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Poésie

Posts Tagged ‘évadé’

SANS CONSISTANCE (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



SANS CONSISTANCE

Femmes de ma tendresse évadées
Femmes qui restez des proies
mais n’êtes plus pour mon désir
qu’inaccessibles damnations
Je me vieillis de vous

Femmes dont les formes parlent
un langage qui me veut sourd
Femmes dont le dédain fait ma faillite
Femmes accumulées dans mes silences
et dont la flamme brûle en moi
je me vieillis de vous

Graines qui ne naîtrez plus de mes mains
et dont les moissons m’échappent
Aurores dont l’indifférence m’ouvre la nuit
et qui mourrez impénétrées
ou mal serties
Aurores qui ne vivrez plus de ma lumière
je me vieillis de vous

Femmes avares gonflées de dons
Généreuses dont les mains sont prisonnières
d’une vertu ou d’un devoir
Femmes en marche vers d’autres hommes
et que le viol de mon regard
ne trouble plus
je me vieillis de vous

Femmes emportées sur des cycles
qui prenez le vent pour amant
Femmes dont les cheveux sont des sillages
me voici pour vous devenu
le fantôme d’un homme
je me vieillis de vous.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

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ODE DE MES PEINES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



ODE DE MES PEINES

Peut-être que quelqu’un, que quelques-uns
veulent savoir
quelque chose de moi.

Je m’interdis
de parler de mes peines.
Encore jeune, presque vieux
et suivant mon chemin
je ne puis
sans
épines
couronner
mon coeur
qui a tant
travaillé,
mes yeux
qui ont exploré la tristesse
et sont revenus sans pleurs
des embarcations
et des îles.

Je vais vous raconter comment
quand je suis né
les hommes, mes amis,
aimaient
la solitude, l’air
le plus lointain,
et la vague aux sirènes.

Je suis revenu
des
archipels,
je suis revenu des jasmins,
du désert,
pour être,
être,
être,
avec d’autres êtres,
et quand j’ai été,
non pas ombre ni évadé,
un humain, j’ai reçu les chargements
du coeur humain,
les perfides cailloux
de l’envie,
l’ingratitude servile de chaque jour.

Reviens, Monsieur, susurrent
de plus en plus lointaines les sirènes :
elles fouettent l’écume
et coupent de leur queue
argentée
la transparente
mer
des souvenirs.

Nacre et lumière mouillées
comme des fruits jumeaux
à la clarté de la lune enivrante.

Ah! et je ferme les yeux.

Le murmure du ciel dit adieu.
Je vais à ma porte recevoir des épines.

(Pablo Neruda)


Illustration

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L’aimée (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
L’aimée

L’aimée est riveraine
Son teint doux au toucher
Sa voix est incertaine à ceux qui ont osé
Les intimes nuances de ses bras d’évadée

Elle respire avec l’immense désespoir
D’un vaisseau chaviré
Dans la boue de l’intense

Son amande est d’abord un silence inutile
Comme une harpe sèche dont on brise les mains
Son visage un instant est l’immense harmonie
D’un silence guidé par le sable des routes

Regarde sa patrie de troupeaux mutilés
Regarde avec souci son image défunte

Car elle est le très grand pays où le temps vit.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Partage (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Francine Van Hove 

    
Partage

Tu trembles avec le seul vent pour partage
Tu es conviée parmi les herbes mortes
Qui es-tu, or et émeraude
Se mêlent à l’herbage

Qui es-tu qui descends si bas dans la mousse grise
Car les barques ne t’ont pas appelée, demeure
Empourprée jusqu’aux lèvres indécises et violentes

L’eau le vin sont là pour ta patience
Sur la table rendue déserte par une lampe
Attarde-toi encore un peu à cette table
Car tu trembles à l’amont des demeures fragiles

Et le vin t’a nommée l’évadée de l’immense.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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La maison (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

La maison

Trois fois le vent, plus libre et plus furieux qu’un ange,
A soufflé dans son cor auprès de la maison.
Qu’un ange? C’est un ange évadé de prison
Qui descend l’escalier mais que l’ombre dérange,

L’ombre qui le repousse et dont la toile étrange
Accroche des soleils aux fils de l’horizon
Et plus de vers luisants qu’il n’en est au gazon
Ou dans l’obscurité protectrice des granges.

