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Posts Tagged ‘éventail’

Que d’yeux (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Juliette Brigand-Damville 20

Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,
Depuis que l’Etre espère, ont réclamé leurs droits !
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste ?
Oh ! qu’il fait seul ! oh ! fait-il froid !
Oh ! que d’après-midi d’automne à vivre encore !
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre !
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone

(Jules Laforgue)

Illustration: Juliette Brigand-Damville

 

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Complainte d’un certain dimanche (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



Complainte d’un certain dimanche

L’homme n’est pas méchant, ni la femme éphémère.
Ah! fous dont au casino battent les talons,
Tout homme pleure un jour et toute femme est mère,
Nous sommes tous filials, allons!
Mais quoi! les Destins ont des partis-pris si tristes,
Qui font que, les uns loin des autres, l’on s’exile,
Qu’on se traite à tort et à travers d’égoïstes,
Et qu’on s’use à trouver quelque unique Évangile.
Ah! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.

Dans ce village en falaises, loin, vers les cloches,
Je redescends dévisagé par les enfants
Qui s’en vont faire bénir de tièdes brioches;
Et rentré, mon sacré-coeur se fend!
Les moineaux des vieux toits pépient à ma fenêtre,
Ils me regardent dîner, sans faim, à la carte;
Des âmes d’amis morts les habitent peut-être ?
Je leur jette du pain : comme blessés, ils partent!
Ah! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.

Elle est partie hier. Suis-je pas triste d’elle?
Mais c’est vrai ! Voilà donc le fond de mon chagrin!
Oh! ma vie est aux plis de ta jupe fidèle!
Son mouchoir me flottait sur le Rhin….
Seul. — Le Couchant retient un moment son Quadrige
En rayons où le ballet des moucherons danse,
Puis, vers les toits fumants de la soupe, il s’afflige…
Et c’est le Soir, l’insaisissable confidence…
Ah! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Faudra-t-il vivre monotone?

Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,
Depuis que l’Être espère, ont réclamé leurs droits!
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste?
Oh! qu’il fait seul! oh! fait-il froid!
Oh! que d’après-midi d’automne à vivre encore!
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre!
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone.

(Jules Laforgue)


Illustration

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ODE À TES MAINS (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Eliane Marque
    
ODE À TES MAINS

Sur un marché
ou dans une mer de mains,
moi je reconnaîtrais
les tiennes
comme deux oiseaux blancs,
distincts
entre tous les oiseaux :
elles volent parmi les mains,
migratrices,
elles naviguent dans l’air,
transparentes,
mais
reviennent
à ton flanc,
à mon flanc,
se replient, endormies, sur ma poitrine.
Diaphanes elles sont fines
et nues,
lumineuses comme
une vitrine de cristaux,
et vont
comme
des éventails dans l’air,
comme des plumes du ciel.

Au pain, aussi, à l’eau elles ressemblent,
au blé, aux pays de la lune,
au profil de l’amande, au poisson sauvage
qui palpite d’argent
sur le chemin
des sources.
Tes mains vont et viennent
au travail,
loin, elles résonnent
en touchant des fourchettes,
font le feu et soudain clapotent
dans l’eau
noire de la cuisine,
picorent la machine éclaircissant
les broussailles de ma calligraphie,
clouent aux murs,
lavent du linge
et reviennent à leur blancheur.

Il y a bien une raison
pour qu’il fût décidé sur la terre
que dormirait et volerait
sur mon coeur
ce miracle.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard

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Autre vague (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



Autre vague

Cette vague mourut
Comme toutes les vagues.
Nulle odeur de lilas
Ne courut sur la mer,
Nul adieu ne lui vint
D’une île ou d’un nuage.
Elle mourut gaiement
Et d’un coup d’éventail
Et d’un saut plein d’oiselles.
Mais je verrai toujours
Ses bras, ses jeunes bras,
Ses bras désespérés
Qui hurlaient vers le ciel.

(Norge)

Illustration

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VIEUX ÉVENTAILS (Max Waller)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VIEUX ÉVENTAILS

J’aime les éventails fanés
Dont le lointain passé chagrine :
Dans le tombeau de leur vitrine
Ils dorment, les abandonnés !

