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Poésie

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Ce n’est pas cela que j’attends (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Illustration: Louise Georgette Agutte
    
Ce n’est pas cela que j’attends
De la vie à l’odeur forte
Couleur de lilas veuve morte
Tu m’indiffères printemps.
L’algue marine et les vents
Qui viennent frapper à ma porte
L’amour que le diable l’emporte
Me sont plus émoustillants.
Homme qu’un désastre habite
Mes voeux de nulle saison
Ne se soucient. Ma prison
Ce corps qu’un feu noir excite
Rien n’en peut changer le sort
Sinon toi, mort de ma mort.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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Chant du merle (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


Chant du merle

La roue en avait assez
De trimballer la charrette.
Le poivre en avait assez
D’assaisonner la blanquette.
Assez que l’eau chaude avait
De cuire à point les navets,
Le feu d’exciter l’eau chaude,
Le four d’enfler la farine
Et le poète ses odes.
La rose était écceurée
De caresser les narines.

Un dormant raz de marée
Couvrit toute la machine.
Assez ! assez, plus qu’assez
Geignaient mille pots cassés.
Le coeur lui-même était las,
Oh ! las de voler si bas.

Tout dormait, dorma, dormut
Dans les vieux pays fourbus.
Et tout dormirait encore,
Tout dormirait à jamais,
Si, tout â coup dans l’aurore
D’un joli mai qui germait,
Perlant, fusant i la ronde,
Le chant d’un merle jeunet
N’avait réveillé le monde.

(Norge)

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Il n’y a qu’une nuit (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018




    
Il n’y a qu’une nuit.
Elle dure depuis toujours.

Le reste n’est que traverses de lumière,
passage d’astres et pan de ciel provisoirement éclairé ;

espace où nous aimons nous perdre
avec de grands frissons que les mots semblent exciter.

(Werner Lambersy)

 

Recueil: L’éternité est un battement de cils
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Sur la Mort (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Sur la Mort

En robe de fer, muette et chagrine,
De son froid baiser la Mort à présent,
Debout devant moi, n’excite plus tant,
Non, ma soupirante poitrine.

Un bruit sourd, un seul, et la vie est loin,
Rêve fugitif, rêve d’un autre âge.
L’ardeur de l’amour n’y fait plus barrage,
Ne la retient plus. C’est la fin.

Ma gorge en ses mains, la Mort me fait face.
Pour sauver ma vie, à qui me vouer?
Elle n’attend plus. Je dois m’en aller.
Je pleure l’éclat qui s’efface.

(Attila Jozsef)

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La fleur qui fait le printemps (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Jean-Louis Dupuy
    
La fleur qui fait le printemps

Les marronniers de la terrasse
Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean,
La villa d’où la vue embrasse
Tant de monts bleus coiffés d’argent.

La feuille, hier encor pliée
Dans son étroit corset d’hiver,
Met sur la branche déliée
Les premières touches de vert.

Mais en vain le soleil excite
La sève des rameaux trop lents ;
La fleur retardataire hésite
A faire voir ses thyrses blancs.

Pourtant le pêcher est tout rose,
Comme un désir de la pudeur,
Et le pommier, que l’aube arrose,
S’épanouit dans sa candeur.

La véronique s’aventure
Près des boutons d’or dans les prés,
Les caresses de la nature
Hâtent les germes rassurés.

Il me faut retourner encore
Au cercle d’enfer où je vis ;
Marronniers, pressez-vous d’éclore
Et d’éblouir mes yeux ravis.

Vous pouvez sortir pour la fête
Vos girandoles sans péril,
Un ciel bleu luit sur votre faîte
Et déjà mai talonne avril.

Par pitié, donnez cette joie
Au poëte dans ses douleurs,
Qu’avant de s’en aller, il voie
Vos feux d’artifice de fleurs.

Grands marronniers de la terrasse,
Si fiers de vos splendeurs d’été,
Montrez-vous à moi dans la grâce
Qui précède votre beauté.

Je connais vos riches livrées,
Quand octobre, ouvrant son essor,
Vous met des tuniques pourprées,
Vous pose des couronnes d’or.

je vous ai vus, blanches ramées,
Pareils aux dessins que le froid
Aux vitres d’argent étamées
Trace, la nuit, avec son doigt.

Je sais tous vos aspects superbes,
Arbres géants, vieux marronniers,
Mais j’ignore vos fraîches gerbes
Et vos arômes printaniers.

Adieu, je pars lassé d’attendre ;
Gardez vos bouquets éclatants !
Une autre fleur suave et tendre,
Seule à mes yeux fait le printemps.

