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L’ESPACE D’UNE FENÊTRE (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Carry Akroyd _two_white_horses

 

L’ESPACE D’UNE FENÊTRE

Comment dans ce désert où s’engouffre un désert
dans ce gouffre qui se fuit et se perd
dans on ne sait quels sables d’une baie
que ronge on ne sait quelle marée
dans le déferlement de quelle absence
comment dans ce flagellement immense
du vent qui se blesse à lui-même
dans ce déni de la sève et des branches
dans cette friche mortelle aux graines
dans ce refus et cet exil des ailes
dans cet enlisement de l’écheveau
dans cet espace où nous cherchons les mots
qui pourraient dire ce vide torrentiel
comment la Terre niche-t-elle
et comment sommes-nous ses oiseaux ?

(Robert Mallet)

Illustration: Carry Akroyd

 

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Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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LES YEUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



 

Harding Meyer   1964 - Brazilian Portrait painter -   (3) [1280x768]

LES YEUX

Bleus entre le ciel et le bleu de nos eaux
Bleus à notre niveau
Bleus ouverts par les femmes

Bleus à la façon humaine
Bleus joyaux du règne de l’homme
Bleus pour la joie bleus pour la peine

Aussi cristaux des hautes altitudes
Les yeux ces eaux qui pulvérisent l’or
Pierres enfouies des chercheurs de trésors

Regards de la surface regards des profondeurs
Pierres de la mer de la terre et des astres
Pierres donnant aux mondes leurs couleurs

Pierres pour tailler les pierres de lumière
Pierres qui rient pierres qui souffrent
Pierres venant du ciel pierres venant du gouffre

Gris voilés comme nos vies
Comme nos ciels comme nos eaux
Gris de miroirs gris de mélancolie
Gris prometteurs d’azur
Yeux couverts gris d’aurores
Gris de seuils de rosée
Gris de la poussière des choses aimées

Miroirs au tain de fleurs
De larmes d’amour de peur
Miroirs au tain de présence
D’étoiles de jour d’absence

Mais que soient noirs les yeux que j’aime
Comme une seule longue nuit
Progressant par marées noirs de profondeurs noirs d’éclat
Noirs à jamais sans lendemain
Noirs de ne vivre que de ma vie secrète
Noirs de centre autour duquel gravite la lumière
Noirs de sources avant la métamorphose noirs de flammes captives

Noirs de feu intérieur noirs de lucidité
Noirs de plonger en moi d’être moi mieux que moi
De ne répondre a rien qu’a l’inconnu
Noirs de donneurs de rêves et de berceuses
De choses vierges et de visiteurs nocturnes
Noirs de présences latentes noirs de présences éclatantes
Noirs de centre unifiant mes désirs
Noirs de beautés cachées de vérités perdues
Noirs de cils noirs de miroirs parfaits de chasseurs de lumière
Noirs noyaux pour vaincre l’enfer
Noirs pour remonter dans leurs regards sur terre
Noirs d’ombres libérées de leur piquet de feu

Noirs de grottes sacrées
Que les captifs ont creusées pour retrouver le jour
Noirs d’ailes attendant pour porter leurs présages

Noirs d’arbres ouverts
Un hibou dans le coeur
Noirs d’hirondelles en exil au pays des splendeurs
Noirs de licences supprimées
Noirs de chambres condamnées
Noirs d’énigmes suspendues
Comme les bêtes des vieux temples
Noirs de prophéties qui régissent ma vie

Noirs de monts noirs dormant sur mes trésors
Noirs de mines que sonde la lampe que je cherche
Noirs d’ouvriers aveugles travaillant sans relâche
A cacher les secrets que je dois découvrir

Noirs de mes raisons inconnaissables de vivre

Noirs de me contenir

(Ernest Delève)

Illustration: Harding Meyer

 

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Regarde moi! Regarde moi (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Regarde moi! Regarde moi.
Vous vous dites: les chevaux aussi demandent ça,
et les arbres et les fous et les pauvres,
et tout ce qui passe dans le temps – pour un temps.
Partout l’appel, partout l’impatience de la gloire, d’être aimé, reconnu,
partout cette langueur de l’exil et cette faim d’une vraie demeure
– les yeux d’un autre. Regarde moi! Regarde moi.

(Christian Bobin)

 

 

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Avec l’exil (Patricia Castex Menier)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



 

Les
lieux ont un pouvoir: un instant on y vit
sans langage.

Plus
tard, avec l’exil, l’écriture.

(Patricia Castex Menier)

 

 

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QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE…

Que l’eau tombe goutte à goutte
Dans les paumes de la nuit,
Et nous disons : Solitude,
Remords, Enfance immolée,
Quand c’est en langage d’eau
Des choses d’eau qui se disent,
Des choses d’eau qui se font.

