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Savoir-vivre (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



Savoir-vivre

Ah! l’excellente fille!
Un homme éternue-t-il à ses côtés,
en plein salon, la voilà qui fait glisser sa robe
sous laquelle elle est nue, et de sa voix fraîche:
– A vos souhaits, Monsieur!
Les témoins demeurent confondus devant tant de naturel
allié au bon sens le plus profond de la devination.
Quelle chose singulière: c’est l’homme qui paraît nu!
Tous les regards se fixent sur sa personne.
On n’aurait jamais cru cela de lui!
Rouge de confusion, il réclame son chapeau,
son manteau, ses gants,
et se sauve sans demander son reste.

(René de Obaldia)


Illustration: Pascal Renoux

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Chardon (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



Chardon

On disait que mademoiselle Rose Chardon était une grande et belle fille,
marchant la tête haute, un peu vive dans ses réparties par exemple,
mais excellente au fond, quoique fière; quelques-uns même la prononçaient vaniteuse.
On disait qu’il ne fallait pas l’approcher de trop près;
dans ses yeux brillants, sur le bout de son nez retroussé,
on lisait écrit ces paroles: Qui s’y frotte s’y pique.

M. le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie
aperçut un jour mademoiselle Chardon qui travaillait à sa fenêtre par un bel après-midi d’été.
Comme le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie était fort inflammable, il s’enflamma.
[Surgit un rival:]
Le plus charmant petit clerc qui fut au monde, toujours gai,
toujours souriant, tendre et enjoué, sentant l’amour, la jeunesse et la santé d’une lieue.
Qui pourra jamais savoir ce que pense une femme placée entre ses sentiments et ses instincts,
entre son coeur et sa fortune! D’abord elle dit non à la fortune.
La première fois elle crie très-fort, la seconde fort seulement,
la troisième à voix haute, la quatrième elle parle comme à l’ordinaire,
la cinquième à demi-voix, la sixième à voix-basse,
puis elle murmure, puis elle se tait.

La fortune revient à la charge.
La jeunesse, la beauté, l’esprit, les qualités de l’âme et de l’intelligence,
tout cela commence par paraître fort beau,
mais le luxe, l’éclat, le rang, le titre ne sont pas à dédaigner non plus;
on les méprise de loin, le perspective change dès qu’on peut les atteindre.
Le sacrifice coûte quelques soupirs, il est vrai,
mais le feu des diamants sèche bien vite toutes les larmes.
La vanité fait taire l’amour, et comment ne pas être vaine
quand on possède les charmes de mademoiselle Rose Chardon:
Chez le marquis, un soir à la brune on la fit entrer par la petite porte du parc.
Dans la nuit, ils partirent ensemble pour l’Italie.

(J.J. Grandville)

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