D’où viennent-ils ? Quelles mains blanches
Les ont balancés, autrefois,
Dans les tête-à-tête du bois
Où le soleil dorait les branches ?

Quels sont les doigts très effilés
Qui les ouvraient, dites, grand’mères ?
De quelles amours éphémères
Ont-ils vu les chers défilés ?

Combien de tendres confidences
Ont-ils entendu, — doux secrets !
Les vieux éventails sont discrets
Au souvenir des contredanses,

Où doucement, très doucement,
Avec quelque nuance exquise
Le marquis disait en… mimant :
« Ne veux-tu pas être marquise ? »

(Max Waller)

Illustration

 

 

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LIBELLULE (Adolphe Boschot)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



LIBELLULE

Dans un rayon, l’aérienne libellule
S’agite sans bouger sur le ruisseau dormant.
Penche-toi : tu verras que de bleus diamants
Brûlent dans l’éventail de ses ailes de tulle

(Adolphe Boschot)

 

 

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J’écrirai sur ton éventail (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

J’écrirai sur ton éventail
je t’aime pour t’oublier,
pour t’aimer je t’oublie.

(Antonio Machado)

 

 

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ÉVENTAILS EXOTIQUES (Max Waller)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



éventail e [800x600] 

ÉVENTAILS EXOTIQUES

Gais éventails enjoliés
Par de fines mains aux doigts roses,
Que l’on fixe entre un tas de choses
Aux tentures des ateliers ;

Où l’on voit des lunes laiteuses
Sur les montagnes lazuli,
Avec un horizon pâli,
Tout constellé de nébuleuses ;

Éventails chimériques qui
Donnent la vague nostalgie
D’entendre une voix de vigie
Vous signaler Nangasaki !

Éventails en papier qu’on donne
Pour quelques sous, soyez bénis,
Vous la gaîté de tous les nids
Où le jeune amour s’emprisonne ;

Qui jetez aux murs des gaîtés
D’orient qui s’emparadise,
Votre art primitif réalise
Les plus caressantes clartés ;

Et vous êtes, dans notre vie,
L’image, à nos sens avivés,
De la tendresse inassouvie
Et des chers paradis rêvés.

(Max Waller)

 

 

 

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Eventail (Issa)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018



dans la cinquantaine prendre une jeune épouse
un éventail
pour me cacher le visage

(Issa)

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Japoneries (Paul Morin)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



 

Abraxsis Der Jen 21 [1280x768]

Japoneries

J’ai peint ces vers sur la soierie
D’un frêle éventail japonais,
Où courait une broderie
De fils d’or, de nacre et de jais:

Nid de polychromes mousmées
Dont les silhouettes s’en vont,
Grêles, mignardes et grimées,
Se perdre au clair de lune blond;

Fantasque pays d’hippogriffes
Dont les temples d’ocre vêtus
Et flanqués de monstres à griffes
Jaillissent, bulbeux ou pointus,

Et se reflètent dans la moire
Azuréenne d’un bassin
D’onyx rose ou de pâle ivoire,
De granit rouge ou de succin;

Rafales nippones, fleuries
De la neige des fleurs de thé
Que moissonne aux branches meurtries
Le vent nocturne de l’été;

Pagodes bizarres, dieux blêmes,
Geishas en robe de crépon,
Jardins gemmés de chrysanthèmes
D’iris, de jonquilles… Japon!

Pays où la brise sans trêve
Berce les lotus et les lis,
Pays secret d’extrême rêve
Peuplé de flamants et d’ibis;

Petit empire aux vertes rives,
Sensuel, bigarré, charmant,
Tu me déplais et me captives,
Tout chez toi me semble alarmant,

Et le vif carmin de ta lèvre,
Et tes masques et tes chansons…
Petit empire des frissons,
Des frissons d’angoisse et de fièvre
Dont meurent, au matin pâli,
Tes mille et une Butterfly…

(Paul Morin)

Illustration: Abraxsis Der Jen

 

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