Que le vent froisse soudain
La ramée de nos épaules,
Et nous disons : Prophétie,
Imminence du verdict,
Quand c’est une gerbe d’air
Qui se défait dans la vasque
Desséchée de l’univers.

Pas de danger que les choses
De leur côté s’imaginent
De prendre pour alphabet
Nos piètres métamorphoses !
Elles nous diraient plutôt
De boire nos propres larmes
Pour retarder notre soif ;

Elles nous diraient plutôt
De prendre garde au langage,
Aux avances qu’il nous fait
D’un royaume ou d’un exil,
Comme on fera d’un miroir
A nos lèvres bleuissantes
A l’heure de notre mort ;

Elles nous diraient plutôt
De faire des choses d’homme,
De vin rouge et de pain blanc,
Et d’oser ce que nous sommes
Dans le chantier des vivants,
Pendant que Dieu s’abandonne
Aux délices du néant.

(Jean Rousselot)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes)

 

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Exil (Bengt Berg)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



 

Illustration: Akbar Behkalam
    
Exil

Dans la ville étrangère au langage incompréhensible
tu marches par des rues inconnues;
tu ne connais même pas le nom de la rivière
dont l’eau coule sous la voûte en pierres
du pont.

Tu es là,
tout seul, dans ton ombre
qui chemine lentement sur l’asphalte
comme une mélodie venue de loin
d’un instrument désaccordé.

Mais tout à coup
un petit oiseau te découvre,
rencontre ton regard
de ses yeux couleur poivre,
avant de disparaître dans la pénombre.

***

Exil

I den främmande staden med det obegripliga språket
vandrar du längs de obekanta gatorna;
inte ens flodens vatten
som rinner in under brons stenvalv
vet du namnet på

Och du står där åter
alldeles ensam i din egen skugga
som sakta sipprar ut över asfalten
som en avlägsen melodi
ur ett ostämt instrument

Men så plötsligt
får en liten fågel syn på dig,
möter din blick
med sina pepparkornsfärgade ögon
innan den försvinner
in i skymningen

***

Exil

În orașul străin cu grai neînțeles
rătăcind pe necunoscutele-i străzi;
nici măcar apei din râul
ce curge sub arcul de piatră al punții
numele nu i-l cunoști.

Și iată-te, stând
singur cu tine, în umbra-ți stingheră
ce-ncet se prelinge pe-asfalt
ca un cântec venit de departe
emis de un fluier ce sună strident.

Dar brusc te zărește
o pasăre mică,
privirea ți-o-ntoarce
cu ochi de piper,
zburând mai apoi spre lumina din zori.

***

***

Exilio

En la ciudad extranjera, con un lenguaje incomprensible,
caminas por calles desconocidas;
ni siquiera del río cuyas aguas corren
bajo el arco de piedra del puente
conoces el nombre

Y allí estás, totalmente sólo
en tu propia sombra
que lentamente se desliza por el asfalto,
como la lejana melodía
de un instrumento desafinado.

Pero súbitamente
un pajarito te descubre,
y se encuentran con tu mirada
sus ojos color pimienta,
antes de desaparecer en el atardecer.

***

ΕΞΟΡΙΑ

Στην ξένη πόλη με την άγνωστη γλώσσα
περπατάς σ’ άγνωστους δρόμους
μήτε και το νερό του ποταμού
που ρέει κάτω απ’ την αψίδα της γέφυρας
που δεν γνωρίζεις τ’ όνομα της.

Kι εκεί στέκεσαι, ολομόναχη
στον ίσκιο σου δίπλα
που αργά κυλά στην άσφαλτο
σαν μακρινή μουσική
από ακούρδιστο όργανο.

Και ξάφνου σε βλέπει το πουλί
με τα πιπεράτα μάτια του
προτού πετάξει μέσα στην αυγή.

***

***

Exil

In de vreemde stad met een onbegrijpelijke taal
loop je langs onbekende straten;
je kent zelfs de naam van de rivier niet
waarvan onder het stenen gewelf van de brug
het water vloeit

En daar sta je dan
helemaal alleen, in je eigen schaduw
die langzaam op het asfalt sijpelt,
zoals een melodie in de verte
van een ontstemd instrument.

Maar plotseling
word je door een kleine vogel ontdekt,
ontmoet hij jouw blik
met zijn peperkleurige ogen,
alvorens hij in het deemster verdwijnt.

***

EXILE

In the foreign city with an incomprehensible language
you are walking along unfamiliar streets;
not even the water of the river
which flows under the stone arch of the bridge
you know not the name of

And there you are, standing
totally alone, in your own shadow
which slowly trickles out onto the asphalt
like a distant melody
from an instrument that is out of tune.

