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Et si l’on vous demande (Barbara Auzou)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Et si l’on vous demande

Et si l’on vous demande
Vous répondrez que je ne suis qu’une crieuse d’herbes
Cultivant son âge et sa déraison dans un rire frais
Découpé dans les clairières de l’enfance et que je répare
En toutes saisons l’oiseau que le vent indocile a cassé
Qu’il aurait été trop facile de faire rimer demande avec amandes
Dans ces conditions et au coin de votre oeil hilare.

(Barbara Auzou)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Revue Traction-Brabant 88
Traduction:
Editions: Patrice Maltaverne

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Ode (Valery Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Ode

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !

J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow.
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
Étaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(Huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)
Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !

Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn , prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.

(Valery Larbaud)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Murad Sayen

 

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Vivre (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Vivre

J’ai cueilli cette fleur sauvage
Elle n’était belle que de loin
Je l’ai cueillie pensant à vous
Et à ce bruit d’eau que font les jours

Nous reviendrons dans ce jardin
Une autre fois quand les étoiles
Guideront la barque de la lune
Où la nuit songeuse est assise

Mais ce soir je ne peux pas
Me souvenir de mes amours
Il fait très noir et je ne sais
Quel chemin suivre pour vous joindre

A l’aube sûrement nous pourrons
Entrelacer nos mains encore
Et tout sera tellement facile
Une alouette nous guidera

Même la mort n’y pourra rien
C’est très facile d’être seuls
Il suffit de fermer les yeux
Le reste est déjà là inscrit dans la rosée.

(Robert Momeux)

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C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Christian Lepère
    
C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE

Bref il est toujours facile
de croire que tout finit
et de se moquer du monde

Mais quand il s’agit
de mourir à petit feu
et d’agoniser bravement

Alors il faut bien chanter
crier maudire ou hurler
que la vie est un enfer

Et croire que tout est fini
et tout est à recommencer

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Je demande (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    

Je demande

Je me demande chaque heure mille fois
D’où me vint cette conscience d’un poids,
Ce souffrir sourd, toujours plus profond.
J’ai perdu depuis longtemps toute joie
De m’éprouver dans l’épuisement,
Je suis tourmentée dans mon cheminement
Et amère de ne savoir me garder.

Je me secoue en m’exhibant vers les cieux,
M’essaie à la jouissance et à la frénésie.
J’ai rompu avec Dieu et son monde
Et même à genoux n’ai jamais senti
Qu’existe cette paix humble
Que les autres atteignent si facilement.

Cependant, je dois être de Dieu, en toute contradiction.
Pour le croire comme il me faut croire,
Il faut bien qu’il me donne de son rayonnement.
Comme tu es las, monde qui m’as enfantée,
Pour n’être prêt qu’à m’imposer des chaînes et,
Alors que je peux m’enflammer, m’enchanter,
Ensevelir en moi plus fixement tes ombres.

***

Ich frage

Ich frage mich aile Stunden tausendmal,
Woher mir dieses Lastbewußtsein kam,
Dies dumpfe immer tiefer Schmerzen.
Ich habe aile Freude längst verloren,
Mich zu empfinden in den Mattigkeiten,
Ich bin gequält in meinem Weiterschreiten
Und bitter, daß ich mich nicht wehren kann.

Ich schüttel mich in himmelwärt’ger Schau,
Versuch mich in Genuß und Raserei.
Ich bin mit Gott und seiner Welt zerfallen
Und habe selbst im Knieen nie gefühlt,
Daß es den Demutfrieden gibt,
Den aile andern sich so leicht erdienen.

Ich doch Gottes sein, in allem Widerspruch.
Ihn so zu glauben, wie ich glauben
Mie er notwendig mich aus seinem Strahle geben.
Wie bist du müde, Welt, die mich geboren,
Einzig bereit, mir Ketten aufzudrücken
Und, wo ich lodern kann und mich entzücken,
Mir deine Schatten fester einzugraben.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Ah! Ah! (Guy Chambelland)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019


 

Ah! Ah!

Le poème n’a rien à voir avec l’invention.
Il n’est que la photographie d’un état d’âme
prise au bon moment et sous un bon angle.
(Il faut évidemment savoir répérer l’âme…)
Une fois cadrée il faut bien avouer
que rien n’est plus facile qu’un poème de génie.

