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Poésie

Posts Tagged ‘facteur’

La Lettre (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

La Lettre

Et mon temps devient fête
Et j’attends… et je guette…

Et entre deux facteurs
Je ronronne en mon coeur
Ecris-moi… ou je crève…

Et mon temps devient lent
Chaque jour est un an…

Et entre deux questions
Je m’instille un poison
Ecris-moi. Ou je crève…

Et mon temps devient laid
Triste, lourd et inquiet…

Et en dedans de moi
Je gueule à pleine voix
Ecris-moi ! ou je crève !

Et mon temps devient gris
Et je m’y perds d’ennui…

Et entre deux sanglots
Je supplie sans un mot
Ecris-moi…! ou je crève

Et mon temps devient fiel
S’y meurtrit mon appel

Et d’espoir en dépit
Bouche cousue je dis
Ecris-moi… (ou je crève…)

Et mon temps devient sec
Je ne suis qu’ongles, bec…

Et mon temps devient fou
Comme un rêve debout…

Et mon temps devient… rien
Et mon temps devient leurre…
Et entre deux facteurs…

Ecris-moi ou je crève…
Ecris-moi ou je crève…
Ecris-moi ou je crève…!

(Esther Granek)

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La Boîte aux Lettres (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



La Boîte aux Lettres

Jamais le facteur ne s’arrête
– sauf quelquefois pour un journal –
A la hauteur de ce portail
Où s’accroche une boîte aux lettres.

Or, ce matin – un samedi –
La boîte s’ouvre sur un nid,
Sur le bec jaune des petits,
Sur l’entonnoir de leur gosier;

Deux mésanges viennent d’écrire
Et c’est sur la pointe du pied
Que le vieux couple pourra lire
Les sept lettres de son courrier.

(Pierre Menanteau)


Illustration

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Quand un facteur s’envole (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

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Quand un facteur s’envole

Quand un facteur s´envole
S´envole s´envole
C´est qu´il est trop léger
Alors pour voyager
Au-dessus des platanes
Il plane il plane
Au-dessus des maisons
Il chante une chanson
Les oiseaux à la ronde
Lui font bonjour
Autant d´oiseaux au monde
Autant de lettres d´amour
Que le facteur apporte
Et glisse sous les portes
C´est le courrier du cœur
Le courrier du bonheur
C´est le courrier du cœur
Le courrier du bonheur
Joie sans pareille
Pour le facteur
Comme il fait bleu qu´il fait bon dans son cœur
Il s´émerveille
Ô liberté
Joli soleil
Amour clarté!

2. Quand un facteur s´envole
S´envole s´envole
Il voit le monde petit
Les gens comme des fourmis
Le clocher du village
Bien sage bien sage
L´école et la mairie
Et la gendarmerie
Sa fiancée toute rose
Dans un jardin
Comme une fleur éclose
Au milieu du chemin
Alors vite il se repose
Et cueille cette rose
Qu´il emporte avec lui
Seul dans son paradis
Qu´il emporte avec lui
Seul dans son paradis
Et c´est ainsi
Ainsi que finit
La chanson folle
Du facteur qui s´envole

(Charles Trenet)

 

 

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Un livre, à quoi ça sert ? (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Un livre, à quoi ça sert ?
À écrire. Ça sert à écrire, à lire, à dessiner.
À écrire ce qui est écrit, à lire ce qui est écrit.
À dessiner des animaux, des arbres, des poissons, des cendriers, des livres, des hommes, des enfants.
À dessiner tout ce qu’on voit.
A compter aussi, à mettre des chiffres.
À raconter des histoires, l’histoire du hibou, l’histoire de la montagne creuse et de la forêt avec les loups.
À faire le ciel, à faire le soleil. A faire une chemise. À faire un pot de fleurs, et une cigarette.
On dessine. On colorie.
On dessine les maisons.
On dessine les salamandres et les escargots.
On peut les faire à l’endroit, et puis à l’envers.
On peut les faire avec des craies, avec des pinceaux.
Avec des allumettes aussi.
Avec de la paille.
Avec des feuilles.
Avec des cheveux.
Avec de l’herbe. Avec des morceaux de bois.
On peut coller, on peut découper avec des ciseaux.
Un livre, ça peut être une boîte.
ça sert à se rappeler, aussi.
A gribouiller.
À cacher les choses, pour que les autres ne les trouvent pas.
ça sert à envoyer des lettres aussi. À mettre les lettres et les cartes quand le facteur les a apportées.
À coller des photos.
Un livre, ça sert à lire le journal.
On écrit les lettres, les O, les A, les Z, les W.
On écrit ZORRO, CHAT ISABELLE.
Ça sert à courir dans le jardin.
Un livre, ça sert à mettre ce qu’on a rêvé cette nuit.
Quand on s’est bien amusé avec, on n’a plus qu’à le jeter à la poubelle.

