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Posts Tagged ‘évasion’

VERS AMOUREUX (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Irene Belknap_003

VERS AMOUREUX

Comme en un préau d’hôpital de fous
Le monde anxieux s’empresse et s’agite
Autour de mes yeux, poursuivant au gîte
Le rêve que j’ai quand je pense à vous.

Mais n’en pouvant plus, pourtant, je m’isole
En mes souvenirs. Je ferme les yeux ;
Je vous vois passer dans les lointains bleus,
Et j’entends le son de votre parole.

*

Pour moi, je m’ennuie en ces temps railleurs.
Je sais que la terre aussi vous obsède.
Voulez-vous tenter (étant deux on s’aide)
Une évasion vers des cieux meilleurs ?

(Charles Cros)

Illustration: Irene Belknap

 

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Viendra le temps (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
Viendra le temps où les nations sur la marelle de l’univers
seront aussi étroitement dépendantes les unes des autres
que les organes d’un même corps, solidaires en son économie.

Le cerveau, plein à craquer de machines, pourra-t-il encore
garantir l’existence du mince ruisselet de rêve et d’évasion ?

L’homme, d’un pas de somnambule, marche vers les mines
meurtrières, conduit par le chant des inventeurs…

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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Qu’une lecture s’ouvre (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Illustration
    
Qu’une lecture s’ouvre,
et le lecteur disparaît.
Evasion, expérience, invasion: personne.
Seulement l’écoute.

(Serge Sautreau)

 

Recueil: Abalochas
Editions: Pierre Bordas et fils

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Gestes (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Aaron Siskind

    

Gestes
gestes de la vie ignorée
de la vie
de la vie impulsive
et heureuse à se dilapider
de la vie saccadée, spasmodique, érectile
de la vie à la diable, de la vie n’importe comment

Gestes du défi et de la riposte
et de l’évasion hors des goulots d’étranglement

Gestes de dépassement
du dépassement
surtout du dépassement
(pré-gestes en soi, beaucoup plus grands que le geste,
visible et pratique qui va suivre)

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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L’odeur épanouie de ta faim (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



LUI :
L’odeur épanouie de ta faim
éveille une envie de carnage
Mon regard s’enflamme en tes yeux
Je deviens un volcan qui bascule !
Que soient balayés la Morale
et les reproches des horloges!
Que soient culbutés en oubli
ceux qui se gardent spectateurs et juges
Je veux brûler dans ta blessure
mon ciel et mon enfer
Que mon désir dardé creuse sa tombe en toi.

ELLE :
Ma main paralysée sur ta vie triomphante
je renais à la joie
Mon tumulte s’enivre à ton odeur de fauve
Le soleil pénètre en moi
m’illumine !
Les trépidations me ravagent
Mes mains s’agrippent à des crinières
Je crie d’amour dans la douleur.
Locomotive emballée
tu brûles les gares
m’oubliant en fumée vivante
derrière toi
Je hurle de faim sauvage
Ton évasion m’affole et m’exaspère
J’ai des visions de comètes et d’usines
Je me disloque et me fragmente
Un vertige agressif m’entraîne
et me béatifie

LUI :
Hors de toi
rien que de la nuit
rien que du vent perdu
du bruit qui s’illusionne
Je nie que j’aie pu vivre hors de tes bras
tel un haut vent dédaigneux des formes
de la terre
Mais
déjà
Voici surgir le cri qui te délivre !
et m’abandonne…
Nous fûmes toujours en plénitude
la flamme et l’eau se mariant en incendie
Sous la neige de ton absence
mon désir est un tison brûlant
Ma fièvre chante et t’appelle
Toi seule me pacifie.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

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Nostalgie, exaltation (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Ghislaine Ameglio-Serre  Cana [800x600]

Les murs ne tombent pas
[31]

Nostalgie, exaltation,
pur noyau de cogitation brûlante,

notes dans une marge,
palimpseste indéchiffrable griffonné

de trop d’émotions contradictoires,
quête d’une définition finie

de l’infini, titubant vers
une vague expression cosmique,

sentiment évident,
dossier contenant un compte bancaire spirituel,

crédit-pertes indiqué bien trop crûment,
une débauche d’imagination non élaguée,

gribouillages d’équations psychiques numériques,
runes, superstitions, évasions,

invasion de la sur-âme dans une coupe
trop fragile, une jarre trop circonscrite,

un peu trop poreuse pour contenir l’écoulement
de l’eau-qui-va-être-changée-en-vin

aux noces ; quête stérile,
arrogance, suffisance, pitoyable réticence,

vantardise, intrusion d’allusions
inappropriées et affectées,

illusion des dieux-perdus, des démons ;
joueur d’éternité,

initié de la sagesse secrète,
épouse du royaume,

illusion, réversion des vieilles valeurs,
unité perdue, folie.

