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Posts Tagged ‘(Eugenio Montale)’

Comme ce cloître de rochers (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2021



Comme ce cloître de rochers
qui nous paraît s’effilocher
en fils d’aragne de nuages,
ainsi nos âmes consumées
en qui l’illusion avive
un feu de cendres
se perdent vers l’azur serein
de la lumière, certitude.

***

Come quella chiostra di rupi
che sembra sfilaccicarsi
in ragnatele di nubi;
tali i nostri animi arsi
in cui l’illusione brucia
un fuoco pieno di cenere
si perdono nel sereno
di una certezza : la luce.

(Eugenio Montale)


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Polyphonie de citrons et d’oranges (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



… dômes de feuillage d’où jaillit
polyphonie de citrons et d’oranges
et voile évanescent d’écume,
d’une mer poudrée qu’aucun pied
d’homme n’a effleurée, semble-t-il,
mais déjà le train accélère…

(Eugenio Montale)

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ÉLÉGIE (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021




ÉLÉGIE

Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle il monte.
Qui d’entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle ?

Mieux vaut ne pas bouger.
C’est un bleu d’eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c’est plus loin qu’elle doit s’arrêter :
les confins du visible en écument.

Fleurs d’ombre
jamais vues, imaginées,
vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre, crées-tu des fantômes ou berces-tu
dans tes bras un monde ?

Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.

Tu pleures ?

(Eugenio Montale)

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Le lézard (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



Le lézard, s’il s’élance
sous la grande ardeur
d’entre les chaumes —

la voile, quand elle gonfle
et s’abîme au saut
du rocher —

le canon de midi
plus ténu que ton coeur
et le chronomètre s’il
se déclenche sans bruit —

alors? Lueur d’éclair

vainement vous transmue en chose
riche et singulière. Tout autre était ta marque.

***

Il ramarro, se scocca
sotto la grande fersa
dalle stoppie –

la vela, quando fiotta
e s’inabissa al salto
della rocca –

i1 cannone di mezzodi
più fioco del tuo cuore
e il cronometro se
scatta senza rumore –

e poi? Luce di lampo
invano puô mutarvi in alcunché
di ricco e strano. Altro era il tuo stampo.

(Eugenio Montale)

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POUR UNE FLEUR FAUCHÉE (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



POUR UNE FLEUR FAUCHÉE

Peut-on dire, jeune morte,
que tu aies changé le monde ?
J’en ai la certitude sans pouvoir
la transmettre à d’autres. Nous ne sommes jamais sûrs
de nous-mêmes bien qu’ayant des yeux
et des mains pour nous voir, nous toucher.
Une trace invisible n’en est-elle pas moins
marquée ? Je te l’ai dit un jour
et toi : ce fait ne me regarde pas.
Je suis la fauvette qui lance un trille
et parfois le répète mais on ne sait
c’est elle ou une autre. Tu en serais bien incapable
toi-même qui as de l’oreille.

(Eugenio Montale)


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Lors votre main éprouvait le clavier (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Lors votre main éprouvait le clavier,
sur le feuillet vos yeux lisaient
les impossibles signes; et brisé en était
chacun des accords, voix de deuil.

Je compris qu’autour tout s’attendrissait
vous voir entravée, désarmée, ignorante
du plus vôtre langage; et la clarté des eaux
par-delà les fenêtres mi-closes en bruissait.

Dans le carré d’azur une fugace danse
de papillons passa; au soleil s’agita un feuillage.
Des choses toutes proches, aucune ne trouvait ses paroles,
et mienne, et nôtre était votre douce ignorance.

***

Tentava la vostra mano la tastiera,
i vostri occhi leggevano sul foglio
gl’impossibili segni; e franco era
ogni accordo come una voce di cordoglio.

Compresi che tutto, intorno, s’inteneriva
in vedervi inceppata inerme ignora
del linguaggio piû vostro : ne bruiva
oltre i vetri socchiusi la marina chiara.