Il descend et son pas tinte dans l’escalier
Comme un pot de cristal sur le sol du cellier.
Il descend, il atteint déjà le vestibule.

Le porche s’ouvre en grand sur l’entonnoir des nuits.
J’écoute et l’imagine. Il marche, il sort, il fuit,
Il vole dans un ciel crevé de péninsules.

(Robert Desnos)

Illustration: Bernadette Mercier

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Empêtré dans le gris (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



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Empêtré dans le gris

Un matin tôt le soleil brillait,
J’étais couché au lit
A me demander si elle avait changé
Si ses cheveux étaient encore roux.
Ses vieux ils disaient que notre vie ensemble
Pour sûr serait dure
Ils n’avaient jamais aimé les robes maison de Maman
Le compte en banque de Papa n’était pas assez gros.
Et j’étais debout sur le bord de la route
La pluie me mouillait les chaussures
En partance pour la côte Est
Dieu sait que j’en ai bavé pour survivre,
Empêtré dans le gris.

Elle était mariée à notre première rencontre
En voie de divorcer
Je l’ai tirée d’embarras, je crois,
Mais j’y ai été un peu trop fort.
Nous avons conduit cette voiture aussi loin que nous pouvions
L’avons abandonnée dans l’Ouest
Avons rompu par une triste et sombre nuit
D’accord tous les deux qu’il valait mieux.
Elle s’est retournée pour me regarder
Comme je m’éloignais
Par-dessus l’épaule je l’ai entendu dire,
« Nous nous reverrons un jour sur la route »,
Empêtrés dans le gris.

J’ai eu un job dans les forêts du Grand Nord
Comme cuisinier quelque temps
Mais je n’ai jamais vraiment aimé ça
Et un jour le couperet est tombé.
Alors j’ai dérivé jusqu’à la Nouvelle-Orléans
Où par hasard j’ai été employé
A travailler un moment sur un bateau de pêche
Juste à la sortie de Delacroix.
Mais tout ce temps-là j’étais seul
Le passé était tout proche,
J’ai eu des femmes par dizaines
Mais elle ne s’est jamais évadée de ma tête, et je me suis encore plus
Empêtré dans le gris.

Elle travaillait dans un bar topless
J’y suis entré boire une bière,
Je n’arrêtai pas de regarder son profil
Dans la clarté des spots.
Plus tard comme la foule se dispersait
J’étais sur le point d’en faire autant,
Elle se tenait là derrière ma chaise
Et dit « J’connaîtrai pas ton nom? »
J’ai marmonné quelque chose dans ma barbe,
Elle étudiait les traits de mon visage.
Je dois avouer que je me sentais un peu mal à l’aise
Comme elle se courbait pour nouer mes lacets de soulier,
Empêtré dans le gris.

Elle a allumé un brûleur au fourneau et m’a offert une pipe
« J’croyais qu’tu dirais jamais bonjour » dit-elle
« T’as l’air d’un silencieux ».
Puis elle ouvrit un livre de poèmes
Et me le tendit
C’était écrit par un poète italien
Du treizième siècle.
Et chacun de ces mots sonnait juste
Et luisait comme des charbons ardents
Ils se déversaient de chaque page
Comme si c’était gravé dans mon âme rien que pour toi,
Empêtrée dans le gris.

Je vivais avec eux sur la rue Montague
Au sous-sol en bas des marches,
Il y avait de la musique dans les cafés le soir
Et la révolution dans l’air.
Puis il commença à faire du trafic d’esclaves
Et quelque chose mourut en lui.
Elle dût vendre tous ses biens
Et se glaça en dedans.
Et quand enfin ils touchèrent le fond
Je me repliai en moi-même,
La seule chose que je savais faire
C’était de continuer comme un oiseau en vol,
Empêtré dans le gris.

