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Poésie

Posts Tagged ‘évident’

L’arbre volant (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



L’arbre volant

Que les bois aient des arbres,
Quoi de plus naturel ?
Que les arbres aient des feuilles,
Quoi de plus évident ?
Mais que les feuilles aient des ailes,
Voilà qui, pour le moins, est surprenant.
Volez, volez, beaux arbres verts.
Le ciel vous est ouvert.
Mais prenez garde à l’automne, fatale
Saison, quand vos milliers et milliers
D’ailes
redevenues feuilles,
tomberont.

(Edmond Jabès)

Illustration

 

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Assis au rêve de penser (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2018




    
Assis au rêve de penser
Mon coeur regarde l’eau couler…
Je me vois dan l’eau bleue qui coule
Tel que je n’ai jamais été…

Clair évident et frais
Et quelque chose comme vrai
Et tel dans l’eau bleue qui coule
Qu’en moi je ne serai jamais.

(Fernando Pessoa)

 

Recueil: Poèmes français
Traduction:
Editions: de la Différence

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Arguments (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Arguments

Avec la Raison
Qui avive les arêtes
Défriche les rêves
Ajuste le regard
Brocarde les hiatus du coeur
Machine l’avenir

Le sens est-il plus évident?

Avec la Passion
Les buées du songe
Les édifices du rêve
La surprise des sens
Les tumultes de l’âme
L’avenir sans desseins

Le sens est-il plus évident?

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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Je dis simplement la merveille (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018


apis

Mes poèmes sont évidents
Je dis toujours la même chose
La vie l’amour la mort le temps

Je dis simplement la merveille
la modestie du ciel vivant le petit pesant d’or d’une abeille
l’éclat du sel qui est tout blanc
toi différente mais pareille

Je dis simplement la merveille
de tous les jours te retrouver.

(Claude Roy)

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La Venoge (Jean Villard-Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
On a un bien joli canton :
des veaux, des vaches, des moutons,
du chamois, du brochet, du cygne ;
des lacs, des vergers, des forêts,
même un glacier, aux Diablerets ;
du tabac, du blé, de la vigne,
mais jaloux, un bon Genevois
m’a dit, d’un petit air narquois :
– Permettez qu’on vous interroge :
Où sont vos fleuves, franchement ?
Il oubliait tout simplement
la Venoge !

Un fleuve ? En tout cas, c’est de l’eau
qui coule à un joli niveau.
Bien sûr, c’est pas le fleuve Jaune
mais c’est à nous, c’est tout vaudois,
tandis que ces bons Genevois
n’ont qu’un tout petit bout du Rhône.
C’est comme : «Il est à nous le Rhin !»
ce chant d’un peuple souverain,
c’est tout faux ! car le Rhin déloge,
il file en France, aux Pays-Bas,
tandis qu’elle, elle reste là,
la Venoge !

Faut un rude effort entre nous
pour la suivre de bout en bout ;
tout de suite on se décourage,
car, au lieu de prendre au plus court,
elle fait de puissants détours,
loin des pintes, loin des villages.
Elle se plaît à traînasser,
à se gonfler, à s’élancer
– capricieuse comme une horloge –
elle offre même à ses badauds
des visions de Colorado !
la Venoge !

En plus modeste évidemment.
Elle offre aussi des coins charmants,
des replats, pour le pique-nique.
Et puis, la voilà tout à coup
qui se met à fair’ des remous
comme une folle entre deux criques,
rapport aux truites qu’un pêcheur
guette, attentif, dans la chaleur,
d’un œil noir comme un œil de doge.
Elle court avec des frissons.
Ça la chatouille, ces poissons,
la Venoge !

Elle est née au pied du Jura,
mais, en passant par La Sarraz,
elle a su, battant la campagne,
qu’un rien de plus, cré nom de sort !
elle était sur le versant nord !
grand départ pour les Allemagnes !
Elle a compris ! Elle a eu peur !
Quand elle a vu l’Orbe, sa sœur
– elle était aux premières loges –
filer tout droit sur Yverdon
vers Olten, elle a dit : «Pardon !»
la Venoge !

