ni l’alouette.
C’est en toi
que toute la musique est oiseau.

(Eugenio de Andrade)

Illustration: Alberto Galvez

 

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Personne (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration
    
Personne à l’entrée de novembre.
Elle vient comme si de rien n’était.
La porte était ouverte,
elle est entrée presque sans toucher le sol.

Elle n’a pas regardé le pain, ni goûté le vin.
Elle n’a pas défait le noeud aveugle du froid.
Elle ne s’est attardée que dans la lumière des violettes
en souriant à l’enfant de la maison.

Cette bouche, ce regard. Cette main
de personne. Elle s’en va,
elle a sa musique, sa rigueur, son secret.
Avant cependant, elle caresse la terre.

Comme si c’était sa mère.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Non, je ne retrouve pas le portrait (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



 
    
Non, je ne retrouve pas le portrait.
Tu étais de profil, une lumière de cendre
tombait de tes bras,
de la maison voisine la fumée

gravissait lentement les dernières marches
de l’automne, un jeune chien
sautillait dans l’enclos, bientôt
il ferait nuit.

Tu étais de profil, ta main accompagnait
sur la poitrine la rose que je t’avais donnée.
Laisse-la ainsi, laisse-la
être, la main, rose elle aussi.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Il n’y a pas d’autre manière (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Brigitte Perrault
    
Il n’y a pas d’autre manière d’approcher
de ta bouche : tant de soleils et de mers
brûlent pour que tu ne sois pas de neige :
corps

ancré dans l’été : les oiseaux de mer
couronnent ton visage
de leur vol : musique inachevée
que les doigts délivrent :

lumière répandue sur le dos et les hanches,
encore plus douce au creux des reins :
pour te porter à ma bouche, tant de mers
ont brûlé, tant de navires.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Sur la table les fruits brûlent (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Claude Monet

    
Sur la table les fruits brûlent : poires,
oranges, pommes pressentent
l’intime blancheur
des dents, le désir réprimé,

le vin épais des voix anciennes;
la mélancolie brûle en inventant
une autre ville,
un autre pays, d’autres cieux où lancer

les regards et les rires : couche-toi près de moi,
je t’apporte de la mer
la lumière démontée de l’écume,
dans les flancs cette ardeur contenue.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Arbre, arbre (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



    
Arbre, arbre. Un jour je serai un arbre.
Avec la maternelle complicité de l’été.
Qu’annoncent
les palombes.

Un jour j’abandonnerai ces mains
dans l’argile encore chaude du silence,
je gravirai le ciel,
aux arbres de telles choses sont consenties.

J’habiterai alors le regard nu,
fatigué du corps, ce désert
recommencé dans les eaux,
tandis que sur les feuilles le brouillard

dépose ses mains humides.
Et le feu.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Au réveil (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration
    
Au réveil elles étaient déjà là
entraînant le matin sur les toits :
peut-être venues avec les lumières
dévêtues de mars :

celui qui était éveillé aurait pu distinguer
leur chant des choses les plus infimes :
les feuilles nouvelles qui changent de couleur,
l’arrière

goût de la pluie, l’orgueil des chardons,
la nudité embarrassée des garçons,
la matinale et douloureuse
érection sans fin des animaux.

Les hirondelles n’arrivent pas toujours ainsi.
Celles-là, ce fut ainsi qu’elles arrivèrent.
Ce fut ainsi.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Maintenant j’habite (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Victor Bauer   
    
Maintenant j’habite plus près du soleil, les amis
ne connaissent pas le chemin : c’est bon
d’être ainsi, à personne,
dans les plus hautes branches, frère

du chant exempt de l’oiseau
de passage, reflet d’un reflet,
contemporain
de n’importe quel regard de surprise,

seulement ce va-et-vient des marées,
ardeur faite d’oubli,
douce poussière à fleur de l’écume,
et seulement cela.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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