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Poésie

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Conte de Fée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2017



Conte de Fée

UNE princesse attend, dans un cachot sans jour.
Elle expie on ne sait quel criminel amour.

On sait uniquement qu’elle est prédestinée.
Elle est belle… Elle est jeune… Elle est l’Infortunée.

Cependant le malheur n’a point courbé son front.
La nuit se fait… Bientôt les bourreaux entreront.

Elle n’écoute pas alors que le glas pleure,
Elle sait pourtant qu’ils entreront tout à l’heure.

Elle se voilera de ses profonds cheveux.
Et les bourreaux diront simplement : Je le veux.

Mais elle, détournant ses regards et sa bouche,
Demeurera sous leurs baisers, calme et farouche.

L’amour et les tourments la briseront en vain.
Elle mourra, dans la hauteur de son dédain.

Elle fut la puissante et la très adorée
Et nul ne pleurera sur sa tombe ignorée.

On l’ensevelira dans la nuit. En tremblant,
Une femme mettra sur son coeur un lys blanc.

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandru Darida

 

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Voir (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Voir est cette autre torture, expiée
dans la douleur d’être vu : le dit,
le vu, enfermés dans le refus
de parler, et la semence d’une voix unique,
ensevelie dans une pierre au hasard.
Mes mensonges jamais ne furent miens.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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PREMIER AMOUR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2016



PREMIER AMOUR

Premier amour ! Parfum de la nouvelle rose !
Sur le clavier du coeur premiers accords plaqués
Par une main de femme insaisissable et rose;
Premiers souffles du vent sur la voile morose
Qui devine la mer dans le calme des quais.

Premières floraisons dans le verger de l’âme,
Premiers jets d’eau montant au milieu des jardins
Où des noces en blanc chantent l’épithalame;
Premiers regards qu’on jette à l’horizon de flamme
Où les palais du rêve étagent leurs gradins.

Premier amour ! Souffrance heureuse ! Désirs vagues
De lui prendre les mains, plus douces que des fleurs,
A celle dont les yeux ont la couleur des vagues,
Et, feignant d’admirer le chaton de ses bagues,
De rafraîchir sa lèvre à ses doigts cajoleurs.

Délices, au milieu des fêtes et des danses,
De ressembler pour elle aux galants d’éventail;
Puis, quand on reste seul, sous les ramures denses,
Charme de chuchoter de longues confidences
A la Lune qui rit comme au fond d’un vitrail.

C’est le moment de joie unique où l’on épie
Les yeux encor voilés d’une fausse rigueur,
Où, sans s’imaginer que tout bonheur s’expie,
On tire fil à fil, comme de la charpie,
L’aveu qui guérira la blessure du coeur.

Ce qu’on aime à vingt ans, c’est la tiède atmosphère
Des premiers abandons sous un ciel vierge et bleu;
Qu’importe la liqueur, ce qu’on veut c’est le verre;
C’est le mal glorieux de monter au Calvaire,
Car on a Véronique et l’on se sent un Dieu!

Ce qu’on aime surtout, c’est bien l’amour lui-même;
On aime sans savoir ni pourquoi, ni comment !
Mais on veut être ainsi, si c’est ainsi qu’on aime
Et l’on sent à jamais que c’est le bien suprême
Et que le plus suave est le commencement !

Qu’importe son visage ou son âme ! Qu’importe
Ce qu’elle a de frivole ou de spirituel!
Aimer, c’est croire ! Aimer, cela vous réconforte,
Et quel que soit l’autel où le hasard vous porte
C’est du ciel qu’il s’agit dans chaque rituel.

Qu’importe à ce moment quelle Madone on prie.
On est assez heureux de murmurer : Je crois !
Dans l’église d’amour résonnante et fleurie
Où, parmi l’encens pâle, une vierge Marie
Vous sourit et vous tend ses bras comme une croix !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Rémy Disch

 

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