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Les couloirs du Rêve (Hélène Cixous)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Les couloirs du Rêve

C’est par ici,
par les couloirs magiques de la nuit
que reviennent vivants les morts bien-aimés,
la grand-mère de Proust ou mon père,
les villes perdues, Oran, Osnabrück,
plus belles que jamais
dans la distance où le rêve les retient,
c’est ici que les aveugles luttent en s’échangeant,
es-tu moi? es-tu mon frère?

Ici même c’est l’autre monde,
on y est sans effort,
en fermant les portes des yeux.
Ici, chez le Rêve, la mort devient ce qu’elle est:
une séparation seulement presque interminable,
interrompue par des retrouvailles brèves et extatiques,
dans une rame de métro ou dans un train.

Les voix s’échappent du silence.
Ici même c’est l’autre musique.
Écoutez!Sommes-nous dehors?
Sommes-nous dedans?

Vous rêvez.
Continuez à vous laisser rêver.

Il n’y aura pas de fin.

(Hélène Cixous)

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O lune fais surgir… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ô lune fais surgir…

Ô lune, fais surgir, lune aux odeurs suaves,
Des marais langoureux où traîne ta clarté,
Des écluses filtrant une écumeuse bave,
Des ruisseaux étalant leur blême nudité,

Lune, fais s’élever, langage intelligible,
Ces parfums sensuels dont j’aime à m’enivrer,
Révélateurs lointains d’un monde inaccessible
Où nous pouvons par eux un instant pénétrer.

O lune qui promets des délices perverses,
Répands tes lents reflets sur les genêts fumeux;
Leurs groupes inccertains que ta pâleur traverse
Ont des enlacements de couples amoureux:

Corps blancs, corps enivrés! – O lune aromatique,
Tels les rameaux des houx, mon coeur est saturé
De ton baume fluide et, prêtresse extatique
Que sourdement possède un délire sacré,

Je me tiens dans la nuit où coule ton haleine,
Pressentant épuisée au souffle qui m’atteint
Et qui monte vers toi des prés et des fontaines,
Les voluptés sans borne et dont mon âme a faim.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’aube paisible (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Caspar David Friedrich
    

L’aube paisible

L’harmonieux silence erre au fouillis des branches
Et dans l’immense paix d’un matin du dimanche,
Calme extatiquement,
Rien qu’un envol de cloche au fond du firmament.

L’aurore a suspendu sa luisante mantille
Sur le potager bleu où, traînant sa coquille,
S’attarde l’escargot
Zébrant d’argent mouillé les feuilles des pavots.

Les lierres enlacés aux murs qui les étayent,
Répandent leur parfum qu’exaspéra la nuit,
Et les pêchers s’éveillent
Déployant leur fraîcheur où l’abeille bruit.

Un chat muettement, plissant ses yeux de jade,
Glisse à travers les haricots et les salades.
Calme extatiquement,
Le vieux jardin repose au mol égouttement

Des cloches dans l’espace. Et parmi sa glycine,
La maison qu’un trait rose au bord du ciel dessine,
Sur le verger dormant
Ouvre, aux frais angélus, portes et contrevents.

(Marie Dauguet)

 

 

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PAYS DE NEIGE ET DE GLACE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

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PAYS DE NEIGE ET DE GLACE

« Ce lieu… cette région antérieure que
nous ne pouvons désigner que sous le voile
du  » non « , comme néant, mais néant qui
serait aussi le voile de l’être… »
(Blanchot)

Parvenu en ce lieu
où la blancheur est évidente
ici dans les montagnes
où le froid mon élément
me ceint d’éternité

parvenu en ce lieu
haut faîte du néant
où « je » n’a pas de sens
où le moi extatique
est seul avec sa solitude

se brûler la cervelle ?

*

MOUNTAIN AND GLACIER WORLD

« That place… that furthermost region we
can designate only in negative terms as a
nothingness, but a nothingness which is also
the veil of being. »
(Blanchot)

Arrived at this point
where the whiteness is manifest
here in the mountains
where the coldness my element
surrounds me with eternity

arrived at this point
the high crest of nothingness
where the « I » has no meaning
and the self is ecstatically
alone with its aloneness

shall I blow out my brains?

(Kenneth White)

Illustration: Nicholas Roerich

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Lourde étoffe écumeuse (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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Lourde étoffe écumeuse érodant le rocher
La mer est le champ clos d’un sommeil extatique
Étendu et repris sur un feu desséché
La paille et le grain vert des sommeils magnétiques.

Grasse flaque de chair aux cambrures rythmiques
Les coups de rein du ciel arc-boutent l’élément
Élastique, foré de chauds silos d’enfants
Dérobant d’azur noir le long spasme atlantique.

Vénus, mère du sang qui déferle dans l’homme
Déchira l’eau salée, le corps ciré d’embruns ;
Des poissons l’escortaient, des animaux, des pommes ;
Une crevette rose ourlait son ventre brun.

(Luc Bérimont)

Illustration: Kazuya Akimoto

 

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Jardin d’ivresse (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016



Jardin d’ivresse

Amour Feu, mon brasier, ma déchirure, tu viens
d’en haut, tu viens d’en bas, de partout à la fois.
Je suis l’incendie, je suis la joie qui me consume.

Quel est ce Feu, cette combustion extatique et
sans Fin, cette ivresse embrasée ?

Au couchant de ma vie, tu jaillis ma folle
incandescence et la mort à l’horizon comme un
cri d’Amour exhale son triomphe. Quelle est cette
fusée qui explose en plein coeur et me donne
une puissance exaltante et cachée ?

Quand la peur de mourir, calcinée jusqu’à la
moelle n’est plus qu’une gerbe d’étincelles
enivrée de soleil, dans quels rires, dans quelles
transes, dans quelles Amours inconnues puis-je
encore me consumer ? Quand la mort se profile
et devient fleur au jardin de ma passion qu’ai-je
encore à découvrir, à cueillir ou donner ?

Danser la mort, danser la vie à tous les instants,
c’est danser la naissance d’un million d’éclats de
rire.

(Marianne Dubois)

son site ici

Illustration: Josephine Wall

 

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