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Poésie

Posts Tagged ‘exclure’

Omniprésence (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2021




    
Omniprésence

Il est en moi, autour de moi, faisant face de tous côtés.
Emmuré dans l’ego pour exclure Son droit
je me tiens sur ses bornes et plonge mon regard
jusqu’aux frontières de l’Infini.

Chaque chose finie que je vois est une façade ;
de ses fenêtres m’observe l’Illimitable.
En vain d’un corps séparé fut faite ma prison ;
Sa présence occulte brûle en chaque cellule.

Il est devenu ma substance et mon souffle,
Il est mon angoisse et mon extase,
ma naissance est le signe de Son éternité,
ma mort un passage vers Son immortalité.

Mes abîmes muets sont Sa secrète demeure ;
dans la chambre de mon coeur vit le Dieu inadoré.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Jean Ruet aussi est mort (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration
    
… Jean Ruet aussi est mort ;
Il avait vingt-quatre ans ;
C’était un gars de Saint-Ay
Dans les vignes, sur la Loire.
Jean Ruet a été tué !
Qui donc aurait pu croire
Que celui-là mourrait ?
Il était si vivant
Que c’était grand plaisir
De voir ce garçon-là,
Son nez humant l’espace,
Ses fins sourcils farceurs
Ses gestes de danseur,
Et d’entendre son rire !
Son œil, quand il lisait
La guerre dans les journaux,
Était l’œil de Panurge
Écoutant Dindenault.
Et la belle santé
Excluant la rancune,
Nos grands chefs militaires
Excitaient sa gaîté.
Il est mort un matin
Qu’il pliait son grand corps
Pour saisir aux épaules
Un mort dans un boyau.
Un obus est tombé
Au bord du parapet
Et sa gerbe a criblé
Notre gentil Jean Ruet.
Sur le brancard j’ai vu
Son corps blanc et splendide :
La mort n’avait pas pu
Abîmer sa poitrine.
Hélas ! j’ai vu ses traits
S’amincir et se fondre
Pendant qu’il répétait
L’adresse de sa mère.
Nous l’avons enterré
Dans un bas-fond d’Argonne ;
J’ai vu trois jours après
L’eau qui couvrait la place.
[…]

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Ce n’est pas le manque (Gilles Deleuze)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Ce n’est pas le manque ni la privation qui donne du désir :
on ne manque que par rapport à un agencement dont on est exclu,
mais on ne désire qu’en fonction d’un agencement où l’on est inclus.

(Gilles Deleuze)

 

Recueil: Gilles Deleuze Dialogues avec Claire Parnet
Traduction:
Editions: Flammarion

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Les volets (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



les volets

le ciel
se resserre
dans le froid
excluant
toute métaphore
les volets
ne battent
que pour eux-mêmes
le monde

(Hédi Kaddour)


Illustration

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Qui vit de vie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018


Qui accueille s’enrichit
Qui exclut s’appauvrit

Qui élève s’élève
Qui abaisse s’abaisse

Qui oublie se délie
Qui se souvient advient

Qui vit de mort périt
Qui vit de vie sur-vit

(François Cheng)

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J’ai réglé mes comptes avec la vie (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Hans Baldung
    
En disant « J’ai réglé mes comptes avec la vie »,
je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ;
regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie,
c’est élargir la vie.

A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie,
par peur de la mort et refus de l’accepter,
c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée,
méritant à peine le nom de vie.

Cela semble un paradoxe :
en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète
et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie.

(Etty Hillesum)

 

 

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Amour (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018


Un homme
Est devenu jaloux des murs,
Et puis, têtu, c’est des racines
Qu’il ne peut plus se démêler.

Il assoit à l’écart
Un corps habitué,

Exclut les portes,
Exclut le temps,
Voit dans le noir

Et dit: amour.

(Guillevic)

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Pour être grand (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Pour être grand, sois entier : rien
En toi n’exagère ou n’exclus.
Sois tout en chaque chose. Mets tout ce que tu es
Dans le plus petit de tes actes.
Ainsi en chaque lac brille la lune entière
Pour la raison qu’elle vit haut.

***

Para ser grande, sê inteiro: nada
Para ser grande, sê inteiro: nada
Teu exagera ou exclui.
Sê todo em cada coisa. Põe quanto és
No mínimo que fazes.
Assim em cada lago a lua toda
Brilha, porque alta vive.

***

To be great, be whole: don’t exaggerate
Or leave out any part of you.
Be complete in each thing. Put all you are
Into the least of your acts.
So too in each lake, with its lofty life,
The whole moon shines.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Odes de Ricardo Reis – Anthologie essentielle
Traduction: Patrick Quillier
Editions: Chandeigne

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Feuillet d’album (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Feuillet d’album

Tout à coup et comme par jeu
Mademoiselle qui voulûtes
Ouïr se révéler un peu
Le bois de mes diverses flûtes

Il me semble que cet essai
Tenté devant un paysage
A du bon quand je le cessai
Pour vous regarder au visage

Oui ce vain souffle que j’exclus
Jusqu’à la dernière limite
Selon mes quelques doigts perclus
Manque de moyens s’il imite

Votre très naturel et clair
Rire d’enfant qui charme l’air.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Lucien Lévy-Dhurmer

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