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Posts Tagged ‘exaspéré’

Ivre, la blancheur concentre sa force (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



 

Ivre, la blancheur concentre sa force,
quand tu dors, ivre de soleil, comme une graine
qui retient son souffle
sous la terre. Rêver dans la chaleur
toute chaleur
qui infeste l’équilibre
d’une main, qui fait germer
le miracle de la sécheresse…
En chaque lieu que tu as quitté
les loups sont exaspérés
par les feuilles qui s’obstinent à se taire.
Mourir. Accueillir les loups rouges
qui grattent aux portes : page
hurlante — ou bien tu dors, et le soleil
n’aura jamais de fin.
Le vert règne là où respirent les graines noires.

(Paul Auster)

Illustration: Audrey Kawasaki

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La main, la terre promise (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2017



    

La main, la terre promise
chaque fois plus lointaine, seule la main
connaît encore le chemin.

Un corps n’est pas une maison pour la tristesse
et moi je me suis toujours posé au seuil
de la pierre de l’été.

Ô pierre pierre – pierre d’allégresse.
Exaspérée.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière solaire / Le poids de l’ombre / Blanc sur blanc
Traduction: Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Je suis content (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



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Je suis content, je ne dois rien à la vie,
et la vie ne me doit même pas
quatre sous de nèfles.
Nous sommes quittes, ainsi,

le corps peut désormais se reposer :
jour après jour il a labouré, semé, récolté
ou cueilli, et il a même prodigué quelque chose, le pauvre,
très pauvre animal
aux testicules maintenant à la retraite.

Un de ces jours j’irai m’étendre
sous le figuier, celui-là
que j’ai vu jadis exaspéré et solitaire :
je suis de la même race.

(Eugénio de Andrade)

Illustration

 

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La torche (Marie Nizet)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



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La torche

Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d’extase
Où se retrouve encor le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans l’émerveillement qu’il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté détruite.

Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou
Le souple enlacement des languides tendresses.
Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où
Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.

Je vous aime, mon front, où bouillonne sans fin
Ma pensée à la sienne à jamais enchaînée
Et pour avoir saigné sous sa morsure, enfin,
Je vous aime surtout, ô ma bouche fanée.

Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres…

Je vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volupté parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

Et je t’aime, ô mon âme avide, toi qui pars
– Nouvelle Isis – tentant la recherche éperdue
Des atomes dissous, des effluves épars
De son être où toi-même as soif d’être perdue.

Je suis le temple vide où tout culte a cessé
Sur l’inutile autel déserté par l’idole ;
Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé,
Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…

Et ce besoin d’aimer qui n’a plus son emploi
Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résorbé, c’est bien vous que j’aime si je m’aime.

(Marie Nizet)

 

 

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Exaspérée par le bruit et le silence (Sandra Lillo)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2016



Exaspérée par le bruit et le silence

tourner autour du taillis des questions
sans réponses

En rester là à l’heure qui précède le soir
sous la lumière allumée au-dessus du bureau

L’angoisse traîne de ne pas être à la hauteur

d’un baiser prolongé

d’un acte de résistance

(Sandra Lillo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Francine Van Hove

 

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