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Poésie

Posts Tagged ‘expression’

Expression (Rachel Bluwstein)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Expression

Je connais tant d’adages, de formules précieuses,
De tournures pompeuses,
Martelant leur passage dans la phrase,
Pleins d’emphase.

Mais mon coeur me porte vers l’expression naïve
Comme l’enfant nouveau né,
Humble comme poussière.
J’ai connu des mots par milliers —
J’ai choisi de me taire.

Sauras-tu discerner même au sein du silence
Ma parole éloquente ?
La capter, la garder, en compagnon, en frère,
La blottir en ton sein comme ferait une mère ?

(Rachel Bluwstein)

Illustration: Francine Van Hove

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Même en ouvrant bien les yeux (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifice
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Helen Schjerfbeck (Hanner Bramnes)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Helen Schjerfbeck
    
L’étude la plus importante
d’Helen Schjerfbeck est celle
qu’elle fit de son propre visage
à mesure qu’elle vieillissait
son regard devenait plus fixe
sa peau plus claire
son teint pastel

avec le temps
elle fit disparaître toute symbolique
de sa propre expression

***

Sin største studie
gjorde Helen Schjerfbeck
i sitt eget ansikt
etter som hun ble eldre
ble blikket fastere
huden klarere
fargen pastell
med tiden
fjernet hun all symbolikken
fra sitt eget uttrykk

(Hanner Bramnes)

 

Recueil: Le poids de la lumière
Traduction: Anne-Marie Soulier
Editions: Erès

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NUIT A MARTINDALE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Deb Watson
    
NUIT A MARTINDALE

Ni par le bruissement de l’eau, la rumeur de l’air,
le grondement de l’orage, la menace des oiseaux, ni leurs cris :
ici l’ange parle, mais d’une voix humaine.

La pierre doit se faire chair, la parole
ciselée par nos murmures dans l’air éphémère

est la véritable expression du nuage,
de l’eau qui court, du vent qui souffle,
de la lune d’argent et du maigre genièvre.

La parole dit, l’eau court,
le rocher s’effrite, la fougère se flétrit, le vent souffle
le temps passe,
j’écris l’ordre du soleil : Aime, et le Non des étoiles.

***

NIGHT IN MARTINDALE

Not in the rustle of water, the air’s noise,
the roar of storm, the ominous birds, the cries —
the angel here speaks with a human voice.

Stone into man must groom, the humait word
carved by our whispers in the passing air

is the authentic utterance of cloud,
the speech of flowing water, blowing wind,
of silver moon and stunted juniper.

Words say, waters flow,
rocks weather, ferns wither, winds bloom, times go,
I write the sun’s Love, and the stars’ No.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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LE ROYAUME INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




LE ROYAUME INVISIBLE

NOTRE SAVOIR dépasse ce que nous savons
Nous qui voyons toujours la multiplicité déconcertante,
Foisonnante du spectacle commun.

Il vient à la main de l’artiste
De tels raffinements de forme, de lumière,
Jardins, présences,

Visages d’une si tendre beauté
Que nous nous demandons par quelle science jamais apprise on les voit,
Au-delà du lieu commun les aspects

Cachés du mystère, secrets
Que seule connaît l’âme,

Que seul connaît l’amour, incommensurable
Sagesse qui grandit par le labeur de nos propres mains,
Expression d’une connaissance qui ne nous est pas propre
Et cependant guide le pinceau et la plume, obéissant

À une omniscience que, bien qu’ignorants, nous partageons
Nous dont les coeurs réagissent et répondent
À la musique de Schubert, et à celle de Mozart, eux qui ne savent pas plus

Que nous des célestes harmonies
Qu’ils entendaient au-dessus de la continuelle dissonance
Que l’immédiat impose.

Cependant incessante
La musique des sphères, la magia de la lumière,
Connaissance de l’esprit en son flux

Renvoyant continuellement l’image du tout
Dont chaque instant est la présence
Se révélant à celui qui écoute, celui qui voit au coeur

Contemple dans le fleuve du temps
Le visage jamais changé qui toujours change.

***

THE INVISIBLE KINGDOM

WE KNOW more than we know
Who see always the bewildering proliferating
Multiplicity of the common show.

There come to the artist’s hands
Such subtleties of form, of light,
Gardens, presences,

Faces so tenderly beautiful
We wonder with what untaught knowledge seen,
Beyond the commonplace the hidden

Aspects of mystery, secrets
Known only to the soul,
Known only to love, immeasurable

Wisdom from our own hands’work grown,
Expression of a knowledge not our own
Which yet guides brush and pen, obedient

To an omniscience we, though ignorant, yet share
Whose hearts respond and answer
To Schubert’s music, and Mozart’s, they knowing no more

Than we of the celestial harmonies
They heard above the continual dissonance
The immediate imposes.

Yet unceasing
The music of the spheres, the magia of light,
Spirit’s self-knowledge in its flow

Imaging continually the all
Of which each moment is the presence
Telling itself to the listener, the seer in the heart

Contemplates in time’s river
The ever-changing never-changing face.

(Kathleen Raine)

Illustration: Salvador Dali

 

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Hypothèse de Sapir-Whorf (Edward Sapir)(Benjamin Lee Whorf)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



premier-contact

Hypothèse de Sapir-Whorf:
Les représentations mentales dépendent des catégories linguistiques,
autrement dit que la façon dont on perçoit le monde dépend du langage

***

Nous disséquons la nature
en suivant les lignes dessinées par notre langue native.