«Le Nord, c’est un peu froid pour moi.
J’aime mieux mon soleil vaudois
et puis, entre nous : je fréquente !»
La voilà qui prend son élan
en se tortillant joliment,
il n’y a qu’à suivre la pente,
mais la route est longue, elle a chaud.
Quand elle arrive, elle est en eau
– face aux pays des Allobroges –
pour se fondre amoureusement
entre les bras du bleu Léman,
la Venoge !

Pour conclure, il est évident
qu’elle est vaudoise cent pour cent !
Tranquille et pas bien décidée.
Elle tient le juste milieu,
elle dit : «Qui ne peut ne peut !»
mais elle fait à son idée.
Et certains, mettant dans leur vin
de l’eau, elle regrette bien
– c’est, ma foi, tout à son éloge –
que ce bon vieux canton de Vaud
n’ait pas mis du vin dans son eau…
la Venoge !

(Jean Villard-Gilles)

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Cette joie (Fabienne Courtade)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



Illustration: Noèla Morisot
    
cette joie est tout aussi brutale que claire et évidente

évidemment on ne peut rien saisir

ni retenir
c’est une peine mortelle

Qui augmente notre faim
et notre soif

(Fabienne Courtade)

 

Recueil: Le même geste
Traduction:
Editions: Flammarion

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De la rencontre aléatoire (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



    

— De la rencontre aléatoire
des yeux et des corps,
des mouvements et des mots,
des heures et des sons,
dépend la découverte imprévue
des énigmes que le réel abrite,

S’imposent le refus des contraires évidents,
l’interruption brutale des mélodies sinueuses,
l’admiration des images blessantes,
la recherche cruelle de la douceur cachée,

Naît le privilège offert au coeur lacéré,
de l’adoration muette,
à l’âme de savoir
qu’elle n’est peut-être rien ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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DES MOTS AMOUR (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017




    
DES MOTS AMOUR

Erreur

Charger les mots de dire l’amour
Tant ils sont boiteux étroits
Pris dans la moisissure de l’habitude
Usés dans la pâleur masquée

L’amour est ou n’est pas

Pas besoin de béquilles
Ni d’échelle pour monter au ciel
Une lumière aveuglante
Dans le sillage du silence élu
Une page blanche où le poème s’imprime
Amour sans annonce
Pudique comme un crime
Évident comme une nuit encombrée d’étoiles
Une belle nuit sans sommeil
Où nous sommes ce que nous sommes
Fragiles et abîmés
Espérant espérés
Vivants

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Aube (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Edvard Munch
    
Aube

Voici le matin clair… Mon âme ouvre les yeux.
De ses nocturnes yeux ouverts, elle regarde…
Avec cette stupeur tragiquement hagarde,
Redoutant la lumière évidente des cieux.

C’est l’heure que je crains, celle où s’ouvrent les yeux.
Vient-il donc m’apporter quelque douleur nouvelle,
Ce matin dont m’atteint la première stupeur ?
Je les referme en vain dans l’instant anxieux…

Voici, j’ai trop ployé sous le poids du destin
Pour ne point redouter l’inconnu de l’aurore.
Dois-je donc m’éveiller ? Dois-je souffrir encore ?…
Que viens-tu m’apporter, ô le nouveau matin ?

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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ATTENDRE (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Lierre panaché près du boulevard périphérique, porte d'Auber

ATTENDRE

Bien que sois sis et benaise au fond d’un grand fauteuil
J’attends j’attends comme doit attendre un poteau planté sur un bord de route
Et qu’attend-il ce poteau depuis des ans qu’il est planté là
Ne sais puisque moi homme ne suis de la famille des poteaux et donc ne sais ce qu’ils pensent
Mais ils attendent c’est évident
Et même ils extériorisent plus que moi car on peut me passer devant
Et ne pas savoir que j’attends
Tandis que tout le monde en passant devant un poteau
Se sent obligé de dire que diable attend-il encor celui-là
Seulement voici la différence
Le poteau n’a pas de nerfs
Alors il est presque aussi patient qu’un saint
Et dame un saint est presque un poteau
Mais moi ne suis ni saint ni poteau
Et j’attends j’attends j’attends et ne vient pas ce que j’attends
Comme un poteau c’est peut-être le Temps

(Pierre-Albert Birot)

Illustration

 

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