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Poésie

Posts Tagged ‘éventail’

Le malheur à ma mesure (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




Le malheur à ma mesure

J’ai mesuré le malheur avec une pelle
puis avec une petite cuiller
je me suis servi d’une louche
d’une écumoire (c’était malin)

j’ai chassé le malheur avec une pelle
avec un balai puis avec un torchon
j’ai essayé l’aspirateur
et même un simple éventail

je me suis imaginé des tas de choses
j’ai vécu comme j’ai pu
et me revoilà – à mon âge –
mesurant le malheur à ma propre mesure

(Raymond Queneau)

Illustration: Valentina Solovyov

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Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves.
Nulle frontière autour et le domaine est tel
qu’en face l’infini n’est qu’un simple archipel
dont la fine échancrure enfle d’un flot de sève.

Quelle semence d’or sur l’espace et le temps !
Déjà le grand pavot mystique nous embaume.
L’Eternité fleurit dans le coeur du royaume
et c’est toi le lotus lumineux de l’Etang.

Mais ton haut « ravenale » arborant sa verdure
déploie en éventail nos millions de désirs :
l’hivernage, trop long, a durci la nervure.

Quand donc retentiront, pour nos divins plaisirs,
et l’appel du printemps et le chant de la rose
et les cris d’abandon de ta nudité rose…

(Jacques Rabemananjara)

 

 

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SUR UN EVENTAIL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



 

Alena Lazareva

SUR UN EVENTAIL

J’écris ici ces vers pour que, le soir, songeant
À tous les rêves bleus que font les demoiselles,
Vous laissiez sur vos yeux, placides lacs d’argent,
Tournoyer ma pensée et s’y mouiller les ailes.

Peut-être, près de vous assis, se rengorgeant,
Quelque beau cavalier vous dit des choses telles,
Qu’à votre indifférence une fois dérogeant
Vous laisseriez faiblir vos froideurs immortelles.

Mais sur votre éventail, voici que par hasard
Incertain et distrait tombe votre regard ;
Et vous lisez mes vers dont pâlit l’écriture,

Oh ! ne l’écoutez pas celui qui veut ployer
Votre divinité froide aux soins du foyer
Et faire de Diane une bourgeoise obscure !

(Charles Cros)

Illustration: Alena Lazareva

 

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Le Verbe Être (André Breton)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Le Verbe Être

Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.
Le désespoir n’a pas d’ailes,
il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse,
le soir, au bord de la mer.

C’est le désespoir et ce n’est pas le retour d’une quantité de petits faits
comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre.
Ce n’est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire.

C’est un bateau criblé de neige, si vous voulez, comme les oiseaux qui tombent
et leur sang n’a pas la moindre épaisseur.
Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.

Une forme très petite, délimitée par un bijou de cheveux.
C’est le désespoir.
Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir
et dont l’existence ne tient pas même à un fil, voilà le désespoir.
Le reste, nous n’en parlons pas.

Nous n’avons pas fini de désespérer, si nous commençons.
Moi je désespère de l’abat-jour vers quatre heures,
je désespère de l’éventail vers minuit,
je désespère de la cigarette des condamnés.
Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.

Le désespoir n’a pas de coeur,
la main reste toujours au désespoir hors d’haleine,
au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s’il est mort.
Je vis de ce désespoir qui m’enchante.

J’aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l’heure où les étoiles chantonnent.
Je connais dans ses grandes lignes le désespoir
aux longs étonnements grêles,
le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère.

Je me lève chaque jour comme tout le monde
et je détends les bras sur un papier à fleurs,
je ne me souviens de rien,
et c’est toujours avec désespoir
que je découvre les beaux arbres déracinés de la nuit.

L’air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour.
Il fait un temps de temps.
Je connais le désespoir dans ses grandes lignes.

C’est comme le vent du rideau qui me tend la perche.
A-t-on idée d’un désespoir pareil!
Au feu! Ah! ils vont encore venir…

Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal.
Tas de sable, espèce de tas de sable!
Dans ses grandes lignes le désespoir n’a pas d’importance.

C’est une corvée d’arbres qui va encore faire une forêt,
c’est une corvée d’étoiles qui va encore faire un jour de moins,
c’est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie.

(André Breton)


Illustration: Patrice Murciano

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POÈMES DE PETERSBOURG (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



POÈMES DE PETERSBOURG

1
Saint-Isaac à nouveau se couvre
D’une parure d’argent fondu.
Le cheval de Pierre le Grand
Se fige, impatient; il menace.

