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Posts Tagged ‘évanouissement’

Un pauvre rayon, avec sa mesure froide (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Un pauvre rayon, avec sa mesure froide,
Sème la lumière dans l’humide forêt.
Je porte lentement dans mon coeur la tristesse,
Comme un oiseau gris.

Que faire d’une bête blessée ?
Le ciel s’est tu, il a expiré.
D’un clocher embrumé
On a ôté la cloche.

Et l’air se tient
Muet, orphelin —
Tel une blanche tour vide
Où c’est silence et brume.

Matin, insondable de tendresse —
Mi-songe et mi-réel,
Évanouissement inapaisé —
Le vague carillon de la pensée…

(Ossip Mandelstam)

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L’abîme avait fini par entrer dans sa forme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




L’abîme avait fini par entrer dans sa forme.
La condamnation, lourde, lépreuse, énorme,
S’était, sur cet archange à jamais rejeté,
Lentement déposée en monstruosité.
L’impur typhus sortait de son haleine amère.
Parfois, dans ce puits sombre et rempli de chimère
Que la vision seule aperçoit et connaît,
Quelque ruissellement de lueur dessinait
Son dos ou la membrane immonde de son aile.
La rondeur de sa rouge et luisante prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.
Sa face était le masque effaré du vertige.
A de certains moments, phases du noir prodige,
Un flamboiement, sortant de lui, glissait sur lui ;
L’abîme aveugle était brusquement ébloui ;
Alors, une vision noire à travers l’insondable,
A travers l’inconnu qui n’est pas regardable,
Dans l’étrange épaisseur du gouffre devenu
Glauque autour du colosse inexprimable et nu,
Satan apparaissait dans toute sa souffrance ;
Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié ;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute ;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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Petit poème sans titre (Marc Dugardin)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
petit poème sans titre

… ne pas l’arrêter pour «en saisir le sens»

l’enfourcher comme un cheval fou
comme le mouvement d’une flèche

être
— fulgurant —
la cible
et l’évanouissement de la cible

(Marc Dugardin)

 

Recueil: Quelqu’un a déjà creusé le puits
Traduction:
Editions: Rougerie

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L’asymétrie du ciel (Bernard Chambaz)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration: Alex Grey
        
L’asymétrie du ciel et nos visages qui se font face
Ouï-dire le peu de paroles qui suffisent pour vivre
La paix très simple
À l’abri des menaces
Quand un courant d’air ouvre en grand la fenêtre
La brise annonce une perturbation
Quelques verbes murmurés dans l’évanouissement
D’un soleil devenu rose par la grâce des rideaux
Nos deux corps pleins de vide
À en croire les physiciens
Et l’inespéré

(Bernard Chambaz)

 

Recueil: Entre-Temps
Traduction:
Editions: Flammarion

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Vie individuelle… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT
    
Vie individuelle…

Vie individuelle, être soi, duperie!
Chaîne qui vous enfonce au poignet son maillon!
Du monde conscient mon désir m’expatrie,
J’ai fait craquer ma gaine et tomber mon haillon.

Nature, prends mon coeur, prends-la, ma chair meurtrie,
Dissous dans ton creuset ce somptueux haillon
Et roule avec la boue au flot qui la charrie,
Ce corps qu’exténua un douloureux rayon.

Vois, je fuis ma pensée et je me réfugie
Dans ton sommeil profond et dans ta léthargie,
Et me voici dressé, attendant à ton seuil,

Lassé d’être celui que seul tu fis esclave,
L’évanouissement de ce Moi qui m’entrave
Et portant ma chair d’homme ainsi qu’on porte un deuil.

(Marie Dauguet)

 

 

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Ondine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ton rire est clair, ta caresse est profonde,
Tes froids baisers aiment le mal qu’ils font;
Tes yeux sont bleus comme un lotus sur l’onde,
Et les lys d’eau sont moins purs que ton front.

Ta forme fuit, ta démarche est fluide,
Et tes cheveux sont de légers roseaux;
Ta voix ruisselle ainsi qu’un flot perfide;
Tes souples bras sont pareils aux roseaux,

Aux longs roseaux des fleuves, dont l’étreinte
Enlace, étouffe, étrangle savamment,
Au fond des flots, une agonie éteint
Dans un nocturne évanouissement.

(Renée Vivien)

Illustration

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Retouche à l’évanouissement (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2016



 

Retouche à l’évanouissement

Le silence ricoche
entre les miroirs confrontés

une fleur blanche
se pose
sur le chignon se la nuit

(Daniel Boulanger)

 

 

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Sur l’horizon confus des villes, les fumées (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015


 

Sur l’horizon confus des villes, les fumées
Au-dessus des murs gris et des clochers épars
Ondulent, propageant en de muets départs
Les tristesses du soir en elles résumées.
On dirait des aveux aux lèvres des maisons :
Chuchotement de brume, inscription en fuite,
Confidence du feu des âtres qui s’ébruite
Dans le ciel et raconte en molles oraisons
L’histoire des foyers où la cendre est éteinte.

Vague mélancolie au loin se propageant…
Car, parmi la langueur d’une cloche qui tinte,
On dirait des ruisseaux d’eau pâle voyageant,
Des ruisseaux de silence aux rives non précises
Dont le peu d’eau glisse au hasard, d’un cours mal sûr,
En méandres ridés, en courbes indécises
Et, comme dans la mer, va se perdre en l’azur !

C’est parce qu’on les sait ainsi tout éphémères
Qu’on les suit dans le ciel avec des yeux meilleurs;
Elles que rien n’attache, elles qui vont ailleurs
Et dont les convois blancs emportent nos chimères
Comme dans de la ouate et dans des linges fins.
Évanouissement et dispersion lente
De la fumée au fond du ciel doux, par les fins
D’après-midi, lorsque le vent la violente,
Elle déjà si faible et qui meurt sans effort
— Neige qui fond; encens perdu dans une église;
Poussière du chemin qui se volatilise, —
Comme une âme glissant du sommeil dans la mort!

(Georges Rodenbach)

Illustration: Claude Monet

 

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