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MARCHAND DE BALLONS (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



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MARCHAND DE BALLONS

Au marché de petite banlieue
Un homme loquace fait l’article de ses ballons de couleur :
— « Le meilleur amusement pour les enfants! »
Autour de lui, un cercle de petits enfants pauvres,
Regarde avec des yeux extasiés les grands ballons ronds.

Cependant le marché bat son plein.
Voici qu’arrivent les dames pauvres,
Et les servantes des dames riches,
Et les femmes du peuple, et les blanchisseuses des alentours.
Sur l’étal des poissonniers,
Dans les échoppes de céréales,
Auprès des paniers de légumes,
On marchande avec acrimonie pour un sou.

Les enfants pauvres ne voient ni les tendres petits pois
Ni les tomates écarlates,
Ni les fruits,
Ni rien.

On comprend bien que pour eux ici au marché
la seule marchandise utile et vraiment indispensable
ce sont les ballons de couleur.
Le vendeur infatigable bonimente :
– « Le meilleur amusement pour les enfants! »
Et autour de l’homme loquace les petits enfants pauvres font
un cercle inamovible de désir et d’émerveillement.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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Tant d’ouate… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Martine Ivaldi
    
Tant d’ouate…

Tant d’ouate sanguinolente,
Parmi les marais s’entassant,
Toutes ces odeurs si ferventes
Qu’exhale l’étang croupissant…

Il monte des mauves bourbiers
Où pourrit l’herbe par torchées,
Des parfums comme extasiés
Vers quelles déités cachées?

Des parfums d’un tel idéal
Evocateurs et d’une ivresse
Si pénétrante qu’ils font mal:
Poignard aigu qui vous transperce,

Ou langoureux baiser qui mord.
Quel secret profond balbutie
Par delà l’amour et la mort
La vase où baignent les orties?

(Marie Dauguet)

 

 

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MER (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



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MER

De tous les lieux du monde
J’aime d’un amour plus fort et plus profond
Cette plage-là, extasiée et nue,
Où j’épousai la mer, le vent, la lune.

***

MAR

De todos os cantos do mundo
Amo com um amor mais forte e mais profundo
Aquel Praia extasiada e nua,
Onde me uni ao mar, ao vento e à lua.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Pierre Brault

 

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Printemps (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
Printemps

De lointaines tiédeurs, errantes mains, caressent,
Moiteur de peau sortant des troncs velus que pressent
Le lierre et les lichens. La volupté confond

Les bras humains avec la courbure assouplie
Des bouleaux étirant leur geste qui supplie;
Et mon désir comprend, frémit et leur répond.

C’est l’amour qui m’enlace et c’est lui qui m’enfièvre
A travers le vent chaud dont m’étouffe la lèvre;
Je lui ouvre ma chair qui veut et qui consent.

La force que j’adore, en la brise aromale
Flotte indiciblement; la sève triomphale
Dans un suprême élan vient se mêler au sang.

Unité de la vie: Elle est moi, je suis elle;
Je coule éperdument en sa mer qui ruisselle,
Atome extasié, sans pensée et qui jouit

De n’être plus disjoint du pollen des narcisses,
Ni du cri des oiseaux, ni des sourdes délices
Où ce qui doit durer s’aime et s’épanouit.

(Marie Dauguet)

 

 

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La lande (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La lande

Maléfique, voici la mare
Que l’ombre tremblante bigarre.
Reflets de lune en verts glacis,
Par la lande qui se dénude
Etalant sa décrépitude
Glissent sur les ajoncs moisis.

Le réel absurde s’évade;
La chaotique cavalcade
Surgit des fantômes dressés
Sous les tâtonnantes étoiles
Dont le vent écarte les voiles,
Surgit aux lointains effacés.

Comme un encensoir la braise,
Leur coeur flambant que rien n’apaise,
Pas même le tombeau, reluit
Au creux sombre de leur poitrine;
Des gestes brûlants se devinent
Dont l’éclair traverse la nuit.

Brisant les dalles et les pierres,
Dénouant les rameaux des lierres,
Les amants ont joint leur essor,
Comme les mélèzes frémissent,
Les lèvres ardentes bruissent
Se baisant par delà la mort.

Froissant le houx et la bourdaine
L’âpre galop qui les entraîne,
Rapproche genoux à genoux
Et vertèbres contre vertèbres
Les spectres vêtus de ténèbres
Et secoués de spasmes fous.