Que mai remporte sa corbeille !
Il me suffit de cette fleur ;
Toujours pour l’âme et pour l’abeille
Elle a du miel pur dans le coeur.

Par le ciel d’azur ou de brume
Par la chaude ou froide saison,
Elle sourit, charme et parfume,
Violette de la maison !

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le méditant (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Le méditant

C’était le froid parler des mouettes qu’il aimait
et la pluie chuchotant à la fenêtre de l’ouest
les longs jours, les longues nuits
où il avançait
dans ce qui demeurait sans nom
(malgré les cartes épinglées aux murs
et en bas
toute une bibliothèque de sciences)

dehors
à la fin de ce sombre hiver
il voyait des fumées bleues, des eaux vertes
comme jamais il n’en avait vu
cela lui suffisait
un corbeau affairé sur une branche
le faisait rire aux éclats
la forme de la moindre feuille
excitait son esprit
son intelligence
dansait parmi des mot adéquats.

(Kenneth White)

 

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CHANT (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

CHANT

Où vas-tu toi qui dans le vent aride parcours
une de ces routes sans saisons
où derrière les murs lumineux
tout pas qui résonne excite les chiens
et réveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps vit,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peux me secourir
en ce passage aveugle du temps
au temps, en cet âpre voyage
de ce que je suis à ce que je serai
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
me prend un vertige à penser
que le temps, froid
parmi les astres, sur les tempes et tout autre, contient
ta naissance, ta maladie, ta mort,
ta présence dans mon ciel et ta perte.

***

CANTO

Dove vai che nel vento ando corn
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui mur luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia Peco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la noue
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che sari)
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri come me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli asti e supe temple e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Le bonheur (Bakary Bamba Junior)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



Le bonheur

C’est déjà cette chanson qui passe
C’est aussi l’image de ce bébé qui sourit
C’est encore ce croissant qui me régale
C’est toujours cette rose qui sent l’amour
C’est souvent la douceur de l’eau sur ma peau

Un son, une image, une saveur, une odeur, une caresse
Suffisent à me rendre heureux.

C’est aussi le son de ta voix murmurant des douceurs
C’est encore ton corps nu exposant tes rondeurs
C’est toujours la saveur de ton intimité sur ma langue
C’est souvent l’odeur de tes aisselles qui m’excite
C’est surtout la douceur de ma chair dans tes chairs

Un son, une image, une odeur, une caresse
Et le paradis m’est redonné.

C’est également le doux murmure des vagues
C’est encore la vue de cet oiseau dans le ciel
C’est souvent le goût salé de la mer
C’est toujours le parfum unique des algues
C’est surtout la douce caresse du vent sur ma peau

Un son, une image, une saveur, une odeur, une caresse
Et me voilà connecté à l’univers.

C’est finalement le chant du vent dans les palmiers
C’est toujours tes rondeurs offertes à ma vue
C’est encore le goût salé de tes baisers
C’est souvent le parfum du sable mouillé
C’est plus que jamais la caresse de l’eau sur nos corps enchevêtrés

Un son, une image, une saveur, une odeur, une caresse
Tu vois! Ce n’est pas grand-chose le bonheur.

(Bakary Bamba Junior)

 Illustration: Isa Maria  

 

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Nous croyons tous en un Dieu (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2016



Nous croyons tous
en un Dieu
mais ce qui arrive
n’a pas de nom

Nous sommes comme des ivrognes
devant la nuit –
l’un de nous
fixe trop longtemps son rêve
et devient aveugle
un autre
panse sa vie blessée
un troisième protège
la forme de cire d’une morte contre le matin
qui roule par-dessus les toits
dans un tonneau en feu

C’est un nouveau jour
assourdissant
qui excite la cruauté

Un ange déchu
veille à ma droite
avec des pierres
et des oiseaux morts

(Anise Koltz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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Enfance (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2015



Enfance

Je suis né près du pont de Saint Germain
Avec la Seine à portée de la main,
Le onze juin mille neuf cent trente trois.
La route n’était qu’un chemin étroit
Se glissant entre les maisons de pierre
Ou de bois et les bords de la rivière.
Je regardais naviguer les péniches
Dans la fumée des lourdauds remorqueurs.
Les chiens bâtards aboyaient dans leurs niches
Quand nous les excitions, voyous moqueurs.
Nous fumions des lianes et de l’armoise
En allant à l’école de Fin d’Oise
En galoches et en tabliers noirs.
Nous ne rentrions que fort tard le soir,
Car nous jouions au cerceau ou aux billes
Ou tendions des embuscades aux filles.

(Jean-Baptiste Besnard)

(CONFLANS 1952)

Illustration

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