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Poésie

Posts Tagged ‘factice’

Dans l’abîme d’un rêve (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2018



Illustration: Sonia Dziabas

    
Dans l’abîme d’un rêve fait
D’inquiétude et de tristesse,
Mon coeur inutile et distrait
A survécu à tes caresses.

Car c’est là, dans ce rêve noir,
Si loin de ta clarté factice,
Que j’ai retrouvé cet espoir
Dont tu n’étais que la malice.

Car cet espoir n’était enfin
Que d’être d’accord unitaire
Avec mon ombre de destin
Pour qu’il, enfin, puisse se taire.

(Fernando Pessoa)

 

Recueil: Poèmes français
Traduction:
Editions: de la Différence

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Paris (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


embouteillage-paris_446

Gens revenus de tout,
exaltation factice,
voitures triomphantes.
Je tiens le coup en songeant à la joie que j’aurai
de retrouver mon soleil et mes livres.

Enfermé dans un taxi puant,
lui-même pris comme un rat
dans un embouteillage monstre,
je pense à mon chat
qui se promène là-bas
parmi le thym et les herbes folles.

(Henri-Frédéric Blanc)

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LE BEAU PALAIS DE JADE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018




    
LE BEAU PALAIS DE JADE
Thou-Fou

En faisant mille circuits, le ruisseau court,
sous les sapins, entre lesquels le vent s’allonge.
Les rats gris, s’enfuient, vers les vieilles tuiles.

A quel roi fut ce palais ?… on ne le sait plus…
Le toit avec les murailles, au pied de ce rocher à pic, tout est tombé.
Les feux-esprits, nés du sang des soldats tués, hantent la ruine.

Sur la route détruite, les sources qui s’écoulent, semblent sangloter des regrets.
Et, du bruit de toutes ces eaux vives, les échos forment une véritable musique.
La couleur de l’automne, jette sa douce mélancolie, sur toutes choses.

Hélas ! la beauté de celles qui, là, furent belles,
devient maintenant de la poussière jaune !
A quoi servit, alors, d’admirer le charme factice du fard,
et même la vraie beauté qui s’en ornait, non moins que lui, éphémère ?

Et ce roi ! Qu’est devenue la garde fringante, qui accompagnait son char doré ?
De tant de biens, de tant de créatures, que lui reste-t-il aujourd’hui ?

rien de plus qu’un cheval de pierre, sur son tombeau.
Une profonde mélancolie me vient…

Sur la natte que m’offre l’herbe douce, je m’assieds.
Je commence à chanter…
Mes larmes, qui débordent, mouillent mes mains, me suffoquent !…

Hélas ! tour à tour, chacun s’avance, sur le chemin.
Et tous savent, bientôt, qu’il ne conduit à rien.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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NOCTURNE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Arnold Böcklin
    
NOCTURNE

Je veux exprimer mon angoisse par des vers
qui diront abolie ma jeunesse de rêves et de roses,
et amèrement détruite mon innocence première
par des soucis médiocres et une peine grandiose.

Et le voyage vers un vague Orient sur d’invisibles barques,
et les graines d’oraisons qui fleurirent en blasphème,
et les effarements du cygne au milieu des flaques
et le bleu nocturne et factice de l’odieuse bohème.

Clavicorde lointain qui dans le silence et l’oubli
ne donna jamais au rêve ses accords éminents,
esquif orphelin, arbre très illustre, obscur nid
qui adoucit la nuit d’une tendresse d’argent…

Espérance odorante d’herbes fraîches, madrigal
du rossignol printanier, de l’oiseau matinal,
fleur de lys arrachée par un destin fatal,
poursuite du bonheur, persécution du mal…

L’amphore funeste contient le venin des anges
qui sera au long de la vie la torture intérieure,
la conscience épouvantable de notre humaine fange
et l’horreur de se sentir passager, l’horreur

d’avancer à tâtons, en d’erratiques alarmes,
vers cet inconnu inévitable et la
violence cauchemardesque de ce sommeil de larmes
dont nulle autre qu’Elle ne nous éveillera !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Oublie ton corps (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Oublie ton corps,
de l’amour garde
le parfum qui t’aidera
à combler ton désir,

