Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘expirer’

LANGUE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021



LANGUE

ex-
pulsé
de la terre mère
ex-
ilé
dans une langue
étrangère
il
ex-
trait
des mots
d’autres langues
pour
ex-
pirer
son mutisme

***

TONGUE

ex-
pelled
from mother
tongue
ex-
iled
in foreign
tongue
tongue-
less
he
ex-
tracts
words
from other
tongues
to
ex-
act
his speech-
lessness

(Raymond Federman)


Illustration: Velickovic

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

ÉLÉMENTAIRE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020


 


Brigitte Chataignier prana1

 

ÉLÉMENTAIRE

(sur une chorégraphie de Brigitte Chataignier)
je ne sais pas
j’ouvre
les yeux
sur le monde
je ne sais pas
ne sais pas
dans la nuit
dans le noir
les mots
apparaissent
les mots
résonnent

le mot danse
apparaît
j’aimerais tant
oh oui
avec
tout mon corps
avec
toute ma voix
m’incarner
complètement
absolument

j’aimerais
j’aimerais
oui
j’aimerais tant

je ne sais pas
j’ouvre les yeux
sur chaque moment
le regard
l’infini
le regard
l’infini
j’écoute
j’écoute de toutes mes forces

et le mot terre apparaît

je respecte la terre
le son de la terre
je sonde la terre
le corps de la terre
les éléments se tiennent
par la main
tous les éléments

je descends dans la terre
les manteaux
qui me recouvrent
tombent les uns après les autres
je passe
de l’autre côté de la tombe
de l’autre côté des cendres

j’expire
je vais au bout du corps
au bout de la terre
au bout de la femme
j’inspire

(Zéno Bianu)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2020



 

Tereza Vlcková -a-perfect-day-elise...-10

RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE

Je commencerai par être
un verbe
sans limites
un langage
où rien ne serait dit
mais tout pressenti
dans le monde visible
et nulle part ailleurs
un grain de sable
qui dialogue avec les dieux
une élévation
dans l’affection et le bruit neufs
un miracle inouï
sous le soleil de la conscience
je commencerai par être
en devenant ce que je suis

Je commencerai par être
un dispositif
d’émerveillement
un voyage
au bout du possible
vers
ce qui m’apprend
à mourir
la raison
la plus silencieuse
en moi-même
le loup
chaviré
d’une langue universelle
je commencerai par être
là voix d’une résonance

Je commencerai par être
un souffle
d’année-lumière
contre le vertige
de la tentation
du malheur
une anthologie
des bouleversements
un retour
de nuit blanche
qui coule
dans les veines
une tendresse
démesurée
je commencerai par être
au milieu de la poussière

Je commencerai par être
un sourire
blessé
une fêlure
centrale
un tressaillement
une souveraineté
fluide
tendue
la part donnée
offerte
au vide
une salve
dans l’imprévisible
je commencerai par être
avec la peau des dents

Je commencerai par être
le refus
de rêver pareil
le refus
du bureaucrate intérieur
une exaltation sereine
un visage
qui se transforme
en tigre
à chaque émotion
un visage sans visage
qui accueille
tous les visages
un tremblement de ciel
je commencerai par être
jusqu’au paroxysme

Je commencerai par être
mille kilomètres
de battements
de coeur
à la seconde
ici-haut
contre tous les robots
couleur chair
un saut
dans la vie
un saut
dans le vide
un saut
de lumière noire
je commencerai par être
une pulpe d’aimantation

Je commencerai par être
un soir
d’anéantissement
la plus haute
obstination
une science
de l’excès
l’empreinte
digitale
de la mort dans la vie
le toujours
maintenant
la parfaite
insoumission
je commencerai par être
à bout portant

Je commencerai par être
celui qui
chaque jour
découvre l’infinie
première fois
la parure du chaos
l’abandon
des masques
l’éclosion accélérée
d’une fleur de sens
celui qui
ne veut plus
traduire la vie
en cendres mortes
je commencerai par être
incomparable

Je commencerai par être
au diapason
d’un vent bleu
une danse exacerbée
des atomes
une mise au jour
de l’ossature du temps
le feu insoupçonné
de ma propre consumation
une vigilance détendue
une porte battante
qui va et qui vient
quand j’inspire
quand j’expire
je commencerai par être
jusqu’au bout du monde

Je commencerai par être
un maquisard de l’esprit
un étoilement
de précipices
pour saluer sans fin
les grands isolés
une secousse
de moelle
à mourir de fou rire
un accomplisseur
secret
préférant le coup de sang
au coup de dés
un infini départ
je commencerai par être
repassionné

(Zéno Bianu)

Illustration: Tereza Vlcková

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 14 Comments »

La main touche une jupe (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020




    

La main touche une jupe,
muguets fanés, je me souviens
tiède comme un début de peau,
un feu de sang brûle les os.