***

Wistfulness, exaltation,
a pure core of burning cerebration,

jottings on a margin,
indecipherable palimpsest scribbled over

with too many contradictory emotions,
search for finite definition

of the infinite, stumbling toward
vague cosmic expression,

obvious sentiment,
folder round a spiritual bank-account,

with credit-loss too starkly indicated,
a riot of unpruned imagination,

jottings of psychic numerical equations,
runes, superstitions, evasions,

invasion of the over-soul into a cup
too brittle, a jar too circumscribed,

a little too porous to contain the out-flowing
of water-about-to-be-changed-to-wine

at the wedding; barren search,
arrogance, over-confidence, pitiful reticence,

boasting, intrusion of strained
inappropriate allusion,

illusion of lost-gods, daemons;
gambler with eternity,

initiate of the secret wisdom,
bride of the kingdom,

reversion of old values,
oneness lost, madness.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Ghislaine Ameglio-Serre

 

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Tronqué d’étoiles en épaves (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



chateau-hante

Tronqué d’étoiles en épaves spectralement irradiées mortes
dans les tremblements d’une peur insoutenable calcinée
le vide absence d’intervalles et de repères assurés
s’ouvre mâchoire clapet claquant orifice
où s’engouffrer à travers herses folles hallucinantes tours
venelles crénelées sur l’alignement des remparts
les villes désertées chancellent des tocsins
passent les processions à la cadence des ruptures
lapidaires effondrements décadences immatérielles
il reste l’écheveau des pistes confondues
le vague croisillon des évasions ratées
le cri incarcéré dans la gorge nouée
l’insulte refluant hors des égouts du temps
montent surmontent rampent à l’inouï silence tu
aux soleils engloutis dans les mémoires forestières
dès longtemps foudroyées

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Faible têtard (Alain Serres)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2016




Faible têtard
sens-tu
l’évasion
pousser en toi?

(Alain Serres)

Illustration

 

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CHANSON DE L’IMPOSSIBLE EVASION (Serafina Munoz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



CHANSON DE L’IMPOSSIBLE EVASION

La nuit pleut (visite de lunes noires)
sur mon coeur.
La longue nuit amère des fleuves
secs, des mains coupées,
des yeux aveugles…
La nuit qui me prend le sang
et la parole et l’air
que je respire et jusqu’au nom !

Ni étoiles,
ni aubes prochaines.
Un vent noir agite des cadavres
de rossignols étranglés.
Un gémissement de colombe sans maître
brûle les épaules de l’air !
Et de 1a source du rêve coulent des papillons obscurs.
(toutes les fenêtres qui ont égaré leur ciel
se promènent dans mes veines
drapeaux désespérés).
Jusques à quand parcourrai-je les chemins
du délire inconnu, des lis.
des oiseaux et des aurores certaines,
poursuivie par les ombres et les naufrages ?
Jusques à quand, oh aiguille de martyres,
me traverseras-tu les yeux ?

Je veux crier pour que m’entende l’univers,
et le cri se brise
en couteaux de feu dans ma propre gorge;
je veux ouvrir à la terre,
au ciel, à la mer, à l’homme
mes vannes de pleurs
— et mon pleur, tenacement, me pénètre davantage
et davantage croit en moi et davantage m’inonde —
(Un vent noir agite des cadavres de rossignols étranglés).
Le temps sens sphères bat son battement exact.

Un coup de fouet d’ombre
met en fuite mes dernières étoiles ;
sur mon front croise vertigineusement
la fumée de tous les incendies de la vie.
Et moi (la statue inutile),
attachée à ma propre douleur,
sans défense de bras
ni de vagues, ni d’yeux de mère,
comme une goutte lente,
je tombe dans la mort.

(Serafina Munoz)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Jamais D’Autre Que Toi (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



lierre fanéb [800x600]

Jamais D’Autre Que Toi

Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit
Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit
Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube
quand fatigué d’errer moi sorti des forêts ténébreuses
et des buissons d’orties je marcherai vers l’écume
Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité
Ce navire à l’ancre tu peux couper sa corde
Jamais d’autre que toi

L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois vert tendre
l’ennui des petites filles en présence d’une cage où s’agite un serin,
tandis que dans la rue solitaire
le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d’autres lignes
Jamais jamais d’autre que toi

Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue
seul comme le verre
Et toi jamais d’autre que toi.

(Robert Desnos)

Illustration

 

 

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