Un vent farouche, qui étouffe,
Emporte les fumées des cheminées…
Ah! le souverain est mécontent
De sa capitale nouvelle.

2
Mon coeur bat d’un rythme égal,
Que me font de longues années!
Nos ombres sont pour toujours
Rue des Galères, sous l’arc.

Sous mes paupières mi-closes
Je le vois, tu es avec moi,
Et ta main tient à jamais
Mon éventail encore fermé.

Parce que nous avons vécu
Ensemble un instant de miracle,
Lorsque sur le Jardin d’été
La lune a ressuscité, rose,
Je n’ai plus besoin d’attentes

Près de cette fenêtre lassante
Ni de rendez-vous ennuyeux.
Ah! L’amour est accompli.
Tu es libre, je suis libre,

Demain est meilleur qu’hier, —
Sur l’eau sombre de la Néva,
Devant le sourire glacé
De l’empereur Pierre le Grand.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Margarita Sikorskaia 
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VIII)

Il me suffit de quelques gestes pour retrouver,
enfouie sous ta peau, la plante nue que tu es
et, vacillant de tout le soleil conquis par les ruisseaux,
tu entres dans la nuit avec le jour devant toi.

Je n’ai qu’à toucher la pointe de tes seins
pour que soient soudain rompues les mille écluses
qui retiennent entre nous un poids d’eau égal à celui de la mer,
pour que toutes les lumières s’allument en nous.

Et quand dans la clarté du drap,
tu n’es plus qu’un éventail de chair,
j’ai hâte de le faire se refermer sur mon corps
par une caresse que je jette en toi comme une pierre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le coeur perd lentement mémoire du soleil (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Le coeur perd lentement mémoire du soleil.
L’herbe jaunit.
Le vent fait voler une neige tôt venue.
Juste un peu.

Dans les canaux étroits déjà l’eau se fige,
Ne coule plus.
Il ne se passe jamais rien ici,
Oh! jamais.

Le saule a déployé sur le ciel vide
Sa dentelle en éventail.
Peut-être il valait mieux que je ne sois jamais
Votre femme.

Le coeur perd lentement mémoire du soleil.
Qu’y a-t-il? Le noir?
Peut-être! Une nuit va suffire pour que vienne
L’hiver.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Pour penser, deviens un arbre (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017



Pour penser, deviens un arbre.
Bifurque à gauche, à droite, en éventail,
ne cesse jamais de dédoubler tes branchages dans l’espace grand.

Ramifie, multiplie tes ramilles, envahis le volume,
par la cime et dans le large, capte la lumière.
La généalogie n’invente que si elle bifurque — ainsi parle-t-on d’un arbre généalogique.

Perpétue donc l’arborescence dans le bas comme au haut,
longe lentement le cheminement noir de tes racines souterraines qui savent proliférer au loin,
lance hardiment le jaillissement vertical du tronc, étale vers le ciel, de ton houppier, les musculeuses branches planes,
détaille un feuillage si large qu’il pourrait recouvrir la place du village,

émets la chimie exquise de parfums subtils, piège des abeilles, et de poisons tueurs de chenilles parasites,
chante avec le vent dont les turbulences font vibrer ta ramure dont l’immobilité,
alors, se tord, hante les nids accueillants des pics et des mésanges d’où émanent dix chansons.

Monte des mottes vers les notes.

(Michel Serres)

Illustration

 

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A son amie toute tremblante de l’abord d’une abeille (Balthazar de Bonnecorse)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
A son amie toute tremblante de l’abord d’une abeille

As-tu peur qu’en suçant elle outrage les roses,
En boutons incarnats sur tes lèvres écloses ?

Non, non, le doux baiser qu’elle prend sur leur sein
N’est pas comme le tien un baiser assassin,
Qui porte d’un accord amiable et farouche
L’aiguillon dans le cœur et le miel sur la bouche :

C’est un sucre sans fiel, un dommage innocent,
Moins nuisible qu’utile au lys qu’il va suçant.

Ces petits Amours appâtés,
On les a vus voler autour de ces beautés ;
Ils n’osaient toutefois s’arrêter sur leurs bouches ;

Dès le moment qu’ils y passaient,
Avec leur éventail elles les repoussaient,
Et chassaient les Amours comme on chasse les mouches.

(Balthazar de Bonnecorse)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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