Passò nel riquadro azzurro una fugace danza
di farfalle; unafronda si scrollò nel sole.
Nessuna cosa prossima trovava le sue parole
ed era mia, era nostra, la vostra dolce ignoranza.

(Eugenio Montale)


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Pourquoi tarder? (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Pourquoi tarder? Dans le pin l’écureuil
de sa queue en torche frappe l’écorce.
Le croissant de lune descend et sa corne
au soleil s’émousse. I1 fait jour.

Un souffle, et la fumée indolente tressaille,
elle se défend au point qui t’enclôt.
Rien ne finit, tout s’achève lorsque, foudre,
tu quittes le nuage.

***

Perché tardi? Nel pino lo scoiattolo
batte la coda a torcia sulla scorza.
La mezzaluna scende col suo picco
nel sole che la smorza. E giorno fatto.

A un soffio il pigro fumo trasalisce,
si difende nel punto che ti chiude.
Nulla finisce, o tutto, se tu fôlgore
lasci la nube.

(Eugenio Montale)

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Où les donzelles bouclées s’en vont-elles (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Où les donzelles bouclées s’en vont-elles,
portant sur les épaules leurs amphores pleines,
elles dont le pas si ferme est si léger;
et dans le fond une vallée qui s’ouvre
en vain attend les belles
qu’ombrage une vigne sur la tonnelle
dont oscillent pendantes les grappes.
Le soleil qui monte au ciel,
les coteaux entrevus
n’ont point de teintes: dans le doux
instant la nature foudroyée
fixe les poses de ses heureuses
créatures — mère, non marâtre — en des formes légères.
Monde qui dort, ou monde qui se glorifie
d’immuable existence, qui le peut dire?
homme qui passes, toi aussi donne-lui
de ton jardin le rameau le meilleur.
Puis continue: dans cette vallée
ombre et lumière ne s’alternent.
Bien loin d’ici te conduit ton chemin,
point d’asile pour toi, tu es trop mort :
de tes étoiles poursuis le cours.
Adieu donc, infantes toutes bouclées, pour toujours,
portez sur les épaules vos amphores pleines.

***

Dove se ne vanno le ricciute donzelle
che recano le colme anfore su le spalle
ed hanno il fermo passo si leggero;
e in fondo uno sbocco di valle
invano attende le belle
cui adombra una pergola di vigna
e i grappoli ne pendono oscillando.
Il sole che va in alto,
le intraviste pendici
non han tinte : nel blando
minuto la natura fulminata
atteggia le felici
sue creature, madre non matrigna,
in levità di forme.
Mondo the dorme o rondo che si gloria
d’immutata esistenza, chi può dire?,
uomo the passi, e tu dagli
il meglio ramicello del tuo orto.
Poi segui : in questa valle
non è vicenda di buio e di luce.
Lungi di qui la tua via ti conduce,
non c’è asilo per te, sei troppo morto :
seguita il giro delle tue stelle.
E dunque addio, infanti ricciutelle,
portate le colme anfore su le spalle.

(Eugenio Montale)


Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres

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Apporte-moi (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2020



 

Apporte-moi la plante qui nous mène
là où surgissent de blondes transparences
et s’évapore la vie telle une essence ;
apporte-moi le tournesol affolé de lumière

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Victor Wang

 

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Hautbois (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

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Hautbois

Il est des heures rares
où toute apparence alentour vacille s’humilie s’efface
comme les tentures
mûres
fermant la scène, l’acte fini, dans la cohue.

Les sens sont engourdis, la minute en soi se complaît ;
et dans nos yeux vaguement étourdis
sans cause un sourire naît.

***

Oboe
Ci son ore rare
che ogni apparenza dintorno vacilla s’umilia scompare
come le stinte
quinte
d’un boccascena, ad atto finito, tra il parapiglia

I sensi sono intorpidi,
Il minuto si piace di sè ;
E nasce nei nostri occhi un po’ stupiti
Un sorriso senza perché.

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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