Voilà, je repars à nouveau,
Il faut que je la voie d’une façon ou d’une autre.
Tous les gens qu’on connaissait
Ne sont qu’illusion pour moi désormais.
Certains sont mathématiciens
D’autres sont femmes de charpentiers.
Je ne sais pas comment tout ça a commencé
Je ne sais pas ce qu’ils font de leurs vies.
Mais moi, je suis toujours sur la route
En direction d’un autre joint
On se sentait vraiment pareils,
On avait juste des points de vue différents,
Empêtrés dans le gris.

***

Tangled Up In Blue

Early one mornin’ the sun was shinin’,
I was layin’ in bed
Wond’rin’ if she’d changed at all
If her hair was still red.
Her folks they said our lives together
Sure was gonna be rough
They never did like Mama’s homemade dress
Papa’s bankbook wasn’t big enough.
And I was standin’ on the side of the road
Rain fallin’ on my shoes
Heading out for the East Coast
Lord knows I’ve paid some dues gettin’ through,
Tangled up in blue.

She was married when we first met
Soon to be divorced
I helped her out of a jam, I guess,
But I used a little too much force.
We drove that car as far as we could
Abandoned it out West
Split up on a dark sad night
Both agreeing it was best.
She turned around to look at me
As I was walkin’ away
I heard her say over my shoulder,
« We’ll meet again someday on the avenue, »
Tangled up in blue.

I had a job in the great north woods
Working as a cook for a spell
But I never did like it all that much
And one day the ax just fell.
So I drifted down to New Orleans
Where I happened to be employed
Workin’ for a while on a fishin’ boat
Right outside of Delacroix.
But all the while I was alone
The past was close behind,
I seen a lot of women
But she never escaped my mind, and I just grew
Tangled up in blue.

She was workin’ in a topless place
And I stopped in for a beer,
I just kept lookin’ at the side of her face
In the spotlight so clear.
And later on as the crowd thinned out
I’s just about to do the same,
She was standing there in back of my chair
Said to me, « Don’t I know your name? »
I muttered somethin’ underneath my breath,
She studied the lines on my face.
I must admit I felt a little uneasy
When she bent down to tie the laces of my shoe,
Tangled up in blue.

She lit a burner on the stove and offered me a pipe
« I thought you’d never say hello, » she said
« You look like the silent type. »
Then she opened up a book of poems
And handed it to me
Written by an Italian poet
From the thirteenth century.
And every one of them words rang true
And glowed like burnin’ coal
Pourin’ off of every page
Like it was written in my soul from me to you,
Tangled up in blue.

I lived with them on Montague Street
In a basement down the stairs,
There was music in the cafes at night
And revolution in the air.
Then he started into dealing with slaves
And something inside of him died.
She had to sell everything she owned
And froze up inside.
And when finally the bottom fell out
I became withdrawn,
The only thing I knew how to do
Was to keep on keepin’ on like a bird that flew,
Tangled up in blue.

So now I’m goin’ back again,
I got to get to her somehow.
All the people we used to know
They’re an illusion to me now.
Some are mathematicians
Some are carpenter’s wives.
Don’t know how it all got started,
I don’t know what they’re doin’ with their lives.
But me, I’m still on the road
Headin’ for another joint
We always did feel the same,
We just saw it from a different point of view,
Tangled up in blue.

(Bob Dylan)

 

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Rêveries (Pierre Hory)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2016



J’entends tourner sans trêve
Dans le noir de mon rêve
Un espoir insensé
Et par moi caressé
Comme au creux d’un coussin
Le Chat Baudelairien.

En mon âme vibrante
Du rêve qui le hante
Rugissent de concert,
Evadés du désert,
Lions inassouvis,
Mes désirs asservis

Sorcières aux mains brunes,
Les méchantes rancunes
Sont des tigres en jongles
Qui acèrent leurs ongles
A tous les arbres noirs
De mes mauvais vouloirs.

Mais le sommeil efface
De mes haines la trace
Et le tendre matin
Change bure en satin,
La guêpe en papillon,
Le glas en carillon.

Mon âme épanouie
Boit les pleurs de la Vie.
Comme soleil qui luit
Boit les pleurs de la nuit
Dans le coeur de la rose
Où son baiser se pose.

(Pierre Hory)

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Evadée (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2015


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Folle, évadée,
tes seins sont à l’avant.

(Paul Eluard)

Illustration

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