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Poésie

Posts Tagged ‘facteur’

Ma Mère (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Ma Mère

Je la vois, tenant son bol à deux mains.
Le soir tombait, c’était dimanche.
Elle souriait en silence,
Assise un peu dans la pénombre.

Elle apportait, de chez Son Excellence,
Une assiettée, tout son dîner.
Nous nous couchions et je songeais
Qu’eux en mangeaient une marmite.

C’était ma mère, mince et bientôt morte,
Car les laveuses meurent jeunes.
Leur corps tremble sous les fardeaux,
Le repassage use la tête.

La vapeur semble un nuage apaisant
Sur le linge sale en montagnes.
Pour ce qui est de changer d’air
Les laveuses ont le grenier.

Je la vois finir, le fer à la main.
Sa taille, toujours plus fragile,
A été brisée par le capital.
Pensez-y bien, ô prolétaires!

Courbée par sa tâche, elle était pourtant
Une jeune femme et je l’ignorais.
En rêve, elle avait un tablier propre,
Parfois, le facteur lui disait bonjour.

(Attila Jozsef)


Illustration: Edgar Degas

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Le chagrin (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le chagrin

Gris et muet, le chagrin est facteur.
Bleus sont ses yeux. Son visage est maigreur.
Une sacoche pend de son épaule fine.
Sombre est son vieux manteau comme charbon de mine.
Et bat, dans sa poitrine,
Un tic-tac bon marché.

Ayant, sur le trottoir, timidement marché,
Rasé les murs… sous un porche, il arrive.
Il disparaît telle une âme craintive.

Il frappe. On ouvre. Il tend une missive.

(Attila Jozsef)

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Que veux-tu de moi (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Illustration: Nicolas Poussin
    
« Que veux-tu de moi, dit Mercure.
— Ton sourire et tes dents, dit Vénus.
— Elles sont fausses. Que veux-tu de moi?
— Ton caducée.
— Je ne m’en sépare point.
— Viens l’apporter ici, divin facteur. »

(Max Jacob)

 

Recueil: Le Cornet à dés
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cassures (Elsie Suréna)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Bruno Walpoth -Zoom

Cassures

Nudités des jours
Écoulés sans surprise
Les uns
À la suite
Des autres
Est-ce cela vivre?

Amitiés aussi incertaines
Aussi maladroites parfois
Qu’une écriture tremblée
Est-ce cela vivre?

Brèves amours
Qui se suivent
Et se ressemblent
Tel un cheminement
De fourmis folles
Est-ce cela vivre?

Île natale aussi présente en moi
Qu’en gestation dans ses eaux à rompre
Là-bas où le facteur plaint les miens
Est-ce cela vivre?

Pays cassé au ras de nos rêves
Toujours blessé de vents contraires
Et chaque jour un peu plus délaissé
Parviendrai-je au bout du voyage
À me rencontrer face à face
Pour mieux te revenir et enfin vivre?

(Elsie Suréna)

Illustration: Bruno Walpoth

 

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Le facteur (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration
    
Le facteur

Je vais guetter le facteur au bas du chemin non que j’en
attende rien de neuf. Voilà longtemps que tout ce qui
devait être écrit l’a été.

Mais si le journal disait que c’est le dernier jour ? Les
chaises du jardin sont renversées sous l’arbre. Eh bien
nous marchions déjà sur les pieds de notre ombre. Que
votre coeur ne se trouble pas.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA SURVIVANTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
LA SURVIVANTE

Toi
Comme il faudrait toutes les sources
Ma survivante des forêts
Toi dans le ciel avec les ourses
Qui perdent lentement leur lait
Toi que je nomme en ma mémoire
Carpe de lune pour eaux noires
Sais-tu bien que je pleure encor

Quatre murs blancs c’est un décor
Quatre murs blancs sans une image
Du Dieu qui dès l’apprentissage
Fit un chef-d’œuvre de son corps

Mais par bonheur une fenêtre
Grande ouverte sur la vallée
Un facteur va dans les allées
Du ciel en soulevant tes lettres

Lettres ou fleurs je ne sais pas
L’encre est bleue comme les lilas
Abeilles déchiffrez la neige
Colombe emporte ces mots-là

Et toi qui m’écris sur la route
Sur le pupitre des prairies
Aide-moi à terrasser toutes
Les roses noires de ma vie.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Le cœur définitif
Traduction:
Editions: Seghers

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Jour de cafard (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



calimero

Jour de cafard

D’abord on n’a pas entendu le réveil et se levant en toute hâte
on se meurtrit le gros orteil contre un outil oublié

En se rattrapant au mur on fait tomber une gravure précieuse
dont la vitre vole en éclats les plombs sautent

Dès qu’ils sont enfin réparés le facteur sonne
apportant un avis recommandé du contrôleur des contributions

Alors on voit qu’un bouton manque au col de la chemise qu’on vient d’enfiler
c’est le moment que choisit la dent creuse pour vous rappeler
qu’il est urgent de la faire soigner

(Michel Butor)

 

 

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Le facteur (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Le facteur

Lorsque j’étais enfant, ma mère me disait :
« Si, homme, il m’avait fallu choisir un métier,
C’est un facteur rural que j’aurais voulu être. »
Et moi je l’admirais quand il passait, ses guêtres,
Et ses cannes de houx cueillies dans les clairières.
Ah ! Il était pour moi le parcoureur de terres,
Le voyageur qui s’en revient de l’inconnu.
Son monde était immense, en effet, j’avais vu,
Un jour après midi que nous nous promenions,
Que la route pouvait aller jusqu’à Ozon *.

(Francis Jammes)

 

 

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Facteur de trouble (Philippe Garnier)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2015



revolution

 

Les révolutionnaires avaient passé commande
de trente mille barricades
Il y eut retard aux livraisons
Quand enfin ils les reçurent
les idées avaient changé.

(Philippe Garnier)

 

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Cette drôle d’envie (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015


boite-lettre

 

sentir l’odeur du linge
séché dehors sur un fil
comme un soleil après l’hiver
et se dire qu’avec le drap
qu’on plie à deux
dans la maison
on range toujours chacun
des coins de son histoire
dans des armoires
ou sous des piles de mots
qu’on entasse
et qui finissent par peser lourd
entre ce qu’on vit
et ce qu’on écrit
quand on ouvre les fenêtres
pour la chaleur des pièces
et qu’on se demande
si c’est quelque chose qui finit
ou qui commence
cette drôle d’envie
d’aller voir dans la boîte à lettres
alors qu’aujourd’hui
le facteur ne passe pas.

(François de Cornière)

 

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