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Poésie

Posts Tagged ‘évoquer’

L’APPARITION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
(Recueil Accents)
L’APPARITION

L’homme avançait à petits pas,
Puis il tourna la poignée de la porte,
(Le cuivre du bouton ne brillait pas
Car la lumière était éteinte ou morte),

Entra sans heurt, s’approcha de mon lit
Et, d’une voix que je connais, me dit :
« Que fais-tu donc ? Dors-tu ? Es-tu parti,
J’entends avec un rêve, loin d’ici ?
J’arrive à temps pour empêcher ta fuite.
Refuse encor ces images sans suite,
Crains leur désordre et leurs fausses clartés ;
Moi je te dis de ne pas t’en aller.

Pense d’abord à ta chambre, à la forme
De la maison, à tes rideaux tirés,
À tant de gens autour de toi qui dorment
Comment, comment pourrais-tu t’évader ?

Rappelle-toi que tu as travaillé
Tout aujourd’hui. Pourquoi ? Pour te loger,
Pour acheter de quoi boire et manger.
Tu es ici gisant dans ta journée.

As-tu bien mis de l’ordre en tout cela ?
As-tu compris tout ce qui se passa,
Ce qui fut dit, ce qui te menaça ?
As-tu compté les heures et l’argent ?

As-tu rangé ton étroit logement ?
(Il te faudra, dans cet encombrement,
Atteindre, après la table, la fenêtre
Et te mouvoir, quand le jour va paraître !)

Allons ! Tu peux dormir jusqu’au matin.
Je te permets d’évoquer la fumée,
L’espace ouvert entre les cheminées
Ou le soleil vu à travers les mains.
—Je reviendrai t’accompagner demain. »

Moi qui feignais de dormir, j’entendis
Qu’il soupirait. Puis, pour lui-même, il ajouta :
« Demain, nous parlerons d’autres soucis ! »
Enfin, hochant la tête, il s’éloigna.

Il est là chaque soir, et sa voix
N’en dit pas plus sur le monde et sur moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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CLAVIER D’ANTAN (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



CLAVIER D’ANTAN

Clavier vibrant de remembrance,
J’évoque un peu des jours anciens,
Et l’Éden d’or de mon enfance
Se dresse avec les printemps siens,
Souriant de vierge espérance
Et de rêves musiciens…
Vous êtes morte tristement,
Ma muse des choses dorées,
Et c’est de vous qu’est mon tourment;
Et c’est pour vous que sont pleurées
Au luth âpre de votre amant
Tant de musiques éplorées.

(Emile Nelligan)


Illustration

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Il n’y a pas de porte mystérieuse (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Julie Heffernan        [1280x768] [1280x768]

Il n’y a pas de porte mystérieuse
Par où passer de la nature à l’homme
Il n’y a pas d’arbres où battent les feuilles
Sans évoquer un coeur qui se compose

Qui se défait pour renaître au printemps

(Paul Eluard)

Illustration: Julie Heffernan

 

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Pourtant l’amour (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
Pourtant l’amour
se conforme à l’amour.
Il n’est couple d’oiseaux qui ne ressemble au nôtre.
Et du haut de leur toit, ils nous regardent
avec un rayonnement,
ils évoquent le temps où les bêtes parlaient,
leur parlaient à eux, les oiseaux,
tandis que se taisaient les hommes,
maintenant si bavards.
Il nous faudrait connaître le monde par leurs pépiements
si confidentiels à présent
que nous ne les déchiffrons pas.
Nous resterions assis sous leurs arbres,
et les écouterions comme les enfants
écoutent le maître.
Notre silence,
et la sûreté de leur pépiement
nous aiderait à vivre.

(Marie-Claire Bancquart)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Toute minute est première
Traduction:
Editions: Castor Astral

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Demain (Léon Deubel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

Demain

En vain, le jour adverse évoque ceux qui tombent
Et dont la chute, au loin, dans l’âme nous répond :
En vain, le fleuve nu prépare sous ses ponts
Un départ, sans adieux, d’irrésistibles tombes ;

En vain, pour dévoyer mon effort qui succombe,
La noire Faim suspend de périlleux balcons
Sur les galets battus de rêves inféconds ;
En vain, l’amer chagrin réprimé vire en trombe ;

Demain paraît ! Demain ! jour où, sur plus d’un front,
Tournants et lumineux, mes pas s’affermiront,
Où d’un geste, arrachant des trompettes à l’ombre

Pour déployer mes cris jusqu’au suprême azur,
Comme une horde dense au milieu des décombres,
Je pousserai mes vers sur le monde futur.

(Léon Deubel)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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De nouveau (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



De nouveau j’évoque
tes seins que dénude le soleil
tes seins en surplomb
qui se balancent au rythme de la marche
tes seins que tu m’offres généreusement…

et ton regard d’extase
torturé de pureté
ton regard vierge
sensuellement s’ouvre
aux images de la perversité.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Fabienne Contat

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Mes bras (Alirezâ Rôshan)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



 

Jean-Paul Avisse -  (55)

mes bras
évoquent ta place vide
dans mon étreinte

(Alirezâ Rôshan)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Jean-Paul Avisse

 

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NUIT D’HIVER (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NUIT D’HIVER

Quand je passe par les nuits silencieuses
Et que ma pensée t’évoque
En de muettes douleurs…
O rêve, âme idéale,
Amour
Qui voudrait renaître,
Pour te faire frissonner de volupté…
O rêve, âme idéale,
Pourvu que n’en aient vent
Les amantes d’antan…

*

Quelle ombre à ta fenêtre jaillit,
Ombre d’amours vaincues ?
Vieux poète, abîme de la nuit
Sur la neige des rues.
Des sanglots par cette nuit d’hiver
Où la tempête engloutit tout
Courent Dieu sait où,
En l’instant lourd, amer…

(George Bacovia)

Illustration

 

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Ils vont au désert (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019




    

Ils vont au désert, hommes et dieux,
peuple d’avant, peuple de nuit,
le langage en eux mûrit comme
une rivière, leurs yeux sont inconnaissables.

D’autres auront vécu séparés,
confiants dans le sommeil, ils s’étonnent
d’une ombre de mouette au grand large
de mer, et du pouvoir du sang.

Chacun tourne la roue du monde,
évoquant des issues nouvelles,
l’impossible si proche, multiplié,

Tandis que de minuscules abeilles noires,
mi-vivantes, mi-mortes, tombent du livre
dans l’oblique lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUBÉPINE (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



AUBÉPINE

Le jardin transpire de toutes ses
fleurs au-dessus de la mer
l’heure n’évoque rien
et l’aubépine saigne dans un temps
secrètement blanc
plage vue à l’envers.

(Pierre-Bérenger Biscaye)

Illustration

 

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