But suddenly
a little bird notices you,
meets your gaze
with its pepper-coloured eyes,
before it disappears into the dusk.

***

流亡者
在这异邦城市里
带着一种听不懂的语言
你沿着陌生的街道彳亍;
连石拱桥下流淌的
这河里的水
你都不知其名姓
——而你在那儿, 孓然一身
伫立, 在自己的影子里
你的身影慢慢流到柏油路上
像不成调的长笛
滑出的一节遥远的旋律
但突然
一只小鸟注意上你,
用它那胡椒色眼睛
迎接你的目光,
然后消失在黎明里。

***

追放

外国の町で
ことばも解らず
君は、見知らぬ通りを歩いている
石造りのアーチ橋の下、流れる
川には水はなく
君は、その名を知らない
―そこで、君は、立ち止まり
全く一人きり、自分の影のなか
アスファルトの道をゆっくりと装う
遙か遠い旋律のように
微かな音色のフルートから
しかし、不意に
一羽の小鳥が君に気づき
君の眼差しと出会う
胡椒色の眼で
夜明けに消えゆく前に

***

Wygnanie

W obcym mieście o mowie niezrozumiałej
wędrujesz po ulicach nieznanych;
nawet nie znasz imienia
wody wartko płynącej
pod kamiennym łukiem mostu

I znów tam stoisz
zupełnie sam we własnym cieniu,
który powoli spływa na asfalt
jak odległa melodia
rozstrojonego instrumentu.

Wtem nagle
ptaszek spogląda na ciebie
spotyka twoje spojrzenie
oczyma w kolorze pieprzu,
zanim zniknie
w półmroku.

(Bengt Berg)

 

Recueil: ITHACA 616
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Suédois / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Arabe / Espagnol Rafael Carcelén / Grec Manolis Aligizakis / Indi Jyotirmaya Thakur / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Sudeep Sen / Chinois William Zhou / Japonais Kae Morii / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka /
Editions: POINT

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Les oiseaux d’exil (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



Pour apprivoiser les oiseaux d’exil
ce calme en moi
cette lumière
chaque aurore innocente la nuit

je ne saurais le dire
peut-être ai-je vécu
dans l’attente de la feuille

il n’y a plus qu’une caresse
entre l’hiver
et la vie

(Gaëtane Drouin Salmon)


Illustration

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Hier soir j’ai donné à une étoile (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

Illustration
    
Hier soir j’ai donné à une étoile un message pour Toi :
« Présente », lui dis-je, « mon hommage à cette beauté de lune ».

Je m’inclinai, et dis : « Apporte cet hommage au Soleil
Qui dore l’ âpre roc de sa brûlure ».

Je dénudai ma poitrine, je lui montrai mes blessures.
« Donne des nouvelles de moi », dis-je, « à cet Aimé qui s’abreuve de mon sang ».

De çà de là me balançai, pour que l’enfant — mon coeur — s’apaise,
— Bercé, l’enfant s’endort dans son berceau —.

Ô toi qui à chaque instant soulages cent déshérités comme moi,
Donne à mon coeur-enfant le lait, délivre-nous de ses pleurs !

La demeure du coeur, de toute éternité, est la cité de l’union.
Combien de temps laisseras-tu dans l’exil ce coeur désolé ?

(Mawlana Rûmî)

 

 

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MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



 
    
MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX

Au coeur du monde, quelque part au coeur du monde
Il existe un marais comme un orgue qui gronde,
Un crapaud noir plus gros qu’un ours attend
De-ci de-là ballottant

Depuis mille ans déjà, peut-être plus longtemps
De-ci de-là ballottant.
Quelque part au-dessus du monde – l’oeil pareil
Sur la cime d’un arbre à l’éclat du soleil
Un oiseau las et malade est tapi,
Rêvant au moucheron mourant sur un épi
Et depuis mille ans sa tête se plie
Vers le bel épi, vers le bel épi.

Au-dessus du monde, ô toi ciel distant,
Comme mon exil crie en sanglotant
Ton silence au-dessus des lumineux lointains,
Ton soleil dans la soie et dans l’or qui s’éteint
Au fil des faux tranchant chantant dans le matin
Des lumineux lointains, des lumineux lointains.

Vois-tu l’or dans le ciel et l’arbre – tu dis soir,
Veux-tu savoir ce qu’est le soir – tu dis tristesse,
Veux-tu savoir ce qu’est la tristesse
Avec ta bouche et tes yeux tu te vois
Aveugle et muet dans le triste soir
Pleurant alors comme la clarté pleure
Dans la main d’un enfant le soir
Tu es la lumière et l’enfant qui pleure
En ton sang – dans le triste soir.

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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