(J.M.G. Le Clézio)


Illustration

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La révélation (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
La révélation

deux ou trois
fois
j’ai été sûr

de toucher au fond des choses
de savoir
le tissu de ma formule
fait d’allusions comme le Phédon
avait aussi la précision
d’une équation d’Heisenberg

assis immobile
les yeux embués
je sentais mon épine dorsale
gagnée d’une claire certitude

la terre s’arrêta
et le ciel s’arrêta
mon immobilité
était presque parfaite

le facteur sonna
je dus rincer la théière
préparer du thé

Shiva leva le doigt
les objets célestes et terrestres
reprirent leur course

je revins dans la pièce
fini le calme parfait
l’idée du verre
s’était renversée sur la table

assis immobile
les yeux embués
empli de vide
soit de désir

si cela m’arrive encore
ni la sonnette du facteur
ni la clameur des anges ne me troublera

je serai assis
immobile
contemplant
le coeur des choses

une étoile morte

une goutte noire d’infini

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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Ma Mère (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Ma Mère

Je la vois, tenant son bol à deux mains.
Le soir tombait, c’était dimanche.
Elle souriait en silence,
Assise un peu dans la pénombre.

Elle apportait, de chez Son Excellence,
Une assiettée, tout son dîner.
Nous nous couchions et je songeais
Qu’eux en mangeaient une marmite.

C’était ma mère, mince et bientôt morte,
Car les laveuses meurent jeunes.
Leur corps tremble sous les fardeaux,
Le repassage use la tête.

La vapeur semble un nuage apaisant
Sur le linge sale en montagnes.
Pour ce qui est de changer d’air
Les laveuses ont le grenier.

Je la vois finir, le fer à la main.
Sa taille, toujours plus fragile,
A été brisée par le capital.
Pensez-y bien, ô prolétaires!

Courbée par sa tâche, elle était pourtant
Une jeune femme et je l’ignorais.
En rêve, elle avait un tablier propre,
Parfois, le facteur lui disait bonjour.

(Attila Jozsef)


Illustration: Edgar Degas

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Le chagrin (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le chagrin

Gris et muet, le chagrin est facteur.
Bleus sont ses yeux. Son visage est maigreur.
Une sacoche pend de son épaule fine.
Sombre est son vieux manteau comme charbon de mine.
Et bat, dans sa poitrine,
Un tic-tac bon marché.

Ayant, sur le trottoir, timidement marché,
Rasé les murs… sous un porche, il arrive.
Il disparaît telle une âme craintive.

Il frappe. On ouvre. Il tend une missive.

(Attila Jozsef)

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Que veux-tu de moi (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Illustration: Nicolas Poussin
    
« Que veux-tu de moi, dit Mercure.
— Ton sourire et tes dents, dit Vénus.
— Elles sont fausses. Que veux-tu de moi?
— Ton caducée.
— Je ne m’en sépare point.
— Viens l’apporter ici, divin facteur. »

(Max Jacob)

 

Recueil: Le Cornet à dés
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cassures (Elsie Suréna)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Bruno Walpoth -Zoom

Cassures

Nudités des jours
Écoulés sans surprise
Les uns
À la suite
Des autres
Est-ce cela vivre?

Amitiés aussi incertaines
Aussi maladroites parfois
Qu’une écriture tremblée
Est-ce cela vivre?

Brèves amours
Qui se suivent
Et se ressemblent
Tel un cheminement
De fourmis folles
Est-ce cela vivre?

Île natale aussi présente en moi
Qu’en gestation dans ses eaux à rompre
Là-bas où le facteur plaint les miens
Est-ce cela vivre?

Pays cassé au ras de nos rêves
Toujours blessé de vents contraires
Et chaque jour un peu plus délaissé
Parviendrai-je au bout du voyage
À me rencontrer face à face
Pour mieux te revenir et enfin vivre?

(Elsie Suréna)

Illustration: Bruno Walpoth

 

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Le facteur (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration
    
Le facteur

Je vais guetter le facteur au bas du chemin non que j’en
attende rien de neuf. Voilà longtemps que tout ce qui
devait être écrit l’a été.

Mais si le journal disait que c’est le dernier jour ? Les
chaises du jardin sont renversées sous l’arbre. Eh bien
nous marchions déjà sur les pieds de notre ombre. Que
votre coeur ne se trouble pas.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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