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Posts Tagged ‘exténué’

Le son exténué se traîne dans la pluie (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



Le son exténué se traîne dans la pluie
Et le son dans la pluie erre comme un radeau.
Ah ! cette pluie en nous ! c’est comme une araignée
Qui tisse dans notre âme avec ses longs fils d’eau
Inexorablement une toile mouillée !
Sans cesse cette pluie à l’âme, ce brouillard
Qui se condense et fond en bruines accrues;
Comme on a mal à l’âme, et comme il se fait tard !
Et l’âme écoute au loin pleuviner dans ses rues…

(Georges Rodenbach)

 

 

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NOSTALGIE DE JEUNESSE BLANCHE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



NOSTALGIE DE JEUNESSE BLANCHE

Douleur de voir une par une
Les fleurs de sa jeunesse en fuite dans le vent,
Et de les voir tomber sur le gazon mouvant
Comme des larmes de la Lune.

Douleur de voir diminué
Son patrimoine ancien d’espérance et de rêve,
Et d’être un grand oiseau perdu sur une grève,
Qui bat de l’aile, exténué !

Douleur d’avoir appris la vie,
De ne plus croire à rien des choses qu’on rêva,
Et de ne plus savoir vers quel soleil on va
Sur la pente qu’on a gravie.

Douleur, la plus grande douleur !
Éternelle douleur de douter de soi-même,
Et d’ignorer toujours si l’Art béni qu’on aime
Couronnera votre pâleur

Devant les belles jeunes vierges,
Douleur de se sentir incapable d’aimer,
Et de n’être plus chaste et digne d’allumer
Ses désirs purs comme des cierges.

Douleur dans les jardins, le soir,
Quand elles vont rêvant à leurs amours prochaines
Et que leur âme en fleur monte à travers les chênes
Avec des parfums d’encensoir.

Douleur de se sentir indigne
Et qu’au lac de son coeur sali, bourbeux, obscur,
Jamais ne flottera, dans des frissons d’azur,
L’innocence d’un pareil cygne !

Oh ! soi-même redevenir
L’homme candide et bon de son adolescence,
Et, rentrant dans son coeur comme après une absence,
Recommencer son avenir !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Sophie Gengembre Anderson

 

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Voix qui revenez (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2015



Voix qui revenez

Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix :
Refrains exténués de choses en allées,
Et sonnailles de mule au détour des allées,
Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.
Flacons, et vous, grisez-nous, flacons d’autrefois :

Senteurs en des moissons de toisons recélées,
Chairs d’ambre, chairs de musc, bouches de giroflées.
Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d’autrefois.

En ce matin d’hiver et d’ombre, l’alouette,
En ce matin d’hiver, l’alouette est muette.
Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.
Les lys sont coupés dans le jardin, et les roses,
Et les iris au bord des eaux, des eaux moroses.
Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d’autrefois.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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LE RETOUR DES DIEUX (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2015


 


Campos Edson 01 [1280x768]

LE RETOUR DES DIEUX

Seins issus d’une fête labiale
et cachetés à la cire du souvenir
une fille sourit à sa peau
dans le vent nu des campagnes
puis ses mains descendent le long
comme l’ancre d’un vaisseau
reconduit à la terre

Reflet exténué des saisons vécues
elle se replie sur un mal
plus secret que toute mort
sur la tige nacrée de sa solitude
de son corps
sur l’odeur brusque de l’amour
dans un tiroir d’embruns

les doigts à l’épreuve du tambour
la taille sur la pente du cerceau
elle s’affaiblit dans l’eau légère
de sa propre distance
comme un sort mal jeté

Aucun réveil pourtant
aucun réveil possible
sans le retour des Dieux
auxquels nulle croyance n’est due.

(Georges Henein)

Illustration: Campos Edson

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Watteau peut-être (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2015



Antoine Watteau 0

Watteau peut-être

Blanche, longue
une main, arbre fleur fruit
exténuée

(Paul Nougé)

Illustration: Antoine Watteau

 

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Mezza voce (Linda Bastide)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Mezza voce

Ils sont là.
Des millions de gens passés au fil de l’horreur,
depuis le commencement.
Et qui attendent.

Tu vois, c’est simple, ils sont là.
Je ne raconte pas une histoire ou un rêve.
Il ne s’agit pas d’un conte ou d’une folie.
Je te parle de ma vie.

Ça se passe sous mes yeux. Ils sont derrière moi
quand je marche dans la rue, ils envahissent
mon jardin au crépuscule, sans un bruit. Ils
s’allongent à perpétuité, et jonchent le sol de
leurs pauvres cadavres, si nombreux qu’ils
recouvrent l’herbe verte et s’entassent les uns
sur les autres. Les enfants au-dessus.

Souvent, ils se taisent, ruinés de fatigue. Ou bien
ils hurlent, ils sanglotent, ils geignent et se
déchirent, réclamant père ou mère en des
langues différentes et que je comprends toutes.
Ils traversent le temps, pour venir m’écorcer de
leurs caresses froides. On s’étouffe dans le sang
des promesses non tenues.

Je suis l’herboriste des expirations.
Aujourd’hui même, qui passera d’un souffle
l’autre, et de quelle façon ?
Choisis. Un homme, une femme, un enfant.
Choisis.
A toi de voir.

Pour le fardeau de mémoire, pour l’inconsolable
minute de silence, pour les veillées à venir, je
répète, je ressasse et j’insiste.

Tu vois, c’est simple. Ils sont là.
Et elles chanteront longtemps, ces voix
exténuées qui rampent et qui me hantent.
Si tu n’écoutes pas.

(Linda Bastide)

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IVRESSE DE MORT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2015



 

Otto Dix   Painting 156 [1280x768]

IVRESSE DE MORT

Tout est gris, silence, mort.
Les hommes voltigent
Comme chauves-souris
De pierre en pierre.
Exténués de vol,
Las, tués.

Leurs coeurs sont minéraux,
La sève n’irrigue plus leurs branches,
L’esprit n’enfante plus l’espoir.
Les coeurs sont secs.

Meubles à l’encan,
Coeurs au clou,
Raisons enrôlées,
La foule se pend aux croisées.

Les suicidés,
Les pendus
Oscillent aux fenêtres.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Otto Dix 

 

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L’OMBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2015



L’OMBRE

Aux jours où la chaleur arrêtait toute vie,
Quand le soleil, sur les labours exténués,
Pressait contre son coeur le vignoble muet,
A l’heure où des faucheurs l’armée anéantie
Écrasait l’herbe sous des corps crucifiés, —
Seul debout, en ces jours de feu et de poussière,
En face du sommeil accablé de la terre,
Assourdi par le cri des cigales sans nombre,
Je cherchais votre coeur, comme je cherchais l’ombre.

(François Mauriac)

Illustration: Catherine Thiam-Vernanchet

 

 

 

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