Les catégories et les types que nous dégageons du monde des phénomènes,
nous ne les trouvons pas pour la raison qu’ils frappent quiconque les observe.
Au contraire, le monde est présenté comme un flux kaléidoscopique d’impressions
qui doivent être organisées par notre esprit
– ce qui signifie, en large part, qui doivent être organisées
par les systèmes linguistiques de nos esprits.

Nous découpons la nature, nous l’organisons en concepts,
et nous lui donnons la signification que nous lui donnons
car nous sommes largement partie prenante d’un accord
qui organise les choses de cette façon
– un accord que toute notre communauté linguistique partage,
et qui est fondu dans les codes de notre langue.

Cet accord est bien évidemment implicite et non-dit,
mais ses termes sont obligatoires;
la seule façon que nous ayons de parler est en souscrivant à l’organisation
et à la classification des données telles que décrétées dans cet accord.

(Benjamin Lee Whorf)

***

Les humains ne vivent pas uniquement dans le monde objectif.
Ils ne vivent pas non plus seuls dans le monde de l’activité sociale
telle que comprise ordinairement.

Au contraire, ils sont à la merci de la langue particulière
qui est devenue le moyen d’expression dans leur société.

Il est assez illusoire d’imaginer qu’on s’ajuste à la réalité
essentiellement en dehors de l’usage de la langue,
et que la langue est juste un moyen quelconque
de résoudre des problèmes de communication ou de réflexion spécifiques.

Le fait est que le ‘monde réel’ est, dans une large mesure,
construit inconsciemment sur les habitudes linguistiques du groupe.
Il n’existe pas deux langues qui soient suffisamment similaires entre elles
pour être considérées comme représentant la même réalité sociale.

Les mondes dans lesquels vivent différentes sociétés sont des mondes distincts,
et non pas le même monde avec juste des étiquettes différentes attachées aux choses…

Nous voyons, entendons et faisons autrement l’expérience des choses
de la manière dont nous le faisons
car les habitudes langagières de notre communauté
nous prédispose à certains choix d’interprétation.

(Edward Sapir)

Illustration: Film « Premier Contact » http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=226509.html

 

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La poésie (Aldo Pellegrini)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



    

La poésie n’est rien d’autre que cette violente nécessité d’affirmer son être qui anime l’homme.
Elle s’oppose à la volonté de ne pas être qui guide les foules domestiquées
et à la volonté d’être par les autres qui se manifeste chez ceux qui exercent le pouvoir.

Les imbéciles vivent dans un monde artificiel et faux :
attachés au pouvoir qu’ils peuvent avoir sur autrui,
ils nient la pleine réalité de l’humain au bénéfice de schémas creux.

Le monde du pouvoir est un monde vide de sens, hors du réel.
La poésie est une mystique du réel.

Le poète cherche dans le mot, non pas un mode d’expression,
mais une manière de participer à la réalité.
Au moyen du verbe, le poète n’exprime pas le réel : il y participe.

La porte de la poésie n’a ni clef ni verrou :
elle se défend par sa qualité d’incandescence.
Seuls les innocents, accoutumés au feu purificateur,
peuvent ouvrir cette porte de leurs mains ardentes et accéder à la réalité.

La poésie prétend accomplir la tâche suivante :
que ce monde ne soit pas seulement habitable pour les imbéciles. »

(Aldo Pellegrini)

 

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Iro mo ka mo (Ito Naga)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



Rain Room, by Random International, at the Curve Gallery, Barbican Art Gallery, in London. The installation is in place and open to the public from 4th October until 3rd March 2013. Photograph by Felix Clay.

 

Iro mo ka mo,
la couleur et le parfum

En sortant de cet hôtel à Tokyo,
elle lève son bras droit au-dessus d’elle,
la paume de la main tournée vers le ciel
pour voir s’il pleut.

Shuu ou harusame ?
Il existe en japonais différentes expressions
pour décrire la pluie.
Shuu tombe dru et verticalement,
tandis que harusame est soufflée par la brise et presque horizontale.

Harusame, c’est la fine pluie du printemps,
shigure, celle de l’automne,
toutes deux intermittentes
car la saison nouvelle n’est pas encore stable.

Laquelle de ces images nous vient à l’esprit
lorsqu’on pense « il pleut »?

(Ito Naga)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

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Toute « oeuvre d’art » authentique (Thierry Gillyboeuf)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: Henri Manguin  
    
N’oublions pas toute « oeuvre d’art » authentique est en et par soi vivante
et que, quoique « les arts » puissent différer entre eux,
leur fonction commune est l’expression de cette suprême « vivacité »
qui est connue sous le nom de « beauté ».

(Thierry Gillyboeuf)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Tu demandes (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



 Illustration
    
— Tu demandes pourquoi on peut jouer
le théâtre de Sophocle et d’Aristophane,
s’émouvoir du chant de Virgile et d’Empédocle,
des discours de Démosthène et de Cicéron,

On t’a souvent dit que le Progrès fait l’Histoire,
sauf en Art où le temps commence et pour toujours
au moment précis où l’expression le révèle,
et où siècle après siècle nous nous nourrissons,

Si Passé et Futur accompagnent les hommes,
l’Art est seul à connaître un éternel Présent ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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