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Poésie

Posts Tagged ‘excès’

Chaque geste comprend une portion de destin (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Chaque geste comprend une portion de destin
et c’est pourquoi tous exhibent
une dose surprenante de nécessité
qui semble peser de son poids propre.

Néanmoins,
il doit exister une autre unité de mesure
pour calculer avec précision
la quantité de destin de chaque geste.

Et ainsi de chaque mot,
qui est un geste verbal,
de chaque image visible,
qui est un geste fait de la substance même du regard,
de chaque signe qui nous frôle
et qui n’est qu’un fil de la trame de l’air.

Même un accident est un geste du destin,
peut-être une hyperbole du destin,
comme un emportement de son lyrique excès.

Et même le hasard est un geste du destin,
le seul peut-être qui rassemble tous ses pouvoirs,
comme un bouquet détaché dont les fleurs se répandent.

Car le destin lui-même a besoin
de liberté pour improviser.

(Roberto Juarroz)

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AUTRES CORPS (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Illustration
    
AUTRES CORPS

Amour que m’as-tu fait
étrange étrange objet
l’excès d’amour où tu m’as mise
s’étend à présent hors de toi

s’étend presque partout
se crispe en autres points
de presque rien
échos ou vents

aussi : sur autres corps

Ici : étonnement souffrance
— et rire :
autre que toi!
qu’est-ce que cela ?
comment se fait-il ?
je ne comprends pas  »

et pourtant si :
visage et corps
te ressemblant pour commencer
– forme d’ensemble et couleur d’oeil
perception de proximité
attirance étonnée

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

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Une nuit je pris entre mes mains ton visage (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Une nuit je pris entre mes mains
ton visage. La lune l’éclairait.
Ô la plus insaisissable des choses
sous un excès de pleurs.

C’était presque un objet docile, simplement là,
calme comme une chose, à le tenir.
Et cependant il n’était pas, dans la froide
nuit, d’être qui m’échappât plus infiniment.

***

Einmal nahm ich zwischen meine Hände
dein Gesicht. Der Mond fiel darauf ein.
Unbegreiflichster der Gegenstände
unter überfließendem Gewein.

Wie ein williges, das still besteht,
beinah war es wie ein Ding zu halten.
Und doch war kein Wesen in der kalten
Nacht, das mir unendlicher entgeht.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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J’ai un cancer au coeur (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Frida Kahlo
    
J’ai un cancer au coeur.
Un excès qui me dévore.

Mais j’ai dans la cervelle une petite étoile
J’ai donné de mon étoile toute la lueur que j’ai pu.

Mais parfois, de très loin en moi, une plainte s’élève, déchirante.
C’est le cancer qui chante.

(Marie Noël)

 

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C’EST UNE CITE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Gaston Bussiere (French, 1862-1929)   Juventa

C’EST UNE CITE

C’est une cité avec beaucoup de lumière.

As-tu jamais vu des maisons pétrifiées
En rêve ou en éveil ?
Tout est fragile comme porcelaine,
Avec des portes automatiques qui s’ouvrent et se referment.

Si tu remues la main elle se brise

Pleines de lustres dans les salles à miroirs,
Elles multiplient la lumière terrible, la disloquent
Sur les planchers où nagent des cygnes peints.
De belles femmes avec des hanches et des seins
Observent leur visage dans les eaux et attendent les cygnes.

Personne n’y habite. Tous ont été
Enterrés dans des tombes de marbre.

Tu peux les visiter
Comme on visite les musées.
Chacune possède son nom sur la plaque,
Son numéro, son genre, ses rêves.

Nous avons souffert des excès de lumière d’un été sec.
Mais ce fut beau, très beau.

(Georges Themelis)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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Les Grenades (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

grenades

Les Grenades

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que si l’or sec de l’écorce
A la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

(Paul Valéry)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration

 

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Ivresse (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Ivresse

De mon âme qui chante, ô combien j’aimerais
Guérir les tristes cœurs et secouer le monde!
Je pardonne à présent, je pardonne à la ronde
Les offenses d’hier. Je le sens. Je le sais.

L’esclave douloureux qui lutte pour la vie,
J’aimerais ô combien le serrer sur mon cœur!
Je voudrais rappeler et le frère et la sœur,
Tous ceux qu’on ne voit plus, que la mort s’approprie.

J’aimerais que tournât un peu plus lentement,
Que s’arrêtât enfin la gigantesque roue
Qui hâte les destins, qui de l’homme se joue.
Mais surtout je voudrais… aimer profondément.

Je voudrais concevoir, avec des doigts de fée,
Du grand et du splendide… et du miraculeux.
Après cela: périr. Oui, périr, je le veux.
C’est que je suis l’ivresse, à tout excès portée.

(Attila Jozsef)


Illustration: Sylvie Lemelin

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Quelque chose freine la lumière (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Lydia Morano
    
Quelque chose freine la lumière :
toute lumière devrait parvenir en tous lieux.

Quelque chose endigue la musique :
toute musique devrait être entendue de tous.

Quelque chose étanche la pensée :
toute pensée devrait penser toutes choses.

Quelque chose emprisonne la vie :
toute vie devrait être le vivant et le non-vivant.

Dans ces circonstances sans remède,
l’homme est une substance gaspillée.

Tout amour a les bras longs à l’ехсès :
pour aimer, il faut raccourcir les bras.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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III (Elégie de la Maison des Morts) (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018




    
III (Elégie de la Maison des Morts)

Quand le soir est trop lourd d’angoisse, quand le miel
Du jasmin dans la nuit vous oppresse, on s’évade.
Mais les murs sont trop hauts. Ils montent jusqu’au ciel.
On reste prisonnier, pour toujours, dans la rade.

Calme, breuvage amer, cet excès de douleur.
Ô lumière ennemie ! et vous, roses parterres !
Sachant que, jamais plus, la fleur ne sera fleur,
Par delà les œillets je regarde la terre.

(Edmond-Henri Crisinel)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres (complètes)
Traduction:
Editions: L’âge d’homme

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JE TUE LE TEMPS (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




    
JE TUE LE TEMPS

Je tue le temps en taillant dans la houille.
Engorgé je me débarrasse ou j’essaie.

Je tue le temps au vin rouge, à la délicatesse,
à la franche gaieté, à la morale,
à l’excès de zèle, à qui perd gagne, à la boussole,
avec un miroir d’emprunt,
avec un regard farouche,
avec un sourire componctueux,
avec une envie de pleurer.

Je tue le temps à creuse rêverie,
avec un marteau-piqueur, avec un petit flageolet,
avec une superbe convoitise,
avec une raillerie épaisse,
en toute bonne foi, avec un mil en coin,
avec les discours habituels, avec des mots écrits,
avec du vent.
Je n’approche pas du recours imaginé.

Je tue le temps. Je taille en suffoquant, j’essaie.

Je tue le temps. Si un faucon au poing j’allais,
je saurais faire.

(André Frénaud)

 

Recueil: Il n’y a pas de paradis
Traduction:
Editions: Gallimard

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