Écarte les autres,
des vivants garde
le visage qui incarnera
ta solitude,

Efface ta mémoire,
des souvenirs garde
celui qui contiendra
secrète ton histoire,

La nuit vient,

Ne crains rien,
elle sera plus douce
que ce jour amer,
elle sera plus vraie
que ce jour factice
elle sera plus forte
que ce jour épuisé ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Pour être moi j’écris (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Pour être moi j’écris :
C’est aux mots de comprendre.
Poème favori,
Dis-moi: si je suis cendre.

J’ai ma sécurité
Dans la fable et la rime.
Monde, je t’ai quitté
Pour le verbe : il m’exprime

À ma place. Penser
Lui appartient. Je dure
— Troène, oiseau bercé
Si le veut l’écriture.

Par elle j’apparais,
Disparais — caillou lisse.
En mots je suis plus vrai ;
Vivant, j’étais factice.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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On ne badine pas avec l’amour ! (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: René Julien
    
On ne badine pas avec l’amour !

Tous les hommes sont menteurs,
Inconstants, faux, bavards,
Hypocrites, orgueilleux, lâches,
Méprisables et sensuels.

Toutes les femmes sont perfides,
Artificieuses, vaniteuses,
Curieuses et dépravées.

Le monde n’est qu’un égout sans fond
Où les phoques les plus informes
Rampent et se tordent
Sur des montagnes de fange.

Mais il y a au monde,
Une chose sainte et sublime :
C’est l’union de deux de ces êtres,
Si imparfaits et si laids…

On est souvent trompé en amour,
Souvent blessé
Et souvent malheureux.

Mais au bord de la tombe,
on se retourne
Pour regarder en arrière
Et on se dit :

« J’ai souffert souvent,
Je me suis trompé quelquefois
Mais j’ai aimé.
C’est moi qui ai vécu

Et non un être factice
Créé par mon orgueil et mon ennui. »

(Alfred de Musset)

 

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Arabesques de malheur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Arabesques de malheur

Nous nous aimions comme deux fous;
On s’est quittés sans en parler.
(Un spleen me tenait exilé
Et ce spleen me venait de tout.)

Que ferons-nous, moi, de mon âme
Elle de sa tendre jeunesse!
Ô vieillissante pécheresse,
Oh! que tu vas me rendre infâme!

Des ans vont passer là-dessus;
On durcira chacun pour soi;
Et plus d’une fois, je m’y vois,
On ragera : « Si j’avais su! »….

Oh! comme on fait claquer les portes,
Dans ce Grand Hôtel d’anonymes!
Touristes, couples légitimes,
Ma Destinée est demi-morte!….

— Ses yeux disaient: « Comprenez-vous!
« Comment ne comprenez-vous pas! »
Et nul n’a pu le premier pas;
On s’est séparés d’un air fou.

Si on ne tombe pas d’un même
Ensemble à genoux, c’est factice,
C’est du toc. Voilà la justice
Selon moi, voilà comment j’aime.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Point rouge (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



point rouge

il semble au promeneur fourbu
que la syncope des étoiles
répète les battements de son corps
il faudrait se dit-il
une fable qui ferait le lien
un rappel aussi
de ce qui vibre
quand la brodeuse ajoute au gris
un point rouge même un peu factice

(Hédi Kaddour)

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En mots je suis plus vrai (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016




En mots je suis plus vrai

Pour être moi j’écris:
c’est aux mots de comprendre.
Poème favori,
Dis-moi si je suis cendre.

J’ai ma sécurité
Dans la fable et la rime.
Monde, je t’ai quitté
Pour le verbe: il m’exprime

A ma place. Penser
Lui appartient. Je dure
– Troène, oiseau bercé –
Si le veut l’écriture.

Par elle j’apparais,
Disparais – caillou lisse.
En mots je suis plus vrai;
Vivant, j’étais factice.

(Alain Bosquet)

 

 

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