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Poésie

Posts Tagged ‘exiler’

La pauvre fille (Alexandre Soumet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
La pauvre fille

« Oh! pourquoi n’ai-je pas de mère?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau
Dont le nid se balance aux branches de l’ormeau?
Rien ne m’appartient sur la terre;
Je n’eus pas même de berceau,
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre
Devant l’église du hameau.

Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j’ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m’appellent jamais leur soeur!
Je ne partage pas les jeux de la Veillée;
Jamais sous son toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m’invite à m’asseoir;
Et de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille,
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j’adresse mes pas,
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois point étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas!

Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs;
J’y cherche la trace des pleurs
Qu’en n’y laissant peut-être y répandit ma mère.
Souvent aussi mes pas errants
Parcourent des tombeaux l’asile solitaire,
Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents.
La pauvre fille est sans parents
Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.
J’ai pleuré quatorze printemps
Loin des bras qui m’ont repoussée
Reviens, ma mère, je t’attends
Sur la pierre où tu m’as laissée! »

(Alexandre Soumet)

 

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J’ai exilé mon corps (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
J’ai exilé mon corps de ses souvenirs
pour qu’il demeure en toi comme un enfant.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Par l’appel souriant de sa claire étendue (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants,
La mer, magicienne éblouissante et nue,
Eveille aux grands espoirs les meurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile,
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: William Bouguereau

 

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J’écris près de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

Jean Édouard Vuillard (French painter, 1868-1940) Old Woman in Front of the Fireplace 1895

J’écris près de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge.
Toute petite, en noir, dans le grand fauteuil rouge,
Tranquille auprès du feu, ma vieille mère est là ;
Elle songe sans doute au mal qui m’exila
Loin d’elle, l’autre hiver, mais sans trop d’épouvante,
Car je suis sage et reste au logis, quand il vente.
Et puis, se souvenant qu’en octobre la nuit
Peut fraîchir, vivement et sans faire de bruit,
Elle met une bûche au foyer plein de flammes.
Ma mère, sois bénie entre toutes les femmes.

(François Coppée)

Illustration:  Jean Édouard Vuillard

 

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Je donne en vain ma nuit (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Je donne en vain ma nuit d’âme et de corps,
Ma vérité qu’à nul je n’ai montrée,
Mes sombres temps, le noir de mes chemins
Et ce penser qui m’a tordu les mains…
Le danger sourd et muet qui m’enserre
Et la douleur qui m’est tant nécessaire
Qu’en me l’ôtant, de moi je m’en irai,
La grand’douleur qui me cherche à la ronde,
La grand’douleur d’être exilée au monde
Dont, près de vous – si loin – je périrai…
Je donne à vous alentour la détresse
D’un cri qui tourne et n’est pas entendu

(Marie Noël)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

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NOUS SOMMES INVISIBLES (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018




    
NOUS SOMMES INVISIBLES

Quand tu es loin
Il y a plus d’ombre
dans la nuit
il y a
plus de silence
Les étoiles complotent
dans leurs cellules
cherchent à fuir
mais ne peuvent
Leur feu blesse
il ne tue pas
Vers lui quelquefois
la chouette lève la tête
puis ulule
Une étoile est à moi
plus qu’au sommeil
et plus qu’au ciel
distant absent
prisonnière hagarde
héroïne exilée
Quand tu es loin
Il y a plus de cendres
dans le feu
plus de fumée
Le vent disperse

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

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PAROLES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

Illustration 
    
PAROLES

Une voix au détour du sentier
ayant prononcé les outrages
se tait par lassitude.
Sur une place où resplendit l’usure
des invités à gants blancs
écoutent un orateur
que l’on sait exilé.
Le sel s’est déposé
sur le galet ovale.
On entendra un jour l’histoire
de cet homme qui se dit heureux.
Au long du chemin de traverse
se courbent des branches
sans qu’il y ait de tombe à ombrager.
Deux vieillards se parlent enfin.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tel un dahlia (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018


dahlia

brisé d’espoir
tel un dahlia
dans l’attente des pluies.
Il ne connaît son nom
ni sa naissance ni sa mort.
Il est exilé dans sa peau.
Qui viendra le chercher
pour où se rendre…

(Bernard Delvaille)

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Le ciel est gris (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Etienne-Maurice Falconet
    
Le ciel est gris

Le ciel est gris. Des poèmes s’envolent.
Sur l’autre rive une flûte accompagne
le chant des eaux. Des insectes se meurent,
des diamants fondent parmi les herbes.
Tu dis : le monde est beau, le monde est beau,

et moi vêtu je me sens traître au jour.
Nu, voilà : nu ! Il faudrait être nu
et si discret, glissant comme une plume,
être une palme, exiler la pensée
pour devenir un rêve d’écriture
par le seul corps, cette encre de l’aurore.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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La chanson du fuseau (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

Illustration: Gustave Courbet

La chanson du fuseau

La vitre est d’or parmi la brume;
Auprès de l’âtre qui l’enfume,
Assise sur son escabeau
Et dans l’art des chansons savantes,
File la vieille servante.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

“N’avais-je pas, amant champêtre,
Gravé à l’écorce d’un hêtre
Le nom de Lise? – O noir tombeau,
A cette heure sois mon asile
Puisque d’elle le sort m’exile!”
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

La voix du passé qui radote
S’embrouille incertaine et falote,
Car la lessive est au cuveau
D’où tombent des gouttes tenaces,
Récit dolent que rien ne lasse.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Dans le brouillard rouge qui flotte,
La voix intimement chuchotte
Un fantastique fabliau,
Des landiers d’où le feu s’élance,
De l’horloge et de la crédence.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Frôlements doux d’ailes plaintives,
Des voix palpitent aux solives:
Chants d’amour, rythmes de berceau,
Sanglots près des lits mortuaires,
Baisers qui ferment des paupières.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Mais, lointaines musiciennes,
Se fanent “les voix anciennes”.
(Le temps fuit comme un passereau!)
Dans un bourdonnement de ruche
S’effondre la dernière bûche.
– Tourne encor, tourne mon fuseau! –

A côté de la cendre éteinte,
Plus vague la lessive tinte;
La lune blémit au carreau
Et près du foyer, sans lumière
Dort la spectrale filandière,
Dort en oubliant son fuseau.

(Marie Dauguet)

 

 

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