La lande étangement fermente…
Plus que toi la mort est clémente
Dont s’entr’ouvre parfois le seuil.
O vie amère!… – D’écarlates
Roses, d’oeillets et d’aromates.
Que l’on remplisse mon cercueil!

D’un linceul aux blancheurs de soie
Qu’on m’enveloppe, que je sois
Prêt aux réveils extasiés;
Que vainqueur de la mort, j’étreigne
Mon rêve à cette heure où se baigne
La lune par les verts bourbiers.

(Marie Dauguet)

 

 

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BAISER (René Le Pays)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Alain Gagnon
    
BAISER

Cette liqueur si délectable
Que Jupiter boit à sa table
Ne peut rien avoir de si doux ;
Et les Déités amoureuses
En se baisant sont moins heureuses
Et moins extasiées que nous.

Ton âme et la mienne éperdues
Sur nos lèvres sont confondues
Et font cent tours délicieux ;
Ce baiser te donne la mienne,
Qu’un autre me rende la tienne
Ou je vais mourir à tes yeux.

(René Le Pays)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Aimer d’amour, aimer (Antoine de Bengy-Puyvallée)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



Aimer d’amour, aimer

Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise,
C’est parfois chose exquise, enfant : dans un lis blanc
C’est l’espoir qui dépose, encor vierge et tremblant,
Les perles dont le cœur extasié se grise ;
Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise.

Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là,
Toute la vie est là : c’est un échange d’ailes
Pour deux cœurs confondant leurs battements fidèles,
Vers l’infini bonheur que Dieu même étoila ;
Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là.

Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre,
C’est tout l’être qui vibre aux doigts de la Douleur
Dont l’arpège de feu va hurlant sur le cœur
D’épouvante meurtri, mis à nu fibre à fibre ;
Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre.

Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai ;
Mourir d’amour, mourir : – Calme après la tempête ;
Regrets de l’Infidèle et ses pleurs. – Une fête…
L’adieu, le chant funèbre et doux : « Dies iræ. »
Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai.

(Antoine de Bengy-Puyvallée)

 

 

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Un léger tremblement précède l’aube (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



 

Un léger tremblement précède l’aube
Lorsque mer et ciel dans la même couleur bleuissent
Et que sont plus claires les lumières des bateaux de pêche
Et que par delà les insanités les rumeurs
Extasiée notre vie se contemple

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Querelles des amants (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2016



Querelles des amants ! Trahisons des paroles !
Romances qu’on embrouille aux cordes des violes !
Sanglot criard des violons désaccordés!
Querelles ! soupçons noirs dans les coeurs obsédés,
Grandes douleurs pour les causes les plus petites !
Les seuils sont défendus, les portes interdites
Dans le jardin du Rêve où, tout extasiés,
Les amants s’en allaient à travers les rosiers,
Quand leurs pas, accordés en marches fraternelles,
Semblaient se fuir et se chercher — comme des ailes
Mais voici vers l’ancien jardin de leur amour
D’où l’amante fantasque était partie un jour,
Voici qu’émue au bruit des jets d’eau qui s’égrènent
Elle revient; voici les mains qui se reprennent
Et les bouches aussi comme deux fleurs de mai,
Longuement à travers le grillage fermé !

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Les Absents (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



arbre généalogique [800x600]

Les Absents

Ils ont disparu. Et nous, nous sommes les Autres,
Nous marchons, inconnus nous-mêmes, dans le soleil
Qui brille pour nous et pour nous seuls.
Eux, Ils ont disparu.
Et Ils se font connaître de nous dans cette grande absence
Qui s’étend sur nous et entre nous
Depuis qu’Ils ont disparu.
À présent, dans notre royaume d’été insouciant,
Où nous rêvons, extasiés de soleil, où nous errons
Dans l’oubli profond de la clarté
Et où nous nous dissipons dans l’air
– C’est l’absence qui nous accueille ;
Nous ne nous atteignons pas ; nos âmes s’exhalent dans l’absence
Qui s’étend sur nous et entre nous.
Car nous sommes les Autres.

Et nous pleurons Ceux qui ne sont pas avec nous,
Sans comprendre notre chagrin ni la nature de notre chagrin,
Qui est au-delà de la pensée, de la mémoire et du deuil,
Nous pleurons la perte de ce que nous n’avons jamais
Possédé, les inconnus, les sans-nom,
Les toujours présents qui dans leur absence même
Sont avec nous (avec nous, les héritiers,
Les usurpateurs du soleil et du royaume du soleil)
Sans comprendre que chagrin et solitude
Sont peut-être la voie d’une bénédiction.

(Edwin Muir)

 

 

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