(Guy Chambelland)

 

 

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D’un abîme à un autre abîme (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Miguel Chevalier
    
D’un abîme à un autre abîme.
Ainsi avons-nous vécu.
Et lorsque c’était le tour de l’interlude
d’une zone de l’air,
où il est facile de respirer et de se soutenir,
nos regrettions sans vouloir l’abîme
qui nous nourrissait du rien.

Du fond de l’être gravit un sortilège
pour demander, lorsque la mort arrive,
que tout soit un abîme, non une autre direction.

Il nous y poussera peut-être des ailes.

A l’intérieur d’un abîme en est toujours un autre.
Et à défaut de différence il y aura distance.
Il ne nous reste qu’à trouver et à être
la distance à l’intérieur de l’abîme.

***

De un abismo a otro abismo.
Así hemos vivido.
Y cuando nos tocaba el interludio
de una zona de aire,
donde es fácil respirar y sostenerse,
añorábamos sin querer el abismo,
que nos ha amamantado con la nada.

Desde el fondo del ser trepa un ensalmo
para pedir, cuando llegue la muerte,
que todo sea un abismo, no otro rumbo.

Tal vez en él nos crezcan alas.

Adentro de un abismo siempre hay otro.
Ysi no hay diferencia habrá distancia.
Sólo nos falta hallar y ser tan solo
la distancia de adentro del abismo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Je suis la dernière fleur de l’automne (Edith Södergrun)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Je suis la dernière fleur de l’automne.
Je suis la plus jeune graine du printemps mort,
Il est facile de mourir la dernière.

(Edith Södergrun)

Illustration

 

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Lumière lumineuse (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Hommage aux anges
[25]

… du n’a que faire
de la lune pour luire,

car minute après minute il cliquait
(le réveil à la tête de mon lit,

avec son disque terne, lumineux)
quand la Dame a frappé ;

Je parlais, bavardais
avec des amis dans l’autre pièce,

quand nous avons vu le vestibule
s’éclairer — alors nous avons vu où était la porte,

il n’y avait pas de porte
(c’était un rêve, évidemment),

et elle se tenait là,
en fait, sur le palier de l’escalier.

[26]

L’un de nous a dit, c’est étrange,
elle est vraiment là-bas,

je me demande ce qui l’a fait venir ?
un autre d’entre nous a dit,

avons-nous un pouvoir en groupe,
nous trois ensemble,

qui agisse comme une sorte d’aimant,
qui attire le surnaturel ?

(et pourtant c’était tout à fait naturel,
nous en convenions) ;

j’ignore ce que j’ai dit
ou si j’ai dit quelque chose,

car avant d’avoir le temps de parler,
j’ai compris que j’avais rêvé,

que j’étais alors couchée sur mon lit,
que la lumière lumineuse

était le cadran phosphorescent
de mon petit réveil

et les coups légers à la porte
étaient le tictac du réveil.

[27]

Et pourtant de façon très subtile,
elle était là plus que jamais,

comme si elle s’était miraculeusement
rattachée au temps d’ici,

ce qui n’est pas une chose facile, difficile
même pour un étranger plein d’expérience,

à propos desquels n’oubliez pas
car il y en a eu qui ont logé des Anges sans le savoir.

***

… of the no need
of the moon to shine in it,

for it was ticking minute by minute
(the clock at my bed-head,

with its dim, luminous disc)
when the Lady knocked;

I was talking casually
with friends in the other room,

when we saw the outer hall
grow lighter—then we saw where the door was,

there was no door
(this was a dream of course),

and she was standing there,
actually, at the turn of the stair.

One of us said, how odd,
she is actually standing there,

I wonder what brought her?
another of us said,

have we some power between us,
we three together,

that acts as a sort of magnet,
that attracts the super-natural?

(yet it was all natural enough,
we agreed) ;

I do not know what I said
or if I said anything,

for before I had time to speak,
I realized I had been dreaming,

that I lay awake now on my bed,
that the luminous light

was the phosphorescent face
of my little clock

and the faint knocking
was the clock ticking.

And yet in some very subtle way,
she was there more than ever,

as if she had miraculously
related herself to time here,

which is no easy trick, difficult
even for the experienced stranger,

of whom we must be not forgetful
for some have entertained angels unawares.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Marc Chagall

 

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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