Les joncs craquent sous le corps souple,
et le miel bout dans l’oeillet pourpre,
sur le brasier de myositis
là-haut où les oiseaux s’étirent.

Carrière de braise rouge,
près d’une eau non doublée de tain,
où toute pudeur expire
au vent venu de si loin.

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La linotte (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020




    
La linotte

Qu’est-ce que j’ai encore oublié
se dit se dit la linotte
j’ai mis j’ai mis ma culotte
j’ai mis j’ai mis mes souliers

Qu’est-ce que j’ai encore oublié
d’embrasser la tante Charlotte?
de faire cuire mes échalotes?
de repasser mon tablier?

La linotte s’envole au vent
les moineaux se tordent de rire
«ah, c’est trop drôle!»
« ah, j’expire!»

Ils s’en roulent dans la poussière
car en partant elle a oublié
quoi…?
sa tête de linotte* !

*Et moi j’ai oublié une rime.

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Les animaux de tout le monde
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

IL N’Y AVAIT QUE LE SILENCE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2019



Il n’y avait que le silence
Derrière chaque mot volé
La route expirait dans les pierres
Entre les murs écroulés

Et pourtant le dernier poète
Tendait l’oreille vers la mer
Et cherchait encore à saisir
L’insaisissable oiseau de la parole.

(Jean Rousselot)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

En guerre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Aina Frozt
    
En guerre

Il fait nuit si profonde autour de moi,
tant de solitude et de détresse.
Les murs tremblent et se pressent,
les larmes coulent du pain froid.

Il fait froid à pierre fendre dans la maison.
Aucun feu ne brûle, nulle part de lumière.
Mon souffle fume et expire dans l’air,
et tout espoir devient renonciation.

Dans le pays les routes bâillent largement
et m’appellent sûrement aussi.
Mais je suis fatiguée et emplie de peine…
ll fait nuit si profonde autour de moi.

***

Im Krieg

Es ist so tiefe Nacht um mich
und Einsamkeit und graue Not.
Die Wände drängen zitternd sich
und Tränen rinnen aus dem Brot.

Es ist so bitter kalt im Haus.
Kein Feuer brennt und nirgends Licht.
Mein Atem raucht im Raume aus
und aile Hoffnung wird Verzicht.

Im Lande gähnen Strassen weit
und rufen mich auch sicherlich.
Doch ich bin miide und volt Leid…
Es ist so tiefe Nacht um mich.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qui est à moi (Aimé Césaire)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2019



 

Toussaint Louverture

Ce qui est à moi
c’est un homme seul emprisonné de blanc
c’est un homme seul qui défie les cris blancs de la mort blanche
(TOUSSAINT, TOUSSAINT LOUVERTURE)
c’est un homme seul qui fascine l’épervier blanc de la mort blanche
c’est un homme seul dans la mer inféconde de sable blanc
c’est un moricaud vieux dressé contre les eaux du ciel
La mort décrit un cercle brillant au-dessus de cet homme
la mort étoile doucement au-dessus de sa tête
la mort souffle, folle, dans la cannaie mûre de ses bras
la mort galope dans la prison comme un cheval blanc
la mort luit dans l’ombre comme des yeux de chat
la mort hoquette comme l’eau sous les Cayes
la mort est un oiseau blessé
la mort décroît
la mort vacille
la mort est un patyura ombrageux
la mort expire dans une blanche mare de silence.

(Aimé Césaire)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pourquoi (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019




Pourquoi faut-il que les lundis
étranglent les dimanches;
et l’automne, l’été;
et l’heure adulte, l’heure la plus jeune?
Sous les jardins,
d’autres jardins ont expiré.
Derrière le soleil,
d’autres soleils succombent,
comme de vieux habits dans une armoire.
Il n’interroge plus:
il aime une musique.

(Alain Bosquet)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’y avait que le silence (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Il n’y avait que le silence
Derrière chaque mot volé ;
La route expirait dans les pierres
Entre les murs écroulés.
Et pourtant le dernier poète
Tendait l’oreille vers la mer
Et cherchait encore à saisir
L’insaisissable oiseau de la parole.

(Jean Rousselot)

Illustration: Chantal Dufour

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :