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Posts Tagged ‘évangile’

La flûte de Stravinsky (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019




    
La flûte de Stravinsky

Le cou du cygne se contracte
et le cygne
quitte les marécages du Silence

Une voix d’évangile de haute glace
s’envole à travers la voûte fendue

Le siffleur élyséen
entraîne une tresse de sons
dans l’altitude flûtée

comme la main d’un Hindou lancerait
une corde jusqu’au Nirvana

S’élèvent
aiguës les résonances d’étoiles —

À cette écoute
la bouche et l’oreille
de la musique
ne font qu’une

(Mina Loy)

 

Recueil: Il n’est ni vie ni mort, poésie complète
Traduction: Olivier Apert
Editions: Nous

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Le matin est un jeune dieu (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



Le matin est un jeune dieu. Un arbre se désaltère dans le ciel.
Et le chant obstiné d’un oiseau nous propose le printemps.

Les rues sont plus larges que des cathédrales. Une profusion de
soleil émerge comme un plain-chant de l’ombre agenouillée.

La lumière embrasse mon visage. La chair ressuscitée est pleine
d’allégresse. La vie n’a pas tué l’évangile qui chante en ma mémoire.

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

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ÉVANGILE (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Florian Mermin
    
ÉVANGILE

j’ai creusé le sable pour y chercher une lave
de mes mains saillantes de veines
pour y chercher la nuit
j’ai porté le sable à mes yeux
il brûla les paupières
une lumière aux mains de sable enserra
mes tempes
j’ai creusé le sable où se brisèrent mes ongles
pour y chercher un sang

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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REMINISCENCES (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



 

Brendan Monroe _Allergens_2006_723_42

REMINISCENCES

Toujours elles s’en viennent d’elles-mêmes,
les voici, toutes ces bribes devers moi :
débris plus ou moins ébréchés
de choses qu’on a mal à comprendre.
Elles n’ont pas changé depuis ce long oubli
où elles reposaient :
vieux cimetière de poupées.
Elles commencent à bouger
et à reprendre corps;
sortant de l’ombre et d’une rumeur de ruche,
ces déchirées lentement se refont :
sabots au nimbe angélique,
morceaux d’icônes, gardant comme un reproche,
quelque ébauche de bonne ou mauvaise influence,
une larme fixée dans la peinture,
une main blessée, un regard,
et, très loin, dirait-on, des cloches
ou une page de livre.
Un tesson ressuscite une amphore brisée,
le lierre mort se remet à bruisser
et, reprenant langage, tour à tour,
les voix éteintes, semble-t-il, rient ou murmurent.
Je me vois tantôt participant à la Cène,
tantôt centurion dans des massacres.
J’essaie encore la chemise de ce temps-là,
étroite et déchirée d’une blessure
que j’avais oubliée, silencieuse,
au coeur du temps.
Et si je porte la main à la déchirure
— reste de quel combat ? —
ma main glisse sur une coulure de sang.
C’est là que tout s’amasse
au gré de soi,
bouts d’évangile et copeaux de lune :
je ne puis me mentir.
Le gel me brûle, glaçon d’argent,
et les doigts dans le brouillard,
à la pointe de l’ongle, se changent
en charbons de glace.

(Tudor Arghezi)

Illustration: Brendan Monroe

 

 

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Tu as dit (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



 

Tu as dit : Mon visage est navire, mon corps est une île,
et l’eau, organes désirants.
Tu as dit : Ta poitrine est une vague,
nuit qui déferle sous mes seins.

Le soleil est ma prison ancienne,
Le soleil est ma nouvelle prison,
La mort est fête et chant.

M’as-tu entendu ? Je suis autre que cette nuit, autre
Que son lit souple et lumineux.
Mon corps est ma couverture, tissu
Dont j’ai cousu les fils avec mon sang.
Je me suis égaré et dans mon corps était mon errance…

J’ai donné les vents aux feuilles,
J’ai laissé derrière moi mes cils,
De rage j’ai joué l’énigme avec la divinité
Et j’ai habité l’évangile de l’allaitement
Pour découvrir dans mes vêtements
la pierre itinérante

M’as-tu reconnu ? Mon corps est ma couverture,
La mort est mon chant et palais de mes cahiers,
L’encre m’est tombe et antichambre,
Mappemonde clivée par la désolation
En laquelle le ciel a vieilli,
Luge noire que traînent les pleurs et la souffrance.

Me suivras-tu ? Mon corps est mon ciel,
J’ai ouvert tout grand les couloirs de l’espace
J’ai dessiné derrière moi mes cils,
Routes menant vers une idole antique.

Me suivras-tu ? Mon corps est mon chemin.

(Adonis)

 

 

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Message troublant (Georges Sédir)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016


Message troublant

Sur un mur de métro, sur un bout de journal
déchiré, sur un vieux programme
quelques lignes. Lues de travers, hâtivement.

La phrase est mutilée, ces mots n’ont pas de sens
ou en ont trop. Leur voisinage
surprend. Naît une image étrange.

Parmi les je-sais-tout et les trop sûrs d’eux-mêmes
certains, qui lurent au hasard, ont éprouvé
un bref malaise, un dégoût vague
un choc troublant leur inconscience
– galet lancé dans leur eau tiède.

D’autres qui pensaient n’être rien
respirent mieux, vivent plus haut
et redressent la tête, épurés, délivrés
comme si remontaient de l’abîme un pardon,
un réconfort, un évangile, une promesse.
Pour eux les mots réconciliés sont harmonie
et signe.

Tous avaient sans la reconnaître
touché la poésie. Tous en furent brûlés.

(Georges Sédir)

Illustration: Henri Matisse

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De mes mains maladroites (André Laude)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2016



De mes mains maladroites je bâtis une demeure
un poème d’ailes et d’eaux
pour que tu habites enfin un moment de Palestine
un versant pur d’évangile
je te cache au plus profond de la plus humble fleur
sous l’ortie sèche qui flambe au milieu des cailloux
je n’ai que toi pour faire face à l’inconnu, aux orages des enragés.

(André Laude)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Octavio Ocampo

 

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NOTRE-DAME-DES-ILES (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2015



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NOTRE-DAME-DES-ILES

Bretagne, ma demeure
il faut que survive
le kyrie dans ton âme de sel
idem il faut jeter au ciel
la drisse
des piétés et des miséricordes
idem il faut poursuivre les troménies
dans la croyance des bocages
idem relire les portulans
il le faut

idem faire son évangile
de la pensée du soleil
il le faut.
Et cependant, mère, aber
dans le suaire des grèves
roulent
des monceaux de chiens et d’enfants.

J’ai vu dans tes abysses
errer les cerveaux et les poulpes
Ah quand ressusciteront les ossuaires pourrissants
dans le soleil des baies ?
Ah quand reviendront mes amis morts
ah quand reviendront mes chevreuils massacrés
mes chevaliers mes disparus mes trépassés ?
Ah quand dans les monts d’Arrée
surgiront les cèdres du Liban
les jasmins, les cyprès ?

Ah quand donc reviendront les poulains en fleurs
dans la féerie des colzas
et le bagad de Pâque à Tronoën et à Lanmeur ?

(Xavier Grall